Goodreads, la nouvelle référence des sites de recommandation de livres

Article  par  Natalie HIDEG  •  Publié le 28.03.2012  •  Mis à jour le 30.03.2012
[ACTUALITÉ] Le public a découvert le site de référencement de livres Goodreads en 2007, mais la plateforme commence tout juste à récolter les fruits d'un dur labeur. En 2011 en effet, Goodreads a réussi à se distinguer de ses concurrents.

Otis Chandler, fondateur de Goodreads, trouve « cool » que les utilisateurs de son site préfèrent lirent Proust plutôt que des auteurs plus actuels. Peu importe si son site s'adresse à ceux qui « aiment se moquer des titres auxquels d'autres ont donné cinq étoiles » ou à ceux qui portent aux nues des titres populaires : pour Otis Chandler, Goodreads peut revendiquer le titre du plus grand site de recommandation de livres au monde. Cette affirmation teintée d'orgueil n'est pas sans fondements. Le site enregistre 8,9 milions de visiteurs uniques par mois, et ce chiffre est en augmentation.
 
D'autres avant Goodreads se sont attaqués à la même niche de marché : on compte aujourd'hui une trentaine de sites Internet spécialisés dans le conseil de lecture et la recommandation de livres. La concurrence a été rude face à ces nombreux portails déjà opérationnels, proposant le même type de contenus à des lecteurs avides de conseils et de suggestions. Deux sites sont toujours dans la course, sur le marché anglophone : LibraryThing et Shelfari, lancés respectivement en 2005 et 2006[+] NoteDepuis, Shelfari a été racheté par Amazon, tandis qu'Abebooks, propriété d'Amazon, a investi 40 % dans LibraryThing.X [1]. Goodreads a néanmoins réussi à dépasser ses deux homologues en termes de nombre d'utilisateurs et de notoriété. Otis Chandler avait dans l'idée de différencier son projet en permettant aux lecteurs de découvrir les livres qui ont plu à leurs amis, plutôt que de mettre en place un système de recommandation basé sur un algorithme informatique. Les utilisateurs de Goodreads, une fois inscrits, peuvent faire une recherche manuelle de leurs amis ou se servir des réseaux sociaux et des services de messagerie, comme Gmail, Facebook ou Twitter, pour constituer leur réseau. Une fois la demande de contact acceptée, il est possible de consulter librement le profil de l'« ami » en question et de voir quels livres il a « lus » (« read »), ceux qu'il s'apprête « à lire » (« to-read ») et ceux qu'il est « en train de lire » (« currently-reading »). Sont aussi partagées toutes les évaluations et toutes les critiques que « l'ami » publie sur les lectures qui l'ont marqué.
 

Le succès de Goodreads, en tant que société, a été particulièrement important sur les dernières années. Fin 2009, Goodreads a reçu 2 millions de dollars d'un capital-risque mis en œuvre par True Ventures. Pour la société, qui a frôlé la rentabilité dès sa première année sans aucune aide financière extérieure, cet investissement a grandement contribué au développement du site. Grâce à ce coup de pouce financier, Goodreads a pu diversifier et étendre ses activités : elle a créé différentes listes de lecture – « Les livres que tout le monde devrait avoir lu au moins une fois dans sa vie » (« Books that everyone should read at least once ») – un espace avec des citations d'auteur, un espace pour la vente de livres, des quizz et des jeux pour les mordus de lecture, ainsi que des communautés de discusssion.
 
Si, dans un premier temps, Otis Chandler ne souhaitait pas avoir recours à un système de recommandation informatique, il a fini par reconnaître que son projet avait bel et bien besoin de cet outil. En mars 2011, Goodreads a fait l'acquisition de Discovereads et a tiré de cette autre plateforme dédiée aux livres l'algorithme qui est aujourd'hui le sien. Sur des sites comme celui d'Amazon, les choix de lecture proposés à l'utilisateur sont basés sur les livres qu'il a déjà lus ou qu'il a téléchargés. Dans ce schéma, acheter un livre pour en faire cadeau à un tiers est susceptible de mettre à plat tout le système et son utilité, puisque sont prises en compte des informations qui ne correspondent plus forcément à des goûts personnels. Peuvent en découler des recommandations qui ne sont plus personnalisées. Otis Chandler estime que son système de recommandation est meilleur, parce qu'il est basé sur un profil correspondant réellement au lecteur lui-même, où la donnée essentielle sont les goûts de l'individu pris en compte, et non pas les actions d'achat en ligne d'un lecteur vu avant tout comme un consommateur. Dans le modèle de Goodreads, les lecteurs notent les livres qu'ils ont lus ou cliquent sur ceux qu'ils aimeraient lire, et l'algorithme se sert de ces informations pour proposer une série de nouvelles lectures, en fonction de la note donnée à tel ou tel livre ou des sujets dont traitent les ouvrages classés « à lire ».
 
