Éducation : le livre numérique fait ses preuves au Ghana

Article  par  Claire KERHUEL  •  Publié le 17.06.2011  •  Mis à jour le 17.06.2011
[ACTUALITÉ] L’ONG Worldreader soutient la diffusion d’e-books et d’e-readers dans les pays en développement. Couronnée de succès, leur expérience test au Ghana sera étendue au Kenya.

Depuis 2008, les créateurs de Worldreader, David Risher, ancien cadre chez Microsoft et Amazon.com, et Colin McElwee, ancien directeur marketing à l’école de commerce ESADE de Barcelone, souhaitent utiliser les contenus numériques dans un but éducatif. En partant du constat que beaucoup d’enfants n’ont pas accès aux livres, et ce même dans les écoles, David Risher et Colin McElwee, ont eu l’idée d’utiliser les outils de lecture numérique dans les pays en développement, pour rendre la connaissance accessible au plus grand nombre. En ciblant les écoliers, ils espèrent communiquer le goût de lire au sein des familles.
 
 
L’organisation non gouvernementale, basée aux États-Unis et en Espagne, a ainsi lancé en novembre 2010 un projet pilote au Ghana en partenariat avec le ministère ghanéen de l’Éducation.

L’expérience « iRead » a été menée auprès de 500 élèves du primaire et du secondaire répartis dans six écoles du Ghana. 440 Kindle, l’appareil de lecture de contenus numériques, ou e-reader, commercialisé par Amazon.com, ont été mis à disposition des élèves.
 
Le but de cette étude était de déterminer l’impact de l’utilisation des liseuses sur l’apprentissage de la lecture.
 
 
 
Source : E-reader Trial Report OrphanAid Africa School, Ayenyah, Ghana, March 2010.
 
Ce premier test est considéré comme un franc succès par l’équipe de Worldreader. Les données récoltées pendant les 6 premiers mois d’étude ont montré que les élèves se sont saisis rapidement de l’outil pour télécharger gratuitement des milliers de contenus (près de 18 000 œuvres classiques, extraits de journaux, et jeux éducatifs) en complément des 35 000 livres papier proposés par Worldreader. L’accès privilégié aux œuvres a également entraîné des progrès importants en lecture et diction. Les enfants consacrent 50 % de temps supplémentaire à la lecture. À l’école primaire, les élèves ont amélioré leurs capacités de compréhension de 13 %. Leurs résultats scolaires ont aussi progressé. Il apparaît que les élèves les plus jeunes sont les plus réceptifs. Parmi les contenus les plus téléchargés, la Bible arrive en tête suivie de La Belle et la Bête et de Cendrillon.
 
 
 
L’outil est jugé particulièrement bien adapté aux techniques d’apprentissage. Les enfants sont spontanément attirés par l’e-reader, qu’ils mettent peu de temps à apprivoiser. Selon Richard Adabrah-Klu, directeur du centre d’accueil « OrphanAid Africa », ils aiment les objets électroniques.
 
 

An introduction to worldreader.org's first e-reader trial in the village of Ayenyah, Ghana.
(Source : Worldreader, YouTube
 
L’utilisation s’apparente, en effet, à celle d’un téléphone portable. Un livre peut être téléchargé en 45 secondes. Les Kindle sont rechargés à l’aide de l’énergie solaire produite par des panneaux photovoltaïques installés sur le toit des écoles. Ils offrent un accès à moindre coût aux livres, journaux, et magazines via les réseaux de téléphones portables. L’utilisation des e-readers permet ainsi à l’ONG d’économiser les coûts d’impression et de transports liés à la production de livres papiers.
 
Les vidéos du projet « iRead », mises en ligne sur YouTube, mettent constamment le produit Kindle en avant. L’objectif de Worldreader est non seulement de permettre aux écoliers d’accéder aux livres, mais aussi de développer une filière économiquement viable pour les outils de lecture numérique dans les pays en développement. En Afrique sub-saharienne, la couverture 3G est effective sur 51 % du territoire et est en constante augmentation. Les e-readers deviennent compétitifs sur le marché. Le prix du Kindle est passé de 400 à 190 dollars en 24 mois. Plus d’un million de livres sont actuellement accessibles gratuitement en format numérique sur la Toile. Pour aller plus loin, l’ONG a passé un accord avec Amazon et des éditeurs africains pour la numérisation et la vente de livres africains à moins de cinq dollars. En collaboration avec Innodata Isogen, entreprise qui propose son expertise en matière de technologie, d’édition et de production aux grands groupes médiatiques, Worldreader a également lancé un programme de numérisation des œuvres africaines pour les rendre accessibles à l’échelle internationale.
 
Worldreader a inauguré un deuxième projet pilote au Kenya en mai 2011. En partenariat avec le projet Kilgoris[+] NoteLe projet Kilgoris est un projet religieux à l’origine de la construction d’une église, de quatre écoles, et de la mise en place d’une exploitation de thé dans le village de Kilgoris. X [1] Noteun projet religieux à l’origine de la construction d’une église, la mise en place d’une exploitation de thé et de quatre écoles dans le village de Kilgoris X [2], l’ONG va fournir des e-readers aux élèves d’un réseau d’écoles kenyannes. La formation des professeurs a commencé en mai 2011 et le test avec les élèves débute en juin à l’école primaire de Ntimigom.
 
À la recherche de financements, l’organisation non gouvernementale a réussi à attirer l’attention de grands noms de l’aide au développement. L’Agence nationale d’aide internationale au développement des États-Unis (USAID) a ainsi financé l’évaluation du projet « iRead ». Worldreader tâche aussi de se rapprocher des projets de la Banque mondiale dans les pays concernés, l’un de leurs spécialistes TIC et éducation, Michael Trucano, a d’ailleurs consacré l’un des billets de son blog aux initiatives de l’ONG.

Dans le secteur du livre, Worldreader a convaincu des enseignes prestigieuses, telles la maison d’édition américaine Random House qui a fait don de milliers de livres numériques.
 
Le projet de Worldreader, élaboré en partenariat avec Amazon.com, permet une pénétration importante de la technologie sur un marché en devenir. L’ONG précise cependant qu’elle ne souhaite pas limiter sa distribution au Kindle. L’avenir du marché penche vers la lecture d’e-books via les téléphones portables déjà très présents en Afrique. Le continent compte, en effet, près de 500 millions d’utilisateurs de mobiles.

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Crédits photo : Worldreader / Facebook ;  ellenmac11 / Flickr ; capture écran Worldreader / YouTube
  • 1. Le projet Kilgoris est un projet religieux à l’origine de la construction d’une église, de quatre écoles, et de la mise en place d’une exploitation de thé dans le village de Kilgoris.
  • 2.
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