Zynga à la recherche d'une alternative

Article  par  Vincent SARRAZIN  •  Publié le 18.03.2012  •  Mis à jour le 19.03.2012
 [ACTUALITÉ] L'éditeur de jeux sociaux lance une plate-forme de jeux en ligne. Une façon de réduire sa dépendance vis-à-vis du géant Facebook.
Transformer la bulle des jeux sociaux en marché pérenne : c'est le but que semble poursuivre Zynga avec le lancement de sa plate-forme de jeux en ligne Zynga.com.  L'éditeur californien semble en effet avoir été le principal acteur de l'explosion du marché des jeux sociaux sur Facebook depuis 2009, avec des jeux comme FarmVille ou CityVille. Jouables sur les réseaux sociaux tels que Facebook, Google+ et Myspace (avec une prédominance évidente du premier support dont les audiences sont incomparables avec celles de la concurrence), les jeux de Zynga témoignent d’un modèle économique qui emprunte beaucoup à celui du Free-to-play, prédominant dans les jeux en lignes depuis quelques années : aucun droit d'entrée n'est nécessaire pour jouer au jeu, qui est accessible gratuitement. Les revenus générés par les jeux proviennent en partie de la publicité, mais surtout de la monétisation des contenus virtuels ; et c'est dans ce domaine que la start-up Zynga, créée en 2007 à San Francisco, a prouvé son excellence.  En vendant (via des transactions bancaires « réelles » en ligne), par exemple, des accessoires facultatifs pour les personnages du jeu ou des actions quotidiennes supplémentaires, l'éditeur mise sur une faible minorité d'utilisateurs prêts à payer pour du contenu additionnel sur un jeu gratuit. L'architecture des jeux Zynga est tournée vers la valorisation de ces transactions, et c'est ici que la consubstantialité de l’éditeur et des réseaux sociaux apparaît comme prépondérante : que représente l'achat d'un accessoire cosmétique si personne n'est présent pour le voir? C'est ainsi qu'un jeu social n'est jamais déconnecté du réseau sur lequel il évolue : pour chaque acquisition effectuée par le joueur ou chaque succès débloqué dans le jeu, une publication apparaîtra sur le fil d'actualité de l'utilisateur afin d'en informer ses amis.


L'interface de la nouvelle plate-forme Zynga.com, sur laquelle les identifiants Facebook restent indispensables pour se connecter.

La grande dépendance de Zynga à la plate-forme Facebook sur laquelle il a évolué jusqu'ici représente donc une composante fondamentale de son modèle économique ; et c'est pour cette raison que l'éditeur a lancé sa propre plate-forme en mars 2011 sur le site Zynga.com. L'objectif pour Zynga est d'offrir une plate-forme pour des jeux 3d party[+] NoteOn parle de 3d party pour qualifier un jeu réalisé par un développeur externe plutôt qu’en interne.X [1], mais surtout d'amener les utilisateurs de ses jeux à les pratiquer sur son site plutôt que sur Facebook. Un pari risqué puisque 90 % des revenus du développeur proviennent de l'hégémonique réseau social (qui tire quant à lui 12 % de ses revenus de l'exploitation des jeux Zynga). Avec un non-dit de taille, celui des crédits facebook. Ces crédits, qui servent à régler les transactions en ligne sur les applications facebook, sont souvent la cible privilégiée de la grogne des éditeurs puisque le réseau social américain retient 30% de la valeur des transactions effectuées pour son propre compte. Tout semble néanmoins indiquer que le développeur californien souhaite ménager ses relations avec Facebook et ne présente qu'une indépendance très  partielle : les crédits Facebook restent ainsi le moyen de régler les transactions au sein des jeux, de même que les identifiants Facebook servent à se connecter sur Zynga.com, perpétuant la forte interdépendance qui lie les deux systèmes.

Il s’agit donc d’une émancipation relativement timide pour Zynga, qui semble chercher à rassurer ses investisseurs : l'entrée en bourse de l'éditeur a eu beau défrayer la chronique (elle a représenté la plus grosse introduction en bourse d'une start-up Internet depuis celle de Google en 2004), les nombreux reports qui l'ont affecté ainsi que la chute quasi-immédiate du cours des actions Zynga ont fait planer quelques doutes sur la pérennité de ses revenus. D'autant qu'après la forte croissance des années 2009 et 2010, le marché des jeux sociaux (dont Zynga est le chef de file) a connu un premier ralentissement en 2011, avec une chute des utilisateurs mensuels actifs de l'ordre de 40 % et une mise en lumière du fort coût de l'acquisition des clients sur Facebook. L'urgence pour l'éditeur de jeux n'est donc plus de rechercher une croissance effrénée de son activité qui risquerait de faire exploser la bulle des jeux sociaux, mais de stabiliser son activité et ses revenus futurs. La création d'une plate-forme indépendante montre la volonté de Zynga de faire évoluer son modèle (notamment en publiant des jeux d'autres éditeurs sur son site) mais, ne semble pas résoudre pour le moment le problème de son extrême dépendance au réseau social de Mark Zuckerberg.

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Crédits photo : logo Zynga
  • 1. On parle de 3d party pour qualifier un jeu réalisé par un développeur externe plutôt qu’en interne.
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