Un nouveau départ pour le géant espagnol de la presse et des médias

Article  par  Emmanuel RUFI  •  Publié le 28.11.2010  •  Mis à jour le 29.11.2010
Logo de PRISA
[ACTUALITÉ] PRISA fait entrer Liberty Acquisition Holdings à son capital : libéré de la pression des banques, le géant espagnol des médias pourra continuer de conquérir les marchés de langues espagnole et portugaise.
Samedi 27 novembre, l’assemblée générale des actionnaires du groupe PRISA, Promotora de Informaciones SA, a confirmé l’entrée dans son capital du fond d’investissement américain Liberty Acquisition Holdings. Le rachat, initié en mars 2010, puis renégocié suite à la chute de l’action du groupe dans les derniers mois, avait été ratifié mercredi 24 novembre par le fond d’investissement. Le géant espagnol des médias, éditeur du célèbre quotidien espagnol El Pais, se dote pour l’occasion d’un nouveau logo qui symbolise la transformation de l’entreprise.

Nouveau logo de PRISA

Cet empire
, fondé par Jesús de Polanco en 1976 après la mort du dictateur Franco, détient à ce jour de nombreux actifs dans l’audiovisuel, la radio, l’édition et la presse de 22 pays de langues espagnole et portugaise. En mai 2010, le groupe, avec une dette de 4,8 milliards d’euros, soit plus de 12 fois sa valeur boursière, s’est vu imposer par les banques le refinancement de son capital à hauteur d’un minimum de 450 millions d’euros d’ici au 30 novembre 2010. C’est finalement 870 millions d’euros qui seront apportés par Liberty Acquisition Holdings en échange d’une participation majoritaire dans le groupe de presse espagnol. La famille du fondateur, qui détenait jusqu’alors 70 % des parts du groupe, verra ses parts réduites à 30 % de la capitalisation boursière de PRISA. Le fils du fondateur, Ignacio Polanco, président du directoire, ainsi que Juan Luis Cebrián, l’actuel directeur général du groupe, en conservent cependant le management. Les dirigeants de Liberty, Martin Franklin, PDG de Jarden, un groupe américain de produits de grande consommation, et Nicolas Berggruen, surnommé par le Wall Street Journal « The Homeless Billionnaire », entrent quant à eux au conseil d’administration du groupe accompagnés de 5 autres nouveaux membres, parmi lesquels Alain Minc, comme l’avait prédit Le Journal des finances le 5 novembre dernier.
 
Depuis le début de ses difficultés financières, le groupe de presse a toujours refusé de sacrifier ses projets d’expansion aux États-Unis, au Brésil, au Mexique, dans le reste de l'Amérique latine, et, en juin dernier, en France. En effet, quelques jours après que PRISA a signé son accord de refinancement auprès des banques, le groupe espagnol a manifesté son intérêt pour le rachat du quotidien français Le Monde, dont il détenait déjà 15 % des parts. L’initiative s’est finalement soldée par un échec, malgré l’insistance du groupe espagnol. Dans cette même logique, PRISA a profité de son communiqué de presse du 24 novembre 2010 - annonçant la validation du rachat par le fond d’investissement - pour rappeler qu’au delà du fait d’honorer son engagement financier auprès des banques, cet accord lui permet de se doter d’un allié stratégique capable de l’accompagner dans la transformation de son modèle et dans ses projets d’expansion internationale. PRISA souligne par ailleurs que ce rachat est un signe fort de la confiance des marchés internationaux quant à la réussite à venir du groupe dans l'édition, l'éducation, la presse et l'audiovisuel en Espagne et à l’international, en particulier sur le marché des médias hispanophones aux États-Unis où PRISA devra cependant faire face à de puissants concurrents comme Univision et Telemundo.
 
Pour le fond d’investissement, le rachat de PRISA est cependant un investissement rentable. Avec 453 millions de bénéfice net pour les 9 premiers mois de l’année 2010 (soit 19,6 % du chiffre d’affaires), les résultats du groupe sont en hausse de 96 % par rapport à 2009, allégés par une baisse de 33 % des intérêts de la dette par rapport à 2009 et portés par les bons résultats du groupe dans le secteur de l’édition, où PRISA enregistre 151 millions d’euros de bénéfices nets sur la période pour une marge nette de 31,8 %. Par ailleurs, malgré un contexte économique difficile qui touche tous les secteurs des médias, et particulièrement la presse, il est intéressant de noter que le géant espagnol enregistre des bénéfices nets dans tous ses secteurs d’activité, presse comprise. À l’étranger, une croissance importante de ses recettes est attendue dans les années à venir sur les marchés de langues espagnole et portugaise, qui représentent une cible potentielle de 700 millions de personnes et où le groupe réalise déjà 25 % de son chiffre d’affaires.
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