Pottermore : Harry Potter s'offre un dernier défi sur le numérique

Article  par  Kevin PICCIAU  •  Publié le 25.07.2011  •  Mis à jour le 27.07.2011
Affiche de Harry Potter et les Reliques de la mort, deuxième partie
[ACTUALITÉ] Harry Potter met un point final à son aventure cinéma, mais ouvre en grand le chapitre du numérique. Bilan et perspectives d'un des plus grands succès cross-média de la dernière décennie.
Le mois de juillet 2011 sonne le dernier assaut de Harry Potter dans les salles de cinéma. Pour sa dernière apparition sur grand écran et – pour la toute première fois en huit films – en version 3D, le célèbre sorcier sorti des romans de J.K. Rowling offre un final en apothéose. Dès sa première semaine d'exploitation, le film Harry Potter et les Reliques de la Mort, 2ème Partie (Harry Potter and the Deathly Hallows, Part II) a réalisé une recette de 640,2 millions de dollars, dont plus de 425 millions sur le marché étranger[+] NoteSoit hors Royaume-Uni et Etats-Unis.X [1]. Trois jours après sa sortie officielle aux États-Unis, le 15 juillet 2011, le dernier volet signé David Yates avait déjà rapporté 168,6 millions de dollars, dépassant ainsi le record détenu depuis 2008 par Batman, The Dark Knight[+] NoteSoit 158 millions de dollars pour ses trois premiers jours à l'affiche dans les salles américaines.X [2].

Le 21 juillet 2011, Jeff Robinov, président de la Warner Bros, en charge de la distribution des huit films Harry Potter, a annoncé officiellement que la saga, dans son ensemble, avait franchi la barre des 7 milliards de dollars de recettes cinéma dans le monde. C'est le premier épisode, Harry Potter à l'école des sorciers (Harry Potter and the Philosopher's Stone), qui détient à cette heure le record de recettes sur la série (974,7 millions de dollars). Avec ces chiffres record, la saga Harry Potter confirme de façon écrasante son statut de franchise la plus rentable de toute l'histoire du cinéma, une place dérobée à Star Wars en 2009, avec la sortie de Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (Harry Potter and the Half-Blood Prince), et conservée depuis.

 
Réplique du château de Poudlard dans le parc d'attractions dédié à Harry Potter
(Orlando, États-Unis), des studios Universal 

Le succès cinématographique est à la mesure du succès éditorial rencontré, à l'origine, par la romancière J.K. Rowling. Les huit films estampillés HP (Harry Potter), sortis en salles entre 2001 et 2011, puisent leurs histoires dans les sept tomes publiés entre 1997 et 2007 par la maison indépendante britannique Bloomsbury Publishing. Côté français, c'est Gallimard Jeunesse qui a pris le jeune sorcier sous sa coupe. Au total, 450 millions d'exemplaires des aventures de Harry, Ron et Hermione, tous tomes confondus, ont été vendus à travers le monde, selon les dernières estimations de Bloomsbury. Combiné aux recettes réalisées en salles, mais aussi sur la vente des vidéos, DVD et Blu-Ray (3,9 milliards de dollars dans le monde), sur les jeux vidéos (1,5 milliards de dollars), sur les jouets et autres gadgets (7 milliards de dollars), sans oublier les droits télévisés (une somme totale de 1 milliard de dollars a été versée par les chaînes ayant diffusé un ou plusieurs des épisodes), cet engouement a valu à J.K. Rowling de devenir le premier écrivain milliardaire. A l'été 2011, ses histoires ont rapporté pas moins de 21 milliards de dollars.

À l'occasion de la sortie en librairie du dernier volume Harry Potter, en 2007, J.K. Rowling avait fait part de son intention ferme de ne pas donner de suite à son histoire. L'auteure a confirmé son choix le 7 juillet 2011, à l'occasion de la première du dernier film à Londres. La romancière compte pourtant bien prêter longue vie à son personnage fétiche. Au-delà des produits dérivés et du dernier DVD à venir, indépendamment du premier parc d'attractions Harry Potter, ouvert le 18 juin 2010 à Orlando, aux États-Unis, c'est la sphère numérique qui doit offrir un nouveau souffle au monde de Harry Potter. Le 23 juin 2011, J.K. Rowling a ainsi annoncé le lancement prochain d'une plate-forme en ligne, baptisée Pottermore (littéralement « encore plus de Potter »). 



J.K. Rowling annonce le lancement prochain du portail Pottermore.
 
