La rentabilité du cinéma 3D en question

Article  par  Xavier BERNE  •  Publié le 11.04.2012  •  Mis à jour le 12.04.2012
Titanic 3D
[ACTUALITÉ] Fort du succès d’Avatar, le cinéma en 3D semblait promis à de beaux jours devant lui. Pourtant, malgré la multiplication du nombre de films utilisant cette technologie, la rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous.
Les sorties cinématographiques de l’année 2012 sont marquées par la conversion de grands succès du cinéma à la technologie 3D. Après Star Wars, Épisode I : La Menace fantôme, c’est le film phare de l’année 1997, Titanic, qui est de retour en salle depuis le 4 avril 2012. Son réalisateur, le canadien James Cameron, avait d’ailleurs convaincu l’industrie cinématographique d’adopter la 3D, suite au succès sans précédent de son film Avatar, sorti en 2009.

 Titanic « making of conversion 3D » Source : Wat

Plus gros succès au box-office de toute l'histoire du cinéma avec ses 2,7 milliards de dollars de recettes, Avatar a suscité l’engouement du public mais aussi les espoirs d’Hollywood. En effet, confrontée à une baisse de la fréquentation des salles aux États-Unis ainsi qu’à un piratage important de ses œuvres sur Internet, l’industrie cinématographique a vu dans la technologie 3D un moyen d’attirer de nouveaux spectateurs et d’engranger des bénéfices supplémentaires. Malgré un coût de production plus important, le surcoût des films en relief est largement compensé par l’augmentation du prix des places.
 
Une étude publiée par Slate révèle à cet égard qu’ « Avatar rapportait en moyenne 15 800 dollars dans les cinémas le diffusant en 2D et 26 800 dollars pour ceux le diffusant en 3D ». « Presque tous les films en 3D sortis en 2009 et début 2010 rapportaient entre 50 et 100 % de plus en 3D qu’en 2D, sur la base des entrées en salles ». Il apparaît ainsi qu’en 2010, « les films en 3D représentaient 21 % (2,2 milliards de dollars) du total des recettes [du box-office américain], soit près du double du niveau de 2009 », grâce au succès de films comme Alice au Pays des Merveilles ou Shrek 4.
 
Un essoufflement du cinéma en 3D a néanmoins été observé depuis l’été 2010, dans la mesure où de plus en plus de films se sont révélés moins rentables en relief qu’en diffusion en 2D. L’étude de Slate précise effectivement que « les trois-quarts des films de [2010] ont enregistré des retours négatifs de leur version 3D et certains ont atteint des chiffres de vente très inférieurs à la moyenne. Le dernier Harry Potter, le dernier Kung Fu Panda, Captain America et Green Lantern ont enregistré un ajustement moyen de - 65 %. Pour le dire autrement, les entrées dans les salles équipées de 3D ont enregistré des bénéfices correspondant à un tiers de ceux de la 2D ».
 
Une étude publiée en mai 2011 par le cabinet américain BTIG Research confirme cette baisse tendancielle de la rentabilité des films en 3D, pointant alors la politique tarifaire des séances en relief comme principale raison de cet essoufflement. La majoration des billets aurait ainsi un effet dissuasif sur les spectateurs, dont certains regrettent l’inconfort des lunettes, qui provoquerait une « sensation de gêne, [de] fatigue et même des migraines ». Un sondage publié en septembre 2011 par Le Film Français souligne par ailleurs que 73 % du public français « ne trouve pas d’intérêt à la 3D ».
 
  Photo extraite du film Avatar de James Cameron

Il apparaît à cet égard que l’esthétisme de la 3D a souvent déçu, dans la mesure où de nombreux films se sont révélés relativement médiocres, à l’image du Choc des titans. Le réalisateur James Cameron a ainsi déploré que la 3D ait été appliquée à ce film, « comme on applique une nouvelle couche, pour de pures raisons de profits ». Le public aurait ainsi boudé la multiplication de ces films convertis à la 3D en postproduction à des fins marketing, contrairement à Avatar ou Pina de Wim Wenders, tournés en 3D. Courrier International  nous apprend par ailleurs que certains cinéastes se montrent eux aussi réticents face au cinéma en relief, invoquant « à la fois des raisons esthétiques et pratiques ».
 
Le cinéma en 3D ne semble pas pour autant en danger. De nombreux films en relief s’avèrent très rentables, à l’image du dernier film de Steven Spielberg[+] Note42,7 millions d’euros rien qu’au box office européen.X [1], Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne. Il est intéressant de remarquer que le film Intouchables, diffusé uniquement en 2D, a quant à lui dépassé les 600 % de rentabilité. L’industrie cinématographique semble toutefois s’orienter vers une diminution du nombre de films produits en relief, afin de proposer des œuvres de meilleure qualité. Les efforts mis dans la conversion du Titanic semblent d’ailleurs porter leurs fruits auprès du public, puisque 500 000 spectateurs environ sont allés voir ce film lors de sa première semaine, ce qui constitue « un excellent score » selon Europe 1. Rien ne garanti cependant que ce succès soit dû uniquement à la 3D, rappelons que le film avait fait 20 millions d’entrées en France lors de sa sortie initiale, que certains fans auront sûrement eu envie de revoir sur grand écran.

--
Crédits photos :
- Image principale :  affiche Titanic 3D eat more toast - Flick
- Avatar : David W. Johnson - Flickr
  • 1.
  • 2. 42,7 millions d’euros rien qu’au box office européen.
Vous souhaitez nous apporter un complément, rectifier une information ? Contactez la rédaction