Stratégie payante pour Kobo

Article  par  Mathilde RIMAUD  •  Publié le 18.12.2012  •  Mis à jour le 18.12.2012
[ACTUALITÉ] Le fabriquant de liseuses canadien n’en finit pas de conforter ses positions. En trois ans, sa stratégie tous azimuts l’a placé parmi les leaders mondiaux de l’e-book.

Michael Tamblyn, vice président de Kobo, l’affirme clairement : « Nous savions dès le départ que le Canada n’était pas un marché suffisant et que nous devrions être présents dans beaucoup d’autres pays pour survivre. »
 
 Nous savions dès le départ que le Canada n’était pas un marché suffisant et que nous devrions être présents dans beaucoup d’autres pays pour survivre Cette stratégie expansionniste se bâtit très rapidement. En 2009, Indigo, chaîne principale de librairies au Canada, transforme son département spécialisé dans l’e-book en filiale, sous le nom de Kobo inc. En 2010, Kobo sort sa première liseuse et entre sur les marchés américain et australien. En 2011, c’est l’Europe qui est visée : Paris, Londres, Hambourg, Barcelone, Amsterdam. En 2012, le Brésil, l’Irlande, le Portugal, l’Italie et l’Afrique du Sud sont ajoutés à la liste. Début 2012, Kobo est racheté pour 315 millions de dollars par le géant japonais de l’ecommerce, Rakuten.
 
En peu de temps, l’entreprise de Toronto réussit à atteindre des chiffres impressionnants : les contenus sont vendus dans plus de 200 pays, 3 millions de références sont proposées (dont le tiers gratuitement et dont 260 000 en français), et Kobo revendique plus de 700 000 clients.
 
La méthode est toujours la même : Kobo commence par signer des accords avec les éditeurs du pays, pour diffuser leurs contenus sur l’e-bookstore, puis l’entreprise s’appuie sur un réseau local de revendeurs pour installer ses liseuses sur le marché. Ainsi, en France, Kobo signe un accord fin 2011 avec la Fnac, qui remplace ses Fnacbook par les liseuses canadiennes et en un an l’enseigne rafle 30 % du marché (100 000 liseuses vendues annoncées par la Fnac, quand GFK prévoyait 300 000 ventes pour 2012). Ainsi dans une quinzaine de pays, Kobo a développé des partenariats avec des librairies locales pour vendre ses liseuses. Il a également signé des accords avec les éditeurs de plus de 25 pays pour diffuser leurs catalogue en ligne
 
Kobo (anagrame de « book »), créé par un libraire, affiche son amour des livres et construit clairement sa stratégie de développement en s’appuyant sur les acteurs existant. C’est sans doute là que réside son originalité. 2012 restera marquée par les signatures d’accord avec les associations de libraires américains, britanniques et irlandais. D’après Todd Humphrey, vice-président exécutif de Kobo, « Grâce à ce partenariat, les indépendants […] auront voix au chapitre dans la transformation numérique. » En Grande-Bretagne, ce partenariat offre à Kobo 3000 points de vente et un fort capital de sympathie, quand l’accord conclu entre Waterstones et Amazon n’ouvre les portes que de 300 points de vente au géant américain… Mais le positionnement marketing va plus loin et englobe tous les volets de l’expérience de lecture numérique.
 
Du point de vue de l’offre, Kobo renforce régulièrement sa gamme de liseuses et propose depuis le mois de novembre une tablette, la Kobo Arc, au moment où l’étude du Book Industry Study Group fait ressortir une chute tendancielle des ventes des liseuses au profit des tablettes. Les prix de vente sont toujours positionnés parmi les plus bas du marché, et les modèles sont visiblement appréciés. Kobo ne propose pas à la vente ses propres liseuses mais privilégie la complémentarité des canaux de distribution, en favorisant l’achat par l’intermédiaire de ses partenaires locaux.
 
Kobo renforce également les usages, en  développant Reading life, une application permettant le partage d’information, la consultation de statistiques de lectures… Kobo s’intéresse aussi de très près aux parts de l’autoédition dans les pays qu’il vise et a lancé sa propre plateforme, Writing Life, en juin 2012. L’autre marque de fabrique de Kobo est de proposer des modèles ouverts, compatibles avec tous les types de fichier et d’application. Kobo s’apprête également à basculer dès le dernier trimestre 2013 en epub3. Un positionnement en faveur de l’interopérabilité qui le distingue un peu plus d’Amazon. Le rachat récent d’Aquafadas, entreprise française spécialisée dans le développement de logiciels pour la publication d’e-book illustrés, vient conforter l’entreprise canadienne dans sa politique de contenu (Aquafadas détient Avé !Comics, catalogue de BD numériques) et d’innovation technologique.
 
Rakuten ne s’y est pas trompé. Hiroshi Mikitami, son président-fondateur explique : « L'édition d’e-book explose et nous avions besoin d'avoir une solution technique, un support pour diffuser le catalogue des maisons d'édition, avec lesquelles nous entretenons de très bonnes relations. » Kobo est offensif : l’entreprise avance en même temps sur les fronts commerciaux et marketing pour tâcher de gagner de vitesse Amazon, comme il l’a fait en investissant quelques jours avant lui le marché brésilien. La course ne fait que commencer.

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Crédits photo : Antony Bennison / Flickr.com

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