Les jeux sociaux, un marché dynamique et convoité | InaGlobal

Les jeux sociaux, un marché dynamique et convoité

Article  par  Xavier BERNE  •  Publié le 11.01.2012  •  Mis à jour le 11.01.2012
Play Berlin par Blogging Dagger / Flickr
[ACTUALITÉ] Le succès des jeux sociaux s’est confirmé en 2011, exacerbant la compétition au sein de ce marché dominé par trois sociétés.
Capture écran de la version du jeu The Sims sur FacebookLe succès des jeux gratuits accessibles notamment sur les réseaux sociaux semble se confirmer pour l’année 2011. Développé à partir de 2007 suite à la forte progression de sites communautaires tels que Facebook, le social gaming, ou en français « jeu social », a continué de susciter l’attention de plus en plus d’internautes. Ainsi, 350 millions de personnes ont joué à des jeux tels que FarmVille, Playfish ou Mafia Wars sur Facebook en 2011, ce qui représente plus de la moitié des utilisateurs, selon le centre d’études et de conseil européen Idate. Plébiscités pour leurs facilités d’accès et leurs fonctionnalités sociales (affichage de performances ou de statuts par exemple), les jeux sociaux sont caractérisés, selon le site Écrans, par « la légèreté, la convivialité superficielle et la répétition, bref une approche très ludique - mais pas moins addictive - à mille lieues des mécaniques sophistiquées des jeux massivement multijoueurs pour gamers avertis ».
 
Alors que les ventes physiques de jeux vidéo semblent orientées à la baisse, il apparaît au contraire que le secteur des jeux sociaux a connu un essor important en 2011. Fondé sur un modèle économique dit du « free to play », l’accès à ces jeux est gratuit, mais il est possible d’acheter pour une somme souvent modique des objets ou avantages à l’intérieur d’un jeu. Même si seuls «  9,4 % des joueurs vont jusqu’à payer sur des jeux ayant une base gratuite », leur faible coût de développement (de l’ordre de 200 000 € en moyenne) et les débouchés publicitaires qu’ils offrent permettent aux entreprises d’engranger des bénéfices relativement importants, et ce, sans avoir à assumer des risques aussi lourds que ceux qui existent traditionnellement dans le secteur du jeu vidéo. La réussite économique des jeux sociaux repose ainsi sur leur forte fréquentation, de l’ordre de 50 millions de joueurs mensuels par exemple pour le jeu CityVille, laquelle devrait augmenter du fait de la multiplication des terminaux mobiles(smartphones et tablettes).
 
Exemple de jeux édités par la société Zynga
 Exemples de jeux édités par la société Zynga / site officiel

Considéré à cet égard comme stratégique, le secteur des jeux sociaux fut en 2011 l’objet de nombreuses opérations financières, qui ont par ailleurs conforté la concentration du marché autour de trois « géants » que sont Zynga, Electronic Arts et Disney. Détenant près de 40 % du marché des jeux sociaux pour environ 220 millions d’utilisateurs, la start-up californienne Zynga a été introduite en bourse de manière remarquée le 16 décembre 2011, puisque ce fut la plus importante du secteur depuis celle de Google en 2004. Valorisée à 5,4 milliards d’euros, elle devance ainsi Electronic Arts, qui est pourtant également présent sur le marché du jeu vidéo traditionnel. Après avoir acquis Playfish en 2009, Electronic Arts a par ailleurs annoncé en juillet 2011 son rachat de PopCap Games, une entreprise « spécialiste des jeux sur appareils portables et sur réseaux sociaux », pour un montant estimé entre 534 et 925 millions d’euros. Enfin, Disney a poursuivi son positionnement dans le secteur en achetant la société de jeux vidéo Rocketpack, après avoir « déjà lourdement investi dans les jeux sociaux, ou dans les mondes virtuels », tel le réseau social pour enfants Togetherville.
 
Toutefois, le dynamisme de ce secteur attire de nombreuses entreprises, ce qui contribue à une certaine saturation du marché. Face à une abondance d’offres, les sociétés éditrices de jeux sociaux doivent mener une course à l’innovation afin de conserver leurs utilisateurs, notamment en engageant des dépenses de plus en plus importantes en développement mais aussi en marketing. Dans ce contexte concurrentiel, la France demeure le second pays producteur de jeux sociaux après les États-Unis, et connaît des succès par exemple grâce à l’adaptation de jeux télévisés tels que « Tout le monde veut prendre sa place » ou « Question pour un champion ».
 
Il apparaît enfin que les bénéfices engrangés par les jeux sociaux suscitent les convoitises du réseau social Facebook. Ce dernier impose depuis juillet 2011 sa propre monnaie virtuelle, qui permet à ses utilisateurs d’échanger leur argent contre des « crédits Facebook », utilisables ensuite lors des achats sur les jeux sociaux. De cette manière, l’entreprise de Mark Zuckerberg récupère 30 % du montant des transactions effectuées sur sa plateforme, pour un chiffre d’affaires estimé à 338 millions d’euros en 2011, contre 101 millions en 2010.
 
Le développement de nouveaux terminaux tels que les smartphones ainsi que le succès des réseaux sociaux semblent ouvrir des perspectives de plus en plus grandes pour les jeux sociaux, dont les revenus devraient atteindre les 5 milliards de dollars en 2015, contre 1 milliard de dollars en 2010 selon Parks Associate[+] NoteCabinet d’études de marché et de conseil spécialisé dans les nouvelles technologies de produits et services.X [1]. Malgré cela, des doutes apparaissent quant à la viabilité à long terme du modèle économique du « free to play ». Certains évoquent même la création d’une nouvelle bulle spéculative, qui trouverait sa source dans une valorisation trop importante des sociétés comme Zynga. Il semble à cet égard que les investisseurs soient restés prudents lors de l’entrée en bourse de la start-up californienne, puisque celle-ci a perdu 5 % de sa valeur le jour de son introduction.


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Crédits photo :
- illustration de l'article : Play Berlin par Blogging Dagger / Flickr ;
- captures écrans du jeu The Sims Social sur Facebook.
  • 1. Cabinet d’études de marché et de conseil spécialisé dans les nouvelles technologies de produits et services.
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