SF Music Tech : le point sur les innovations pour la musique en ligne

Article  par  MAIA BOYÉ et MATTHIEU DARTIGUENAVE  •  Publié le 25.02.2013  •  Mis à jour le 25.02.2013
[ACTUALITÉ] Recommandation musicale, artist content et live streaming… retour sur les grandes innovations présentées au sommet Music Tech à San Francisco.
La conférence d’ouverture du San Francisco Music Tech Summit intitulée « Music Discovery », qui s’est déroulée le mardi 19 février 2013, a réuni les grandes pointures de la recommandation musicale en ligne : Rhapsody, Pandora et The Echo Nest. Bien que proposant des services différents, ces sociétés ont toutes le même objectif : récolter des données (data) sur les goûts des utilisateurs afin de leur proposer des morceaux et des artistes qu’ils sont susceptibles d’apprécier.
 
La découverte musicale est donc l’un des enjeux majeurs dont les services de musique en ligne souhaitent se saisir dans les années à venir. Ainsi, selon Ethan Kaplan, vice-président du développement produits de Live Nation Labs, « l’un des investissements les plus conséquents d’Apple aujourd’hui est la  "Music Discovery " qui consiste à faciliter la découverte et la recommandation sur iTunes.». Dans cette perspective, Apple devrait lancer son service de webradio cette année. 
 
Pour mettre en œuvre ces technologies de recommandation personnalisée, des sociétés comme Pandora, qui comptait 67,1 millions d’utilisateurs actifs en décembre 2012, investissent largement dans la collecte et le traitement des données des internautes. Des algorithmes permettent alors de traiter ces données pour proposer des suggestions pertinentes à l’auditeur. Ainsi, les consommateurs de musique en ligne profitent d’une écoute totalement personnalisée. En février 2012, une étude de eMarketer a confirmé cette tendance : « 67 % des internautes écouteront une webradio personnalisée en 2016 aux États-Unis. »
 
Conférence "Music Discovery" 
 
Mais lors de cette conférence, Ty Roberts, co-fondateur de Gracenote, la plus grande plateforme de collecte de données musicales au monde, a fait état des limites des suggestions telles qu’elles sont proposées aujourd’hui. Pour lui, « une personne moyenne connaît entre 10 et 20 artistes ». Bien qu’anecdotique, cette information démontre bien le paradoxe de la recommandation musicale. Les plateformes comme Pandora, Spotify ou The Echo Nest proposent un choix immense de morceaux mais tendent dans le même temps à enfermer l’utilisateur dans un cercle restreint de suggestions plus ou moins semblables.
 
En effet les algorithmes qui génèrent ces suggestions aux internautes sont loin de remplacer les conseils d’un véritable disquaire. C’est pourquoi, tout au long du sommet, la question d’une recommandation plus « humaine » ou plus « intelligente » s’est posée. Dès lors, on peut se demander si la recommandation musicale participe vraiment à l’enrichissement culturel de l’utilisateur. En effet, on constate que la plupart des internautes construisent des playlists composées essentiellement de musique dite mainstream.
 
Lors de la conférence « Music, Brands & Technology », les intervenants ont mis en exergue une tendance assez surprenante. Si l’on pouvait croire que le brand content[+] NoteIl s’agit de la création d’un contenu artistique par une marque qui prend en charge sa production et sa diffusion. C’est donc une collaboration entre un artiste et une marque.X [1] deviendrait le credo de toute une industrie, il semble qu’il soit progressivement remplacé par l’artist content[+] NoteC’est un contenu éditorial ou vidéo créée par l’artiste lui-même en direction de ses fans.X [2].
 
Le brand content est évidemment toujours d’actualité, même si ce n’est plus vraiment nouveau. Les agences spécialisées dans le domaine comme Pereira O’Dell, représentée au SF Music Tech par sa directrice de la création, Jaime Robinson, vantent les mérites de ce modèle qui permet à l’artiste comme à la marque d’avoir une plus grande visibilité en réalisant une création unique. La musique est évidemment pour les marques un excellent moyen de se rapprocher de leur cible, de renforcer leur image et de séduire de nouveaux consommateurs.
 
