Google défie le piratage en Inde

Article  par  Thomas BENTLEY  •  Publié le 11.02.2011  •  Mis à jour le 11.02.2011
Thousands of tracks will be available through the new Google search bar
[ACTUALITÉ] Google a lancé un nouveau service musical en Inde. En partenariat avec trois des plus grand portails musical indien, la barre de recherche du géant propose des centaines de milliers de titres gratuits, tentant ainsi de lutter contre des problèmes chroniques de piratage.
Google, le géant technologique américain, a mis en ligne un nouveau service musical en Inde afin de lutter contre les problèmes de piratage digital que rencontre le pays.

Le service, qui a été lancé en octobre 2010, est un partenariat entre Google et trois des plus grands distributeurs de musique digital en Inde. Il donne aux utilisateurs un accès légal à des centaines de milliers de titres allant des classiques Indiens aux tubes Bollywoodiens. Grâce à Seregama India, le plus grand label du pays, In.com, un portail Web majeur ainsi que le moteur de recherche en langues Hindi et Tamoul, Saavn, qui est domicilié aux États-Unis, les titres sont disponibles en streaming via la barre de recherche Google Music.

Selon le Wall Street Journal, Google tente d'utiliser la popularité de la musique et le grand pourcentage de recherches liées pour accroitre l'utilisation de l'ADSL dans un pays ou seulement 1% de la population est connectée, dont la majorité sur des réseaux à faible vitesse.

Il est espéré que les utilisateurs seront dirigés vers les sites partenaires de Google et leurs titres légalement licenciés qui occuperont automatiquement les premières places de n'importe quelle recherche musicale. Cela diminuera ainsi la proéminence des matériaux piratés accessibles au grand public.

Avec des films phares comme “Slumdog Millionaire” qui promeuvent la richesse du talent Indien, la musique du pays connait une nouvelle vague de prospérité sur le plan mondial tandis que son éclosion domestique s'accroit encore et toujours. La prépondérance des CD copiés et des téléchargements illégaux, mis en avant par une multitude de marchants et de sites Web, ont cependant diminués  les chiffres. Toujours d'après le Wall Street Journal, le revenu total de l'industrie de la musique en Inde fut ainsi de 169 millions de dollars en 2009, soit une toute petite portion du chiffre global de 26,4 milliards de dollars, pour un pays qui compte pourtant  17% de la population mondiale.

Une année auparavant, une étude de Ernst & Young, qui fut diffusée pendant les Ficci Frames 2008, la version Indienne du MIDEM, annonça que la perte annuelle de l'industrie serait de 325 millions de dollars dont 255 millions attribués au piratage de CD et 58 millions à la contrefaçon.

Le marché du CD exerce encore une emprise sur l'industrie indienne mais le secteur en ligne a démontré une croissance consistante, en lien avec le développement des technologies à travers le pays. Le Goliath de la technologie américaine, et ses partenaires musicaux, comptent utiliser leurs expériences dans l’évolution et la propagation de l’Internet afin de s’imposer au plus tôt dans se secteur et ainsi couper le piratage à sa source.

D’après les tendances globales, la progression des téléchargements de la musique en ligne entrainera à son tour le déclin du CD dans le pays. Il est pensé qu’une montée en puissance des téléchargements légaux pourrait atténuer la croissance de plateformes illégales, évitant ainsi les taux importants de piratage que connaissent des pays tel que la France, les États-Unis ou bien le Royaume-Uni.

Chacune des sociétés partenaires compte sur un afflux de trafic suite à l’épanouissement du nouvel outil. Seregama a ainsi rendu disponible son catalogue de 94 000 titres au grand public, suivi de près par Saavn et ses 250 000 chansons. Il semble que Saavn cherche également à accroitre les revenus générés par son nouveau portail médiatique en adoptant le même modèle publicitaire que des sites comme Spotify ou bien la nouvelle version de Qtrax, qui vient également d’être lancée en Inde.

“Si le marché publicitaire virtuelle en Inde est actuellement étriqué, celui-ci va se développer considérablement” affirmait Vinodh Bhat, PDG et co-fondateur de Saavn. Il ajoutait que les “agents de marketing s'attacheront davantage à des services musicaux qu'ils savent légitimes.”

Alors que Google n'envisage pas d'utiliser le nouveau service pour des fins économiques immédiates, les revenus perçus par Saavn – suite à la vente de bannières suivies de publicités sonores entre les chansons – seront bénéfiques à l'industrie musicale Indienne qui devrait toucher 590 millions de dollars par an d'ici 2014 selon Price Waterhouse Coopers. Ceci reflète l'objectif mis en place par le gouvernement de connecter 100 millions de personnes à la bande passante d'ici là, soit un décuplement du chiffre actuel.

Il y a de fortes chances que ce service connaisse une adoption importante auprès des consommateurs – chose que l’Inde a déjà connue avec le succès fulgurant de la musique dans le secteur de la téléphonie mobile. En effet, près de 30% des recettes obtenues par l'industrie de la musique indienne proviennent de la vente de sonneries et de tubes sur le gigantesque réseau mobile du pays (670 millions d'utilisateurs).

Enfin, ce service sera disponible au monde entier via Internet, que ce soit pour un ressortissant indien vivant à l’étranger ou pour un simple fan de musique hindi. Cette globalisation de la musique indienne, encouragée par des sociétés médiatiques occidentales, pourrait même dépasser la réussite des ventes sur téléphones portables  pourrait bien faire éclipser ces chiffres.
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