« Le Game » : un label pour l'export du jeu vidéo français

Article  par  Vincent SARRAZIN  •  Publié le 05.04.2012  •  Mis à jour le 11.04.2012
[ACTUALITÉ] Avec la création récente du label « Le Game », les producteurs de jeux vidéo français espèrent se donner une image de marque à l'international, une gageure pour ce milieu fortement dépendant de l'exportation et en quête de nouveaux moyens de financements.
À l'approche des élections présidentielles, le milieu du jeu vidéo français était en ébullition durant le mois de mars 2012 : sous l'impulsion du SNJV (Syndicat National du Jeu Vidéo) et de son représentant Nicolas Gaume, priorité a été donnée à la promotion de l'industrie française du jeu vidéo. La première initiative s’est traduite par le lancement d’un label pour le secteur vidéoludique français. Répondant au nom de « Le Game », l'initiative a été réalisée conjointement par le SNJV et le Secrétariat d'État au Commerce extérieur par son représentant Pierre Lellouche. Il s'agit, par l'apposition de ce label sur les produits français, de donner une image unifiée à la production vidéoludique nationale : rappeler que la production française de jeux vidéo est foisonnante, ancienne, et mettre en avant la qualité des œuvres. En effet, même si les chiffres présentés par le SNJV dans son dernier bilan sont encourageants, les professionnels français expriment le besoin d’une meilleure structuration du secteur vidéoludique national.
 

Si l'image avant-gardiste de certains jeux vidéo français (des studios phares comme Quantic Dream ou Lexis Numérique concourent à donner cette image de marque à la production, en mettant en avant le contenu innovant de leurs jeux) constitue effectivement une différenciation intéressante à mettre en valeur sur le marché international, le fond du problème, toutefois, concerne les financements. Car pour valoriser l'export (qui constitue environ 70 % du chiffre d'affaire des entreprises françaises), le label « Le Game » propose également une amélioration de l'accès aux financements et aux dispositifs de soutien pour les PME du secteur.

Kara, la démo technique réalisée par le studio français Quantic Dream pour son dernier moteur graphique.
 

Si le soutien aux petites entreprises du jeu vidéo (qui passe par des subventions d'organismes comme le CNC) ne constitue « qu'une béquille » pour l'industrie selon Nicolas Gaume, la recherche de moyens de financements représente la plus grosse problématique pour le jeu vidéo français à l'heure actuelle. C'est pourquoi le SNJV a saisi l'occasion de l'échéance électorale pour adresser une série de propositions aux candidats à la présidentielle. Parmi elles, le maintien de l'abattement fiscal pour les entreprises créatrices de jeux vidéo : entre 2008 et 2011, un crédit d'impôts de 20 % a été accordé sous conditions aux éditeurs et développeurs de jeux. Un abattement qui, s'il est bien inférieur à celui de 40 % pratiqué par le Canada - où le secteur des jeux vidéo est extrêmement dynamique, le plus grand éditeur français UbiSoft y pratiquant le développement de ses jeux majeurs depuis des années -, gagnerait à être prolongé. À titre d'exemple, le vice-président de Quantic Dream Guillaume de Fondaumière affirme que sur un jeu dont le budget est de 20 millions d’euros, le crédit d'impôt français permet d’en économiser 3 millions.

Interview de Nicolas Gaume, président du SNJV, pour Challenges.
 
La latitude du gouvernement français en matière fiscale étant néanmoins limitée par les règles européennes, le plus important levier d'action proposé par le SNJV reste la création d'un fonds public d'investissement. Aucun candidat n'a cependant fait de déclarations en ce sens, et l'industrie française risque de rester exposée à la forte concurrence internationale (japonaise, canadienne et américaine) et européenne (britannique et allemande). L'Allemagne a semblé jusqu'ici mieux jouer le jeu de la spécialisation, en proposant en grande partie des jeux pc destinés à un public de niche. La création d'une identité commune aux jeux français avec le label « Le Game » semble donc aller dans la bonne direction pour mieux spécialiser la production vidéoludique du pays. À charge ensuite, de s'attaquer à l'épineux problème des régimes de propriété privée qui pénalisent encore la création de jeux vidéo en France...
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