L'Australie, une destination de choix pour les producteurs ?

Article  par  Julia COULIBALY  •  Publié le 03.05.2012  •  Mis à jour le 04.05.2012
[ACTUALITÉ] Après Gatsby le Magnifique et Don't Be Afraid of the Dark récemment, l'Australie continue d'attirer les grosses productions étrangères. Cet été, c'est le deuxième opus de The Wolverine qui sera tourné à Sidney.
Si l’intrigue de The Wolverine se déroule au Japon, la majeure partie des prises de vue s’effectuera en Australie à partir de l’été 2012, dans les studios de la Fox, la branche australienne de la 20th Century Fox basée à Sidney. Lors d’une déclaration conjointe le 20 avril dernier, Julia Gillard, Premier ministre australien et Simon Crean, ministre des Arts, annonçaient que ce tournage pourrait générer un investissement de plus de 80 millions de dollars en Australie et la création de près de 2 000 emplois directs et indirects. Pour attirer Marvel Studios[+] NoteThe Wolwerine est coproduit par la 20th Century Fox et Marvel Studios qui assure les adaptations cinématographiques des bandes dessinées Marvel Comics.X [1], le gouvernement fédéral lui a accordé une remise de 30 % des dépenses effectuées sur son territoire, soit une somme de près de 13 millions de dollars. Julia Gillard et Simon Crean ont souligné que cette compensation financière, appelée « Location Offset » dans le système d’incitations australien, est exceptionnelle. En effet, elle s’élève habituellement à 16,5 %.

La « Location Offset » (autrefois appelée « Refundable Film Tax Offset ») fut introduite par le gouvernement fédéral en 2001, aux côtés d’autres mesures (comme la « PDV Offset » pour la post-production et les effets spéciaux), pour inciter les producteurs de films étrangers à gros budget à utiliser les sites, les acteurs, les équipes et les fournisseurs de biens et services australiens. Elle permet aux productions investissant plus de 15 millions de dollars en Australie de bénéficier de 16,5 % de compensation sur leurs dépenses. Fixé à 12,5 % en 2001, le taux de cette remise fut élevé à 15 % en 2007, puis au taux actuel en 2011. Aujourd’hui, de nombreux acteurs de l’industrie cinématographique et politiciens locaux militent en faveur d’une augmentation substantielle du taux de la « Location Offset » pour qu’il atteigne les 30 %.


En 2002, l’Australian Film Commision publiait une étude complète, « Foreign Film and Television Drama Production in Australia : A Research Report », sur les conséquences d’une présence de la production étrangère accrue en Australie. Dans ce rapport, l’organisme (qui fusionne avec la Film Finance Corporation et la Film Australia pour former le Screen Australia en 2008) identifiait deux types de critères entrant en jeu dans le choix d’un lieu de tournage. D’une part,  des critères économiques : le taux d’échange, les coûts de production (les salaires, le prix du matériel et de l’équipement et son accessibilité) et les incitations financières gouvernementales. D’autre part, les nécessités du tournage : la qualité et la disponibilité des équipes, les infrastructures, l’existence et l’accessibilité de décors appropriés pour l’histoire, les préférences du réalisateur, des acteurs et la possibilité pour les producteurs de contrôler le déroulement du tournage. La majorité des professionnels déclarait que le niveau de compétence des équipes locales était un facteur déterminant dans leur volonté de filmer en Australie. Ils affirmaient également être satisfaits des conditions économiques proposées,  jugeant le pays attractif, en particulier pour son taux de change. Des éléments que l’on retrouve dans deux articles publiés à peu près à la même période : le premier en 1999 dans la revue Ciné-Bulles et le second en 2001 disponible sur le site de l’Expansion. De ce fait, le nombre de films étrangers à gros budget tournés en Australie fut assez important dans les années 2000 : la trilogie Matrix, les épisodes 2 et 3 de la saga Star Wars, Superman Returns, le troisième chapitre de Le Monde de Narnia, etc.

À l’époque, le dollar australien équivaut à environ 50 cents. Or, il a fortement augmenté depuis et marche aujourd’hui vers la parité avec le dollar américain (il représente approximativement 97 cents). Cette hausse du dollar australien, combinée à l’émergence de nouvelles destinations proposant des avantages financiers attractifs, rend l’Australie moins compétitive pour les producteurs étrangers.


L'industrie du film australienne en crise, reportage diffusé le 31 janvier 2011 sur ABC Australia

D’où le lobbying exercé ces trois dernières années auprès du gouvernement australien par des entités comme Ausfilm, un partenariat privé-public qui a pour but d’attirer et de favoriser les contrats cinématographiques internationaux, pour une augmentation de la « Location Offset ». Dans leur déclaration du 20 avril 2012, Julia Gillard et Simon Crean affirmaient que sans la remise exceptionnelle consentie aux producteurs de The Wolverine, ils n’auraient pas choisi l’Australie pour tourner. Pour Debra Richards, Directrice d’Ausfilm, « C’est une étape positive pour nous, cela montre la volonté du gouvernement de réfléchir à la proposition d’augmentation la location offset. »

Pourtant, comme le soulignait déjà le rapport de l’Australian Film Commission, l’impact de la présence des productions étrangères sur l’industrie locale est controversé. Pour certains, cela engendre des bénéfices économiques indéniables pour la nation dans sa globalité et la création d’excellentes opportunités professionnelles. Les sociétés de production étrangères permettent de former et de retenir des équipes qualifiées et de maintenir les infrastructures. D’autres craignent en revanche qu’elles dominent la production locale au point que l’Australie devienne une simple annexe de l’industrie mainstream américaine et que son particularisme créatif disparaisse.


--
Crédits photos :
- Image principale : Wolverine / page facebook X-Men origins : Wolverine
- Studios de la Fox en Australie
  • 1. The Wolwerine est coproduit par la 20th Century Fox et Marvel Studios qui assure les adaptations cinématographiques des bandes dessinées Marvel Comics.
Vous souhaitez nous apporter un complément, rectifier une information ? Contactez la rédaction