Kindle Cloud Reader : un système fermé ?

Article  par  Marc JAHJAH  •  Publié le 29.08.2011  •  Mis à jour le 29.08.2011
Capture d'écran Kindle Cloud Reader
[ACTUALITÉ]  Lancée pendant l’été, l’application de lecture d’Amazon dans les nuages est une réponse forte à la politique tarifaire d’Apple.
Apple avait prévenu : à partir du 30 juin 2011, toutes les applications présentes sur son App Store qui ne respecteront pas ses nouvelles clauses seront supprimées. Jusque-là en effet, pour éviter de verser une commission de 30 % à l’entreprise sur chaque vente réalisée, les éditeurs d’applications avaient trouvé un moyen de contournement : proposer un lien, depuis leur application, menant à une boutique d’e-books sur le Web indépendante de l’App Store, de manière à rester certes maîtres de la totalité des commissions mais également des données utilisateurs. Or, maintenant que l’iPhone et l’iPad se sont imposés dans le monde entier, et qu’Apple a appâté assez d’utilisateurs et autant de clients potentiels, il peut de nouveau dicter sa loi. Ainsi, tout acteur qui n’intègrera pas l’achat « in-app » ou, dit autrement, qui mettra en place un système pour contourner totalement Apple, se coupera du marché de l’iPhone et de l’iPad.

Et l’entreprise ne plaisante pas. Si les premiers jours, comme le remarque l’Actu des eBooks, aucune sanction n’a été exercée, très vite les éditeurs d’applications semblent avoir été sommés de respecter les règles. Ainsi, le distributeur de livres numériques Kobo, la librairie Barnes & Noble ou le Wall Street Journal n’autorisent plus leurs utilisateurs à acheter directement depuis leurs applications. Le client doit en effet en sortir et se diriger vers le site Web de l’entreprise concernée pour effectuer son achat. Autant d’opérations qui multiplient les étapes nécessaires à l’accès au contenu et fragilisent le confort de l’utilisateur. Conscients de l’imperfection d’une telle solution, les grands distributeurs ont rapidement contre-attaqué. Kobo a ainsi annoncé préparer une application en HTML 5[+] NoteÀ l’instar d’une application en Flash, une application en HTML5 offre des fonctionnalités avancées : annotations d’un livre, synchronisation, etc.X [1] accessible depuis un simple navigateur Web, comme Safari, à l’inverse d’une application créée avec la technologie Flash, exclue des tablettes Apple. Tout utilisateur d’iPad ou d’iPhone pourra donc bientôt acheter ses livres numériques sans que Kobo n’ait à se soucier d’un versement d’une quelconque commission à Apple. Stratégie semble-t-il concluante, comme en témoigne les premiers succès du Financial Times (100 000 abonnés via son application Web), qui a également opté pour cette solution.

Amazon a compris, bien avant qu’Apple ne mette en place ces règles, les dangers qu’il pourrait y avoir à être trop lié à la plateforme de ce dernier. Kindle for the web était déjà une première tentative pour s’affranchir d’un système d’exploitation contraignant. Lancé en septembre 2010, le service permettait en effet d’afficher des extraits d’un livre sur n'importe quel blog. Mais avec la mise en place de Kindle Cloud Reader, Amazon porte plus loin encore son projet. Après avoir effectué une synchronisation, l’utilisateur est aujourd’hui en mesure de lire les livres achetés sur la boutique Kindle depuis son navigateur Web (mais seuls ceux d’Apple – Safari – et de Google – Chrome – sont pour l’instant compatibles). Bien conçue, quoique basique (impossibilité d’importer ses propres e-books sans passer par la synchronisation, par exemple), l’application d’Amazon s’inscrit dans un mouvement plus large, celui de la lecture dans le navigateur récemment promue par la conférence « Books in Browser ».


Capture d'écran du service Kindle Cloud Reader.

Idéalement, le texte, encapsulé dans une application en HTML5, peut être sélectionné, copié et manipulé, et bénéficier de l’ensemble des plugins réalisés pour un navigateur Web (comme Diigo), contrairement aux applications Flash qui limitent la lecture ou aux applications iPad, fermées. Mais pour un Amazon qui vient de lancer un réseau social où sont valorisées et mises en avant les pratiques de lecture de ses utilisateurs (annotations et soulignements de passages de livres), autoriser une telle ouverture reviendrait à perdre de précieuses données, par ailleurs indispensables au bon fonctionnement du système de hiérarchisation du service (un système de classement met en effet à l'honneur les lecteurs les plus actifs). C’est ce qui pourrait ainsi expliquer que les fonctions de Kindle Cloud Reader soient encore dépendantes de l’application Kindle, disponible sur les tablettes, les liseuses numériques (eReaders) et les téléphones portables, et qu’on en vienne à retrouver, alors qu’on le fuyait initialement avec l’iPad, un système fermé et limité.

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Crédits Illustrations : Captures d'écran de la page d'accueil de Kindle Cloud Reader et du service.

  • 1. À l’instar d’une application en Flash, une application en HTML5 offre des fonctionnalités avancées : annotations d’un livre, synchronisation, etc.
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