#BrusselsLockDown : l’information a-t-elle une limite ?

Article  par  Guillaume GALPIN  •  Publié le 25.11.2015  •  Mis à jour le 17.12.2015
#BrusselsLockDown : l’information a-t-elle une limite ?
Retour sur l'attitude des médias belges lors de l'état d'urgence, avec Alain Gerlache (RTBF).

Alain Gerlache est journaliste à la RTBF. Chroniqueur dans de nombreuses émissions et expert des médias et des révolutions numériques, il revient pour nous sur le « silence » des médias durant les opérations de police à Bruxelles.


Comment avez-vous été prévenu ? Quelles consignes vous a-t-on données ?
Les recommandations ont été envoyées aux rédactions et aussi sur les réseaux sociaux, à la fois de la part de la police et du centre de crise, demandant d’éviter toute information de nature à gêner l’enquête, les perquisitions et les actions en cours.
 
Ce qu’il faut remarquer, c’est que la demande a été faite tant aux rédactions des médias traditionnels qu’aux internautes sur les réseaux sociaux. C’est une première de cette ampleur en Belgique. Les rédactions ont pris ensuite la décision de gérer les choses avec le plus de retenue possible.
 
Ce n’était pas une injonction ni une interdiction, c’était une demande de la part des autorités et les rédactions ont accepté de s’y conformer. Sur les réseaux sociaux, c’est intéressant de voir que le mot d’ordre a été globalement suivi de ne pas relayer des informations témoins ou de propager des rumeurs.
 
 
Tous les médias belges ont-ils joué le jeu ?

 À aucun moment on a censuré l’information 
À ma connaissance, tous les médias belges ont accepté. Mais ça ne veut pas dire le silence. On a couvert les événements. Pour le média dont je m’occupe, la RTBF, on a essayé à la télévision de faire en sorte que les lieux d’intervention ne soient pas localisables et, à la radio, on a dit qu’il y avait des interventions en cours. À aucun moment on a censuré l’information. On n’a seulement jamais donné les lieux.
 
 
Comment informer pendant ce genre d’événements ?
Je pense que les médias ont essayé d’informer sans faire en sorte que l’information donnée nuise à l’enquête ou mette en péril la vie de gens éventuellement concernés par la proximité des interventions. Ce qu’on a essayé de faire, c’est éviter ce qui a été reproché à certains médias français lors des attentats du 7 janvier et les jours qui ont suivi avec la divulgation d’informations utilisables par les terroristes qui auraient pu mettre en danger la vie d’otages.
 
C’est évidemment une situation difficile. Cela dit, les règles du journaliste prévoient toujours un certain nombre de limitations. On floute les photos des mineurs, on ne donne jamais le nom de quelqu’un qui a été tué dans une attaque avant que sa famille n’a été prévenue… Il y a déjà un certain nombre de limitations en fonction des circonstances. Ce n’est pas exceptionnel. La liberté de l’information ne veut pas dire l’irresponsabilité de l’information.
 
 
Attendez-vous quand même des informations à venir concernant les événements de ce weekend ?
C’est très important. Nous sommes dans une situation actuellement où il y a un certain nombre de décisions qui ont été prises sur la base de recommandations par l’organisme de l’évaluation de la menace, par le gouvernement. La presse n’a actuellement pas les moyens, puisqu’on ne connaît pas la situation des enquêtes judiciaires et des actions de sécurité, de vérifier ce qu’il en est.
 
Mais les responsables des rédactions disent que, pour autant, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas un travail d’investigation sur la réalité de la menace… Lorsqu’il y a eu la menace de la grippe aviaire, il y a eu dans les semaines qui ont suivi un décodage a postiori. Un travail journalistique et d’investigation va être fait.
 
Aucun média n’aurait pris la responsabilité de suivre les conseils du centre des menaces, une structure professionnelle et non politique, sans connaître les tenants et les aboutissants de prendre une décision basée sur la confiance.
 
Je note que la plupart des citoyens ont fait la même chose. Cela ne veut pas dire que si ces choses devaient continuer, nos réactions seraient totalement identiques.
 
 
Qu’est-ce que vous avez pensez de la réaction des Belges sur les réseaux sociaux à ce moment-là ?

 En Belgique, le surréalisme n’est jamais très loin 
Je ne suis qu’à moitié surpris. Il faut souligner que la plupart des internautes ont tenu compte des demandes de service de sécurité. Finalement, la propagation des chats avec le mot-clé #BrusselsLockDown avait à la fois pour but de noyer les informations données par ceux qui n’ont pas suivi les instructions et en même temps de maintenir le contact d’une communauté, de jouer sur la dérision. En Belgique, le surréalisme n’est jamais très loin. L’humour aide à tenir le coup dans ce genre de situations et c’est une façon de prendre de la distance par rapport à ce qu’on est en train de vivre. La police elle-même a remercié les internautes pour leur attitude responsable.

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