Mais certains, comme Nick Alder, vice-président du Business Development de Cashmere Agency, vont plus loin en affirmant que « dans les années avenir, les artistes produiront et gèreront eux-mêmes leurs contenus ». En effet, selon lui, « on passe du brand content à l’artist content. » Les artistes tendent à être plus proches de leur public , puisque l’heure est au Direct-to-Fan, c’est-à-dire à une désintermédiation de la communication entre l’artiste et l’auditeur. Cette tendance s’est fortement développée notamment grâce à des technologies telles que la caméra GoPro présentée au SF Music Tech Summit, et qui permet de produire des vidéos en haute définition très facilement. Les artistes l’utilisent notamment pour filmer des répétitions ou des scènes en coulisses  afin de renforcer la complicité et la proximité avec leur public. En effet, de plus en plus entraîné à chercher des contenus uniques et originaux, l’internaute « est moins intéressé par ce qu’il pourrait trouver sur MTV que par un contenu directement créé par l’artiste dont il est fan. » explique Will Hoover membre de l’entreprise GoPro. Pour les artistes le Direct-to-Fan et les contenus autoproduits semblent être des éléments clés afin de fidéliser l’audience et de s’émanciper.
 
Parmi les lauréats du Music Hack Day de San Francisco, qui s’est déroulé une semaine en amont du SF Music Tech, un projet innovant, Copper, semble avoir des ambitions similaires. En effet le créateur, Scott Fryxell, très engagé dans le soutien aux artistes, a créé un site qui permet de « tipper »[+] NoteDonner un pourboire.X [3] les artistes que l’utilisateur apprécie. En installant le bouton « Copper » sur son navigateur, l’internaute, lorsqu’il croise un contenu ou une musique qui lui plaît, peut décider de donner une somme d’argent. Copper s’occupe de trouver la personne qui a créé ce contenu et de lui reverser 100 % de la somme. Dans cet esprit, la start-up supprime les intermédiaires qui peuvent prendre une grande partie des revenus de l’artiste.
 
Ce que l’on retient également de ces conférences, c’est l’essor du live streaming. Ce nouveau marché de la musique semble en effet très porteur. À titre d’exemple, la plateforme Ustream diffuse plus de 12 000 concerts par mois et ce chiffre est en constante évolution. Selon Karl Rogers, le co-fondateur de la plateforme de live streaming IROCKE, « l’industrie du streaming live va exploser dans les années à venir, et il y a encore de la place pour se lancer. ». Les intervenants se considèrent comme des pionniers dans un domaine qui est encore très récent. Le concept, qui permet aux individus de suivre les concerts de leurs artistes préférés chez eux depuis leur ordinateur, nécessite d’être encore expérimenté.
 
Conférence sur le "Live Streaming"  au SF Music Tech
 
En outre, les plateformes comme IROCKE ou le tout nouveau Evntlive de Judy Estrin ne tentent pas de remplacer l’expérience du live mais de trouver une alternative en ligne. Selon la fondatrice de Evntlive, « il faut parvenir à créer une émotion qui se rapproche au maximum du live même si cela sera toujours fondamentalement différent. Il faut connecter l’artiste à ses fans. ». En revanche, le développement technique du live streaming est très couteux et peut dissuader les entrepreneurs de se lancer dans le domaine. Mais tous s’accordent pour dire qu’il y a vraiment une place à prendre dans l’aventure.
 
Du point de vue de l’artiste, ce concept a de nombreux avantages. En effet, c’est une façon de se promouvoir et de se connecter avec une nouvelle audience en recréant une proximité analogue à celle du live. Les internautes qui vivent cette expérience sont plus que des simples followers sur Twitter. Le niveau d’engagement des fans est nettement supérieur. La question de la monétisation de ce type de services est elle aussi en phase d’expérimentation : « Les jeunes talents sont encore hésitants quant il s’agit de faire payer le concert en live streaming, car certains grands artistes le maintiennent gratuit. » confie Karl Rogers.
 
En somme les différentes modalités d’implication des auditeurs peuvent être approfondies. Les plateformes doivent également perfectionner les interactions entre l’artiste, le public et les internautes afin de construire un écosystème cohérent dans lequel chacun peut apprécier son expérience musicale.
 
 
En définitive, le secteur musical semble avoir trouvé dans les innovations technologiques un moyen de développer de nouveaux services et de les monétiser. L’année 2013 pourrait donc se placer sous le signe de la découverte musicale et de la réappropriation par le musicien de son propre contenu. À suivre. 


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Crédits photos : 
Logo du SF Music Tech Summit
Maïa Boyé
  • 1. Il s’agit de la création d’un contenu artistique par une marque qui prend en charge sa production et sa diffusion. C’est donc une collaboration entre un artiste et une marque.
  • 2. C’est un contenu éditorial ou vidéo créée par l’artiste lui-même en direction de ses fans.
  • 3. Donner un pourboire.
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