Presse magazine numérique : encore un petit effort !

Article  par  Matthieu REBOUL  •  Publié le 05.07.2013  •  Mis à jour le 05.07.2013
[ACTUALITÉ] L’arrivée de l’iPad en 2010 devait sauver la presse magazine à l’ère d’Internet. Trois ans plus tard, les usages existent bien, mais les rédactions n’ont pas encore trouvé la formule magique du magazine numérique.

Janvier 2010, Steve Jobs présente lors d’une de ses célèbres keynotes le nouveau produit d’Apple : l’iPad, une tablette numérique rapidement présentée comme le premier terminal de « l’ère post-PC ».
 
Si les fabricants d’ordinateurs grincent des dents, un secteur voit au contraire dans ce nouvel appareil son futur salut. Presse magazine et presse quotidienne rêvent en effet de voir le nouveau produit de la marque à la pomme réussir le même tour de force que l’iPod en son temps : faire payer les internautes pour un contenu qu’ils consommaient auparavant gratuitement sur Internet. Rupert Murdoch, le magnat australo-américain des médias, n’hésite pas à affirmer en avril 2010 que « l’iPad pourrait bien sauver la presse » et l’éditeur Time Inc. NoteFiliale presse du groupe Time Warner éditrice notamment des titres Time ou Fortune.X [1][+] NoteFiliale presse du groupe Time Warner éditrice notamment des titres Time ou Fortune.X [2], annonce en août 2011 sa volonté de développer une version tablette de tous ses titres avant la fin de cette même année.
 
Trois ans plus tard, le succès des magazines numériques apparaît pour l’instant mitigé au regard du bouleversement anticipé. Aux États-Unis, seulement 1,4 % du lectorat des magazines – soit 16,9 millions de lecteurs – lit son titre préféré dans sa version numérique[+] NoteI.e les applications pour tablette et smartphone et les versions numérisées du magazine, mais pas son site Web.X [3]. Un chiffre certes en hausse de plus de 80 % par rapport au printemps 2012, mais qui fait toujours pâle figure face au 1,2 milliard de lecteurs de magazines papier[+] NoteUn lecteur qui lit plusieurs titres est compté plusieurs fois. X [4], alors même que déjà 55 % des Américains possèdent un smartphone et 34 % une tablette.
 
Au Royaume-Uni, 53 % des lecteurs de la presse magazine indiquent avoir déjà lu un titre en ligne en 2013, contre un tiers l’année précédente. L’étude, commanditée par la société lekiosk et réalisée par OnePoll, a surtout le mérite de montrer que la tablette – utilisée par 19 % des lecteurs de magazines – que l’on annonçait comme un nouveau support privilégié de lecture pour la presse, continue de devoir faire face à la concurrence des smartphones – 12 % – et surtout du PC – 20 %. L’audience semble en effet privilégier de plus en plus une lecture multiplateforme, un usage que les groupes de presse ont mis du temps à identifier.
 
Une étude du réseau Brand Perfect montre ainsi que parmi 100 éditeurs américains, britanniques et allemands, à peine un quart proposerait aujourd’hui une lecture optimisée pour toutes les tailles d’écran et pour tous les types d’appareils. Or, au-delà de l’enjeu du lectorat, cette situation met également en péril la capacité des éditeurs à monétiser leur audience auprès des annonceurs, de moins en moins nombreux sur le papier et de plus en plus friands des supports numériques, et qui exigent des formats spécifiques à chaque appareil.
 
Conscients de ce retard, les éditeurs s’adaptent : Time Inc. est allé chercher sa nouvelle dirigeante, Laura Lang, non pas dans une rédaction, mais chez Digitas, filiale numérique du géant de la publicité Publicis. Alors que, de l’aveu même de son directeur financier, la culture du groupe consistait jusqu’alors à « mettre les magazines au centre, et concevoir les autres supports comme de simples extensions des magazines », Laura Lang a pour credo d’aller chercher les lecteurs là où ils sont avec le produit qui leur convient. Raison pour laquelle elle a notamment choisi de négocier avec Apple pour vendre les titres de Time Inc. sur ses tablettes en mai 2011 et a trouvé un compromis équivalent avec Google Play en octobre 2012 pour les appareils Android. Le groupe s’est également orienté vers le développement de nouvelles solutions publicitaires pour ses formats en ligne, avec comme objectif de jouer dans la même cour que les géants de la Silicon Valley : il compte notamment s’appuyer sur une meilleure contextualisation des publicités dans les pages de ses magazines numériques.
 
Le raz-de-marée anticipé de la lecture de magazine numérique n’a pas eu lieu. Si la plupart des éditeurs proposent depuis longtemps des contenus en ligne, ils n’ont compris que récemment la nécessité d’adapter ces contenus aux différents écrans et aux potentialités du numérique. Le magazine de demain ne devra pas être une copie conforme du papier, une vérité qui concerne les lecteurs, mais aussi les annonceurs. L’avenir de la presse magazine passe par la capacité des éditeurs à s’adapter aux pratiques de ces deux populations.

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Crédits photo : jkleske / Flickr
  • 1.
  • 2. Filiale presse du groupe Time Warner éditrice notamment des titres Time ou Fortune.
  • 3. I.e les applications pour tablette et smartphone et les versions numérisées du magazine, mais pas son site Web.
  • 4. Un lecteur qui lit plusieurs titres est compté plusieurs fois.
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