Google poursuit son projet "Bibliothèque" en Europe

Article  par  Marc JAHJAH  •  Publié le 09.03.2011  •  Mis à jour le 09.03.2011
[ACTUALITÉ] La Bibliothèque nationale tchèque a lancé, fin février 2011, un vaste projet de numérisation de ses collections auquel Google participe pour 200 000 ouvrages, confirmant sa place de leader dans ce domaine.
Le 22 février dernier, Google a signé avec la Bibliothèque nationale tchèque un partenariat pour la numérisation de 200 000 ouvrages publiés entre le XVIe et XVIIIe siècle, gérés par le département des archives historiques et musicales de la bibliothèque tchèque et slave. Leur collaboration s’inscrit dans le cadre du National Digital Library Project[+] NoteLe National Digital Library Project comprend deux volets. Le premier, public, en partenariat avec la Bibliothèque morave de Brno, prévoit la numérisation de 300 000 documents publiés entre le XIXe et le XXIe siècle. Financé en grande majorité par les fonds structurels de l'Union Européenne (255 millions d'euros), il rendra disponible cette production d'ici fin 2019, gratuitement ou moyennant une contribution de l’usager. Les ouvrages les plus fragiles seront traités prioritairement (entre 2010 et 2015). Le second volet concerne le partenariat public-privé avec la firme américaine Google.X [1], une initiative préparée depuis 2008 qui doit permettre la conservation des documents sur un support fiable et dans un format pérenne, tout en accueillant les métadonnées produites pour d'anciens projets, et leur accessibilité à distance par l'intermédiaire d'une interface agréable et personnalisable.

Ce partenariat public-privé avec la firme de Mountain View intervient après celui conclu avec la Bibliothèque nationale des Pays-Bas en juillet 2010. Il porte désormais à douze le nombre d’institutions européennes qui ont fait appel aux technologies de Google.
 

Google confirme sa position dominante, voire monopolistique, sur le marché de la numérisation des œuvres culturelles. Lancé en octobre 2004, Google Print (devenu Google Books) poursuit, via son projet « Bibliothèque », l’ambition d’une numérisation massive des ouvrages des bibliothèques du monde entier. À ce jour, 15 millions de livres issus de plus de 40 bibliothèques ont été numérisés. Le 1er février 2011, le géant américain a dévoilé son site Google Art Project, musée virtuel qui propose grâce à la technologie de Street View une visite dans 385 pièces, où sont « suspendues » plus de mille toiles numérisées, une entreprise colossale à laquelle dix-sept musées dans le monde ont participé[+] NoteAlte Nationalgalerie, et Gemäldegalerie (Berlin, Allemagne), Museo Reina Sofia et Museo Thyssen - Bornemisza (Madrid, Espagne),Musée Kampa (Prague, République tchèque), National Gallery (Londres, Royaume-Uni), Palais de Versailles (Versailles, France), Rijksmuseum et Musée Van Gogh (Amsterdam, Pays-Bas), The State Hermitage Museum (Saint-Pétersbourg, Russie), State Tretyakov Gallery (Moscou, Russie, Tate Britain (Londres, Royaume-Uni), Uffizi Gallery (Florence, Italie), Free Gallery of Art, Smithsonian (Washington DC, États-Unis), The Frick Collection, le Metropolitan Museum of Art et le MoMA, the Museum of Modern Art (NYC, États-Unis).X [2].

