Le Royaume-Uni adopte la classification PEGI pour les jeux vidéo

Article  par  Vincent SARRAZIN  •  Publié le 13.08.2012  •  Mis à jour le 14.08.2012
[ACTUALITÉ] Le Royaume-Uni rejoint désormais les 31 pays européens ayant adopté la classification PEGI informant les utilisateurs sur l’adaptation des contenus vidéoludiques aux différentes tranches d’âge.
Nul n’aura été surpris de voir ressurgir, à l’occasion de la fusillade d’Aurora aux États-Unis, les sempiternelles accusations faites aux jeux vidéo d’inciter le jeune public à la violence. Ces allégations sur l’effet néfaste de la violence virtuelle font figure de leitmotiv pour l’industrie du jeu vidéo, menées par des associations (telle la confédération « Familles de France ») ou des personnalités politiques (comme Hillary Clinton aux États-Unis), tandis que les controverses cliniques ne faiblissent pas sur ce sujet .

Si le débat autour de la violence ne semble pas voué à une résolution imminente, l’industrie n’en est pas à son coup d’essai pour apporter une réponse concrète à ces problématiques : elle s’exprime, depuis les années 1990, par des systèmes d’évaluation des jeux permettant de les classifier par tranches d’âge et ainsi, pour les consommateurs, d’identifier les contenus potentiellement choquants. Le système PEGI (Pan European Game Information), créé en 2003 par l’Interactive Software Federation of Europe, propose ainsi aux législations nationales d’apposer, sur le boîtier des jeux, des indications afin de cibler les publics auxquels le produit se destine. Deux types d’informations sont ainsi présentés, à la manière des pratiques en vigueur dans l’industrie cinématographique : des indications d’âge minimum (3, 7, 12, 16 et 18 ans) et de contenu (sexuellement explicite, présence de violence, d’allusions à la consommation de stupéfiants, etc.) permettent de protéger le public mineur de la présence de contenus sensibles, en offrant aux parents une signalétique unifiée leur permettant de juger du propos d’un jeu.
 

Capture d’écran du site officiel montrant la signalétique par âge ainsi que la représentation des contenus sensibles

L’autorité parentale n’est cependant pas le seul levier d’action de cette mesure qui s’accompagne  de sanction destinées aux revendeurs ne respectant pas les contraintes liées à l’âge de leurs clients (dans certaines juridictions nationales, les 31 pays européens signataires n’appliquant pas les mêmes cadres juridiques). Ainsi, l’arrivée de la classification PEGI au Royaume-Uni (ratifiée le 30 juillet 2012) sera accompagnée d’une amende de 5 000 £ assortie d’une peine allant jusqu’à 6 mois de prison pour les contrevenants ayant délivré un produit interdit sans contrôler l’identité de l’acheteur.
 


La campagne publicitaire de la classification PEGI en France, illustrant la volonté d’informer le public sur le contenu des jeux vidéo

 C’est la première fois sur le territoire britannique qu’une signalétique propre au jeu vidéo est mise en place Le remplacement au Royaume-Uni de la classification BBFC (British Board of Film Classification) par le PEGI, qui fait suite à une étude menée par la psychologue clinicienne Tanya Byron, marque une évolution puisque c’est la première fois sur le territoire britannique qu’une signalétique propre au jeu vidéo est mise en place. Le système PEGI a ainsi le mérite d’être élaboré en concertation avec les acteurs de l’industrie du jeu vidéo en Europe et en déterminant la classification PEGI d’un jeu avant sa parution, durant le processus de développement.

Les éditeurs vidéoludiques s’épargnent ainsi les débats houleux qui ont parfois suivi la parution de jeux considérés comme particulièrement violents. Les jeux Carmaggedon (où le joueur incarne un chauffard dont le but est d’écraser des piétons) en 1997 et Manhunt 2 (plaçant le joueur dans la peau d’un tueur qui dispose d’une palette de techniques brutales afin d’assassiner des innocents) en 2007 ont ainsi vu leur commercialisation interdite dans bon nombre de pays (dont le Royaume-Uni, l’Australie et les États-Unis) à moins d’appliquer une censure sévère à leur jeu.


Le jeu Doom, paru en 1993, a soulevé de vives controverses sur la violence – inédite pour l’époque – de son contenu et préfiguré l’arrivée de la classification ESRB aux États-Unis un an plus tard

C’est afin d’éviter ces sorties désastreuses que l’intérêt des éditeurs se porte aujourd’hui vers l’élaboration en amont d’une classification de type PEGI (en parallèle avec les autres systèmes internationaux tels qu’ESRB aux USA et OFLC en Australie). Mais si les mécanismes d’autocensure qui découlent de ce mode d’élaboration permettent de redorer l’image des loisirs vidéoludiques auprès du grand public, ils ne sont pas exempts d’effets pervers d’un point de vue créatif, en imposant aux développeurs des cahiers des charges pouvant nuire à l’intégrité du contenu de leurs jeux (afin d’être estampillé grand public et d’éviter une classification 18+ rédhibitoire pour les commandes de jeux par les grandes surfaces). Et si la lisibilité du système PEGI a fait ses preuves, il convient de s'interroger sur d'autres aspects importants de la protection du public liés à la pratique de jeux qui pourraient être intégrés à la signalétique. Le niveau d’investissement temporel requis par certain jeux (en particulier les jeux en ligne) pourrait ainsi faire l’objet d’une signalisation afin d’informer les parents sur le risque addictif des produits, dont le potentiel de nuisance sur le jeune public ne doit pas être éclipsé par les crispations sur le thème de la violence.
 
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Crédit photo :
Couverture : 18+ - Pegi EU Logo par SonicMediaStore
Corps : Masacre de las bananeras en Doom par snebtor/Flickr.com
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