Le site sera lancé en version bêta le 31 juillet 2011, date anniversaire de la création du personnage de Harry. Dans un premier temps, il ne sera ouvert qu'à une poignée de privilégiés, soit un million de fans qui se seront inscrits en ligne et qui pourront faire part de leurs commentaires pour offrir une version améliorée du projet, accessible à tous gratuitement dès le mois d'octobre suivant.

Créé en partenariat avec Sony, Pottermore ouvre une nouvelle voie pour l'exploitation des histoires de J.K. Rowling : pour la toute première fois, et en exclusivité sur cette plate-forme dédiée, les livres Harry Potter seront disponibles en version numérique (écrite et audio). De plus, ils devraient être disponibles sur toutes les tablettes existantes : le PDG de Pottermore, Rod Henwood, a déclaré être en discussion avec tous les grands noms du secteur (Apple, Google, Barnes & Noble, Kindle) pour assurer une « possibilité de lecture pour tous ». Jusque-là, J.K. Rowling – qui fait partie des très rares auteurs à détenir les droits numériques sur leurs livres – s'était refusée à proposer ses histoires sous un format sujet aux risques du piratage. Il semble cependant que l'auteure ait saisi toute l'importance de prendre un tournant stratégique.

Avec Pottermore, c'est à une toute nouvelle génération de lecteurs que la romancière entend s'adresser : les enfants qui n'étaient pas nés au moment de la sortie du premier tome. Choisir le vecteur numérique, c'est s'adapter au mode de lecture qui marquera certainement les habitudes de ce très jeune public. Au vu de la longévité et de l'engouement qui ont entouré la parution sous format papier, il n'est par ailleurs pas déraisonnable de considérer que ce premier format d'exploitation a déjà atteint ses sommets en termes de rentabilité, et permet de s'aventurer sur des chemins plus innovants, donc plus risqués.

Des risques, J.K. Rowling a décidé d'en prendre, puisque ses livres numériques ne seront pas pourvus de procédures anti-copies de type DRM[+] NoteDigital Rights Management.X [3]. Un simple watermarking, qui permet le traçage de l'acquéreur original d'un livre numérique, sera apposé aux copies. Ce processus, qui n'empêche pas matériellement le partage illicite des livres, ne joue que sur la dissuasion et la responsabilisation du lecteur : une façon d'entretenir un climat de confiance et de proximité entre l'auteur et son lecteur. Pour nourrir l'intérêt du lecteur, la romancière a d'ores et déjà préparé 18 000 mots de matière complémentaire sur Poudlard, les Moldus, les sortilèges et autres éléments moteurs de l'univers Potter. Les internautes pourront participer activement à la construction de certaines histoires, soumettre des dessins ou participer à des jeux reliant les utilisateurs.

Pour cette nouvelle étape de sa success story, J.K. Rowling a choisi d'agir en toute liberté. Début juillet 2011, la romancière s'est séparée de l'agent qui l'accompagnait depuis le début de l'aventure, Christopher Little, ce dernier n'étant pas réputé pour son attrait à l'égard des nouvelles technologies. La distance est aussi établie avec les éditeurs d'origine, Bloomsbury du côté britannique et Scholastic du côté américain : Rowling prend la voie, très tendance, de l'autopublication. Malgré ce choix d'indépendance de l'auteure, Bloomsbury et Scholastic toucheront une part des ventes, mais l'auteure sera libre de fixer les prix de ses livres numériques, de proposer de simples chapitres en vente à l'unité ou d'imaginer des ventes pour une utilisation limitée dans le temps. Pour l'ensemble de cette nouvelle activité, c'est la marque Pottermore Publishing que porteront les romans Harry Potter. Dans une contribution à la revue en ligne Paid Content, la journaliste Laura Hazard Owen évoque la possibilité que les grands acteurs du livre numérique s'inspirent de ces pratiques novatrices en matière de prix. Si Harry Potter version classique a représenté une véritable révolution pour le secteur de l'édition jeunesse, l'avenir proche dira si le sorcier inventé par J.K. Rowling défie ou définit le livre numérique.


Pour aller plus loin : Les recettes de la saga Harry Potter par film

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Crédits photos :
Affiche du film Harry Potter et les Reliques de la Mort, 2ème partie, katherinemariee / Flickr ;
Parc d'attraction Harry Potter, littlemaiba / Flickr.
  • 1. Soit hors Royaume-Uni et Etats-Unis.
  • 2. Soit 158 millions de dollars pour ses trois premiers jours à l'affiche dans les salles américaines.
  • 3. Digital Rights Management.
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