Alors que Google se renforce comme acteur unique dans le secteur de la numérisation et de la mise en ligne du patrimoine culturel écrit et visuel, le rapport du Comité des sages remis en janvier 2011 à la Commission européenne préconise la diversification des investissements privés et souhaite que la participation des entreprises européennes soit encouragée. Sans nommer la firme américaine, le rapport fait des recommandations qui dénoncent clairement la position confortable dont jouit Google pour le moment. Les Sages suggèrent en effet que la clause d’exclusivité d’exploitation des biens numérisés soit limitée à sept ans. À titre d’exemple, la Bibliothèque municipale de Lyon a accordé cette exclusivité à Google pour une durée de 25 ans. Acteur à la fois encombrant et incontournable, Google se rend indispensable grâce à la supériorité de ses ressources financières et de ses moyens techniques[+] NoteUn rapport du Sénat rendu public le 24 février 2010 prévoyait ainsi que la BnF devrait ainsi multiplier par 17,5 sa cadence pour numériser ses 7 millions de livres sans l’aide de Google et que, même dans le cas d’une accélération de la procédure, les coûts seraient beaucoup trop importants. De la même façon, vingt années auraient été nécessaires pour mener à bien la numérisation des 500 000 volumes de la Bibliothèque de Lyon si la sous-traitance se faisait dans un cadre traditionnel. Google a proposé de réduire à six années l’opération.X [3]. Les Sages rappellent également dans ce rapport qu’Europeana, bibliothèque numérique de l’Union européenne, doit être la référence phare pour la mise en ligne des contenus culturels numérisés. Lancé en 2008, le projet compte aujourd’hui 15 millions d’objets numériques et continue d’étendre sa « collection », au-delà même des frontières de l’UE : 30 000 manuscrits turcs ont récemment été ajoutés.

Pour les bibliothèques, l’enjeu est double : entreprendre la numérisation avec un partenaire garant d’une qualité et d’une rapidité d’exécution tout en conservant le contrôle sur la diffusion des œuvres numérisées. En confiant à un partenaire unique l’ensemble des étapes du processus (numérisation, indexation, valorisation), les institutions culturelles peuvent craindre de perdre la main. Ainsi, la Bibliothèque nationale de France (BnF), au moment de ses négociations avec Google, a choisi Microsoft et son moteur de recherche Bing pour indexer les œuvres de sa bibliothèque numérique Gallica.

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Crédit photo : Flickr / BrunoDelzant
  • 1. Le National Digital Library Project comprend deux volets. Le premier, public, en partenariat avec la Bibliothèque morave de Brno, prévoit la numérisation de 300 000 documents publiés entre le XIXe et le XXIe siècle. Financé en grande majorité par les fonds structurels de l'Union Européenne (255 millions d'euros), il rendra disponible cette production d'ici fin 2019, gratuitement ou moyennant une contribution de l’usager. Les ouvrages les plus fragiles seront traités prioritairement (entre 2010 et 2015). Le second volet concerne le partenariat public-privé avec la firme américaine Google.
  • 2. Alte Nationalgalerie, et Gemäldegalerie (Berlin, Allemagne), Museo Reina Sofia et Museo Thyssen - Bornemisza (Madrid, Espagne),Musée Kampa (Prague, République tchèque), National Gallery (Londres, Royaume-Uni), Palais de Versailles (Versailles, France), Rijksmuseum et Musée Van Gogh (Amsterdam, Pays-Bas), The State Hermitage Museum (Saint-Pétersbourg, Russie), State Tretyakov Gallery (Moscou, Russie, Tate Britain (Londres, Royaume-Uni), Uffizi Gallery (Florence, Italie), Free Gallery of Art, Smithsonian (Washington DC, États-Unis), The Frick Collection, le Metropolitan Museum of Art et le MoMA, the Museum of Modern Art (NYC, États-Unis).
  • 3. Un rapport du Sénat rendu public le 24 février 2010 prévoyait ainsi que la BnF devrait ainsi multiplier par 17,5 sa cadence pour numériser ses 7 millions de livres sans l’aide de Google et que, même dans le cas d’une accélération de la procédure, les coûts seraient beaucoup trop importants. De la même façon, vingt années auraient été nécessaires pour mener à bien la numérisation des 500 000 volumes de la Bibliothèque de Lyon si la sous-traitance se faisait dans un cadre traditionnel. Google a proposé de réduire à six années l’opération.
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