Le lancement de la Timeline de Facebook a aussi son importance dans le décollage qu'a connu Goodreads. Les utilisateurs de Facebook ont partagé sur leur compte 6,2 millions de titres de livres par l'intermédiaire de l'application Goodreads proposée sur la Timeline, ce qui a permis au site Goodreads d'enregistrer une augmentation de 50 % de son nombre d'utilisateurs. Jon Snyder, contributeur au site Wired, a classé Goodreads en première place de son top 6 des 60 nouvelles applications proposées au moment du lancement de la Timeline. « Je pense que la seule surprise, c'est l'engouement avec lequel les utilisateurs partagent leurs lectures sur la Timeline », a déclaré Otis Chandler à Mike Swift, du San Jose Mercury News. « Cela permet de faire découvrir Goodreads à un nombre beaucoup plus important de personnes, puisque chaque livre partagé est en réalité un lien qui renvoie au site Goodreads ».
 
L'augmentation subite de son nombre d'utilisateurs et la mise en place d'une vraie stabilité financière ont armé Goodreads d'une confiance nouvelle, qui lui permet aujourd'hui d'être plus libre dans le choix de ses partenariats. En février 2012, la société a choisi de se défaire d'Amazon. Elle a justifié cette rupture en critiquant le caractère limitatif des conditions d'utilisation de ses interfaces de programmation, lesquelles empêchaient Goodreads de renvoyer à des plateformes de vente concurrentes et de faire usage des données Amazon sur des applications mobiles. Goodreads s'est tournée vers le grossiste de livres Ingram et continue de travailler avec d'autres sources de données ouvertes (open data), comme les bibliothèques nationales, WorldCat, ISBNdb, et des maisons d'édition américaines de taille plus ou moins importante.
 
Si le site Goodreads partage le même modèle économique que ses principaux concurrents – l'idée étant d'assurer une liaison entre des livres et des plateformes de vente en ligne comme Amazon et Barnes & Nobles – plusieurs facteurs sous-jacents lui ont permis de se distinguer comme un partenaire marketing essentiel pour les éditeurs et les auteurs. Son « Authors Program », qui compte environ 17 000 noms, aide les écrivains à trouver leur public et à séduire de nouveaux lecteurs au sein d'une communauté littéraire en pleine expansion. Les partenariats stratégiques que l’entreprise a conclu avec les six plus grandes maisons d'édition lui valent d'importants revenus publicitaires. Allie Townsend, de la revue Time, l'affirme avec certitude : « Il n'y a aucun doute que les auteurs et les éditeurs profiteront de cette chance qui leur est donnée : pouvoir acheter des publicités ciblées qui seront directement envoyées aux utilisateurs qui s'intéressent au genre littéraire qui est le leur ».
 
Les sites de recommandation de livres sont aujourd'hui une force avec laquelle il faut composer ; ils pourraient bientôt influencer les ventes et les tendances éditoriales à venir. Dans un papier publié par The Guardian, Victor Keegan envisage la possibilité que ces sites mettent en avant leur base d'utilisateurs non négligeable pour négocier des prix plus avantageux, directement avec les éditeurs, mettant de fait les intermédiaires du type Amazon hors circuit. Pour l'heure, il est encore impossible de dire si le site Goodreads sera amené à bousculer le monde de l'édition ou s'il est destiné à n'être rien d'autre qu'un réseau social focalisé sur une niche bien précise, un site sur lequel les utilisateurs peuvent mettre en valeur leurs derniers coups de cœur littéraires. Même dans ce dernier cas, Otis Chandler affirme que son site aurait malgré tout une vraie utilité. Interrogé par Jolie O'Dell pour Venturebeat, il a pris la défense des mordus de lecture qui, par le biais de Goodreads, se prêtent à un jeu d'ostentation, en estimant qu'il y a là « une petite manifestation d'ego, certes, mais [qu'] il s'agit avant tout de s'exprimer en toute liberté ».
 
Traduit de l'anglais par Kévin Picciau.

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Crédits photos :
- Capture d'écran de la page d'acceuil de Goodreads ;
- Capture d'écran de la page du "Authors Program" de Goodreads.
  • 1. Depuis, Shelfari a été racheté par Amazon, tandis qu'Abebooks, propriété d'Amazon, a investi 40 % dans LibraryThing.
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