Réalité augmentée : Google se prend au jeu avec Ingress

Article  par  Matthieu REBOUL  •  Publié le 03.12.2012  •  Mis à jour le 03.12.2012
Ingress, le MMORPG mobile de Google
[ACTUALITÉ] Google a annoncé le lancement d’Ingress, un jeu vidéo multi-joueur disponible sur smartphone mettant en scène une réalité alternative, et invitant les joueurs à interagir avec leur environnement.
Après plusieurs semaines d’un « teasing » savamment orchestré, qui ont vu un faux peintre/véritable acteur prendre le micro à la Comic-Con de San Diego pour dénoncer un complot visant au contrôle des esprits et de mystérieuses vidéos apparaître sur YouTube, Google vient de dévoiler son MMORPG maison (Massively Multiplayer Online Role Playing Game, ou jeu de rôles en ligne massivement multijoueurs) : Ingress, un jeu à base de réalité alternative, disponible sous forme d’application sur sa propre plateforme Android – une version iOS étant également annoncée imminente par la firme de Moutain View.
 
Le jeu est encore en version bêta fermée – les invitations sont à demander sur le site www.ingress.com – mais a déjà été téléchargé plus de 100 000 fois. Le joueur est invité à rejoindre l’une des deux factions existantes dans le jeu, les éclairés ou la résistance, les premiers ayant parmi leurs objectifs le contrôle des esprits et les seconds la défense de notre libre arbitre. Une fois qu’il a choisi son camp, le joueur est invité à collecter un maximum d’énergie – en se géo-localisant devant un monument ou un autre point d’intérêt – qui lui permettra d’ouvrir ou de prendre le contrôle de « portails ». La fin du jeu étant prévue dans 18 mois, nul doute que l’équipe en charge du projet chez Google a prévu d’autres missions à remplir pour les joueurs, qu’elle mettra en place au fil de l’eau.
 
Ingress surfe à la fois sur le succès de séries comme Lost, dont John Hanke, en charge du projet, déclare ouvertement s’être inspiré pour concevoir les énigmes du jeu, et sur la popularité des applications de « check-in », Foursquare en tête.  Au sein de Google, le jeu est développé par Niantic Project, sorte d’incubateur de start-up interne, déjà éditeur de l’application Field Trip qui utilisait aussi les opportunités offertes par la géolocalisation pour offrir des informations sur l’environnement immédiat de l’utilisateur sans même qu’il ait à le demander.
 
Pour Google, il s’agit d’une grande première. Certes, le géant avait déjà manifesté son intérêt en rachetant l’éditeur de jeu Slide en août 2010 et en ouvrant son réseau social Google + aux éditeurs tiers. Mais c’est la première fois que la firme décide de produire en son nom propre un jeu, elle qui avait toujours pris bien soin de ne pas s’occuper des contenus en se contentant d’indexer – Google Search, Google News… - ou d’héberger celui des autres – YouTube, Google Books...
 
L’intérêt pour l'entreprise californienne est aussi financier. Au-delà de l’impact marketing de l’annonce, il s’agit d’expérimenter de nouvelles sources de revenus, alors que le modèle Google a été remis en  question par les analystes lors de la publication de ses résultats du troisième trimestre 2012 : la montée en puissance de l’internet mobile, média sur lequel les solutions publicitaire de Google n’ont pas encore fait leur preuve, a entrainé une chute du coût par clic – l’un des indicateurs les plus importants du modèle économique de Google – de 15% sur un an. Or, il semble que c’est avant tout sur les supports mobile que surferont les internautes de demain, au point de faire dire à Mark Zuckerberg, à la tête de l’autre géant du Web Facebook : « Nous sommes désormais une entreprise de l’internet mobile ».
 
Comme toujours chez Google, le service est donc financé par la publicité : l’entreprise a déjà annoncé des partenariats avec plusieurs annonceurs : Zipcar, un service de partage de voiture, Jamba Juice, une enseigne qui vend des smoothies, la marque HintWater ou encore le navigateur maison Google Chrome. Les modalités de mise en avant de ces annonceurs dans l’application n’ont pas encore été dévoilée, mais devraient pouvoir permettre à Google d’enrichir sa panoplie de solutions publicitaires. Il sera d’ailleurs amusant d’observer comment Ingress parviendra à proposer des services publicitaires pertinents pour les annonceurs et immersifs pour les joueurs, alors même que 50% d’entre eux auront d’eux-mêmes rejoint un mouvement luttant contre le « contrôle des esprits »…
 
Interrogé en 2010 sur la volonté de Google de concurrencer Facebook sur le terrain du jeu social, Eric Schmidt avait déclaré : « Le monde n’a pas besoin d’une copie de la même chose ». Il semble qu’avec Ingress, Google a enfin trouvé une façon innovante de pénétrer sur ce marché.

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Crédit photo
- Image principale : Google
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