Les pratiques culturelles des internautes, plus denses et plus éclectiques | InaGlobal

Les pratiques culturelles des internautes, plus denses et plus éclectiques

Article  par  Fanny ANKRI  •  Publié le 10.02.2011  •  Mis à jour le 18.02.2011
[ACTUALITÉ] D'après une étude récente du CRÉDOC, la présence d'Internet au sein des ménages français a un impact positif sur leur consommation de biens et services culturels. Elle engendrerait une tendance au cumul et à la diversification des pratiques culturelles.
Les internautes, premiers clients des industries culturelles est une étude publiée au mois de décembre 2010 par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CRÉDOC) qui traite de la consommation des Français dans les secteurs du numérique et de la culture. Cette note rejoint les résultats des enquêtes Budget des Familles réalisées en 2001 et en 2006 pour le Département des études, de la prospective et des statistiques (Deps) du ministère de la Culture et de la Communication, qui ont permis de mettre en évidence les déterminants sociaux et la structure des dépenses des Français en matière de « culture-médias ». Concernant les pratiques numériques, il s’avère que le taux d’équipement en connexion Internet au sein des ménages français est passé, entre 2001 et 2006, de 14% à plus de 36%, avec en 2010, 38 millions d'internautes en France.
 
Le CRÉDOC met en relation les pratiques culturelles et les pratiques numériques, et montre en quoi celles-ci se rapprochent et s’imbriquent. L’étude s’intéresse à la fois au budget, à la consommation, et aux pratiques culturelles des Français, aussi bien « sur écrans » qu’en matière de biens culturels traditionnels.

Face à la numérisation croissante des biens et services culturels ces dix dernières années, le CRÉDOC a établi trois constats sur les pratiques culturelles des Français.
 
En premier lieu, le budget des Français consacré à la culture et aux médias stagne depuis 2001. Il n’a progressé que de 6% en 5 ans, contre 19% pour le budget total des familles. La structure des dépenses en « culture-médias » a considérablement évolué. Si les achats de presse et de CD audio ont chuté, la part des équipements et des abonnements télévision et informatique a elle augmenté de 7,3% entre 2001 et 2006. Plus généralement, une hausse des dépenses dans le secteur multimédia joue en défaveur des dépenses occasionnelles de loisirs, et l’alourdissement des coûts du logement et de l’énergie dans le budget des français les contraignent à réguler davantage leurs dépenses en loisirs et culture. 
 
Second constat établi par le CRÉDOC : les ménages internautes sont plus consommateurs de biens et services culturels que les non-internautes. En effet, investir dans la « culture multimédia » n’engendre pas une baisse du budget consacré à la culture traditionnelle (presse, livres, cinéma, spectacle vivant etc.) Au contraire, la comparaison entre les ménages internautes et non-internautes fait ressortir que les premiers achètent davantage de livres, vont régulièrement au cinéma, achètent plus de CD audio, de DVD et cassettes enregistrés, et consomment d’autant plus de presse écrite. Si l’achat de DVD et de CD audio s’est considérablement réduit avec Internet, cette baisse de consommation concerne autant les non-connectés que les connectés. Plus étonnant encore, ce sont les jeunes internautes qui sont les plus dépensiers en produits culturels.
 
Internet aurait donc un impact positif sur les achats culturels, en raison de l’opportunité d’accès aux œuvres et à la culture permise par la numérisation.
 
 
Livres et BD
Presse
Cinéma
CD audio
DVD et cassettes vidéo enregistrées
Logiciels et CD de jeux vidéo
Abonnements TV
Internautes
130
192
63
54
59
35
195
Non-internautes
53
162
21
20
27
11
120
Les grandes différences de dépenses entre ménages connectés et non connectés pour différents postes (dépenses annuelles en euros par ménage).
Source : CRÉDOC, d’après Insee BDF 2006.
 
Enfin, le CRÉDOC constate que les personnes utilisant le plus Internet sont aussi les personnes les plus investies dans le champ culturel, ce qui rejoint les résultats de l’enquête de 2008 sur les Pratiques culturelles des Français.[+] NoteOlivier DONNAT « Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique : enquête 2008. » La Découverte/Ministère de la Culture et de la Communication, 2009.X [1] Le CRÉDOC conclut en effet qu’ « au milieu des années 2000, le fait d’être équipé en connexion Internet doit être regardé comme le signe d’une curiosité et d’un rapport d’affinité à la sphère culturelle nettement supérieur à la moyenne ». D’après le Centre d’étude, un internaute serait donc plus averti en matière de culture qu’un non-internaute. Les technologies multimédias, enchevêtrées entre pratiques nouvelles et plus anciennes, représenteraient un relais de transmission des connaissances plutôt efficace.
 
En effet, depuis les années 1990, les pratiques culturelles ont été bouleversées par les principes d’Internet, qui ont changé les conditions générales de diffusion et de réception de la culture. Internet a engendré non seulement de nouvelles pratiques de conception, et donc de consommation des contenus, mais également une modification des formes de la culture, permettant alors l'émergence de nouveaux modes d'appropriation des usagers face à ce nouvel apprentissage. Le Web peut-il alors susciter un projet de réflexion sur un nouveau type de médiation culturelle ?
 
S’il est difficile de dire qu’Internet contribue à l’élargissement des publics de la culture ou qu’il marque au contraire la persistance d’une hiérarchie culturelle, le Web 2.0 engendre en tout cas une diversification des rapports à la culture, créant parfois une « culture mosaïque » : une variété toujours plus importante de formats de réception, de participation et d'action, permettant de reconstituer des bouquets de savoirs traditionnellement dispersés.[+]


 
Note Bernard LAHIRE « La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi,» . La Découverte, 2004.X    


Outre l’accès à une plus grande diversité de sources, Internet semble développer, d'une manière générale, l’éclectisme en matière de consommation et pratiques culturelles. L’étude du CRÉDOC rend ainsi compte de la « loi du cumul », plus affirmée encore pour les ménages internautes : « Si un foyer consomme à la fois des livres et des tickets de cinéma, il aura, à revenu égal, une probabilité plus grande de consommer aussi des CD audio et vidéo en comparaison d’un foyer qui n’achèterait pas de livre et n’irait pas au cinéma. (…) La stabilité des dépenses en cinéma ou en livres témoigne de la non-rivalité des services numériques et des biens culturels traditionnels au cours de la dernière décennie. »
 

La synthèse de l'étude du CRÉDOC est disponible sur leur site Internet.

--
Crédits photo : Feuillu/Flickr.
  • 1. Olivier DONNAT « Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique : enquête 2008. » La Découverte/Ministère de la Culture et de la Communication, 2009.
Vous souhaitez nous apporter un complément, rectifier une information ? Contactez la rédaction