Sunny Side of the Doc 2011, une éclaircie dans le marché documentaire

Article  par  Arnaud MIQUEL  •  Publié le 02.07.2011  •  Mis à jour le 05.07.2011
[ACTUALITÉ] En pleine extension internationale, le Sunny Side of the Doc affirme le poids croissant du continent asiatique sur le marché audiovisuel mondial et rappelle que la 3D n’est pas exclusivement réservée à la fiction.
Malgré la nouvelle concurrence estivale du Sheffield Doc / Fest, programmé à tout juste deux semaines d’intervalle de l’évènement, le dernier Sunny Side of the Doc de La Rochelle (21-24 juin 2011) affiche un bilan auréolé de succès et semble confirmer une réelle reprise du marché documentaire à l’international.
 
Les chiffres le prouvent. Avec 1 743 participants, 455 exposants et près de 300 décideurs et acheteurs présents, c’est une fréquentation en hausse de +15 % que connaît l’organisation par rapport à 2010. Plus frappant encore, cette édition 2011 aura rassemblé 63 pays (48 l’année passée) et ce malgré les crises économiques et nationales que traversent certains États de la zone euro et notamment la Grèce, grande absente de ce marché. Plus que jamais tourné vers l'international, le Sunny Side a fait le choix de mettre l’Asie à l’honneur de cette 22ème édition et tire pleinement les enseignements et les bénéfices de ses déclinaisons « Of the Doc » en Amérique Latine et en Extrême-Orient. Les délégations chinoises, japonaises et coréennes étaient de ce fait à l’honneur et ont tenu plusieurs conférences visant à présenter l’état du marché audiovisuel asiatique ainsi que les nouvelles opportunités économiques qu’il offre aujourd’hui aux professionnels du monde entier. Depuis plusieurs années maintenant, le genre documentaire gagne en puissance dans la région et ce notamment sous l’impulsion de diverses chaînes et groupes de télécoms émergents et avides de contenus. L’acquisition de films à l’international ainsi que la vente des productions locales aux pays étrangers est devenu au fil des années une réalité et une pratique courante qui rend désormais possible le développement de partenariats de coproduction intercontinentaux. En mettant en avant des projets tel que Nano Revolution, ambitieux triptyque documentaire futuriste mené de front par Arte (France), NHK (Japon) et CBC (Canada), ce Sunny Side a clairement l’ambition de révéler qu’au-delà du temps d’adaptation normal et nécessaire à toute collaboration nouvelle, ce genre de coentreprise interculturelle en matière de documentaire est possible.
 
Parallèlement à cette tendance d’envergure internationale, un grand nombre de stands étaient consacrés à la présentation des différents soutiens locaux, et plus particulièrement régionaux, à l’industrie documentaire. Parmi les exposants, l’association Imaginove fédérant plus de 150 entreprises de l’image en mouvement en région Rhône-Alpes a su présenter les atouts d’un secteur économique en pleine mutation et qui a tout intérêt à créer des convergences et des liens entre chacune de ses branches. À travers des pôles de compétitivité proposant un panel de services et de formations adaptés aux entreprises adhérentes, c’est toute une industrie qui est accompagnée dans ses évolutions technologiques et d’usages. Si le crowdfunding[+] NoteLe crowdfunding consiste en une approche communautaire du financement de projets où un grand nombre de participants ordinaires apportent individuellement de petits investissements permettant ainsi de boucler des budgets jugés souvent difficiles.X [1] est aujourd’hui plutôt bien connu des professionnels et que les projets cross media ont acquis légitimement leur place dans la session de pitch du marché[+] NoteTerme générique adopté par le monde de l’entreprise et de l’audiovisuel pour tout exercice oral visant à présenter succinctement les enjeux et aboutissants d’un projet.X [2], ces deux dimensions, apparaissant comme innovantes il y a peu, n’ont pas brillées par leur originalité. C’est plutôt du côté de la 3D que les enseignements étaient les plus intéressants et les perspectives les plus prometteuses.

En inaugurant une nouvelle session de pitch destinée exclusivement aux projets 3D et cinéma[+] NoteÀ consulter également sur InaGlobal : « Hollywood bouleversé par la 3D ? » X [3], le Sunny Side a consacré pleinement un exercice de style qui n’est encore qu’une niche à l’international. Si la plupart des pays présents ont pu se montrer intéressés par les projets défendus et par les nombreux stands dédiés au relief, très peu de chaînes semblaient réellement disposées et préparées à la diffusion 3D sur les écrans de télévision. Beaucoup sont encore dans l’expérimentation ou attendent plus de cette technologie, tel NHK qui pense déjà aux systèmes de visionnage sans lunette et à l’écran du futur. De manière générale, les professionnels présents ont affirmé développer et produire beaucoup mais diffuser  peu. Seule La Géode qui s’est fait une spécialité de ces programmes faisait figure d’exception et réclamait d’avantage de projets dans lesquels investir.
 
Avec des budgets de production sensiblement supérieurs à la moyenne, le recours au relief tend à confirmer la double segmentation du marché du documentaire qui est actuellement à l’œuvre et qui tend à distinguer films d’envergure internationale et œuvres destinées à un marché domestique, tant en vertus de critères économiques que de genres. Certaines thématiques voyagent mieux que d’autres : histoire, sciences, arts et civilisations sont autant d’approches documentaires qu’il est aisément possible d’exporter. À l’inverse, les sujets de sociétés sont bien souvent limités au seul territoire national. La remise des Sunny Side Doc Awards 2011 à Apocalypse et à Océans le prouvent : avec 17 millions de téléspectateurs cumulés et 10 millions de tickets de cinéma vendus à travers le monde, le documentaire est en voie d’extension, mais pas pour tous les genres ni tous les budgets. Au sein de cette segmentation première, la 3D vient créer une rupture supplémentaire pour constituer une niche de genre, un marché dans le marché qui nécessite l’action de mécanismes économiques à l’échelle globale. Le CNC a d’ailleurs bien saisi l’enjeu international qui se jouait là et propose depuis 2011 une bourse de soutien à la production en relief de l’ordre de 5,6 millions d’euros ainsi qu’un livre blanc librement accessible.
 
Avec un bilan très positif, l’organisation envisage sereinement ses prochaines éditions en Asie en mars 2012 à Singapour, et en Amérique latine à Buenos Aires en décembre 2011, et ce, peut-être pour la dernière fois avant une possible migration vers le cœur du marché à Mexico. Pour ce qui est de l’Afrique, il faudra encore attendre. Yves Jeanneau, le créateur du label « Of the Doc », continue d’y croire mais laisse le projet à qui voudra bien s’en saisir.

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Crédit illustration :
Image extraite de la bannière du site www.sunnysideofthedoc.com.
  • 1. Le crowdfunding consiste en une approche communautaire du financement de projets où un grand nombre de participants ordinaires apportent individuellement de petits investissements permettant ainsi de boucler des budgets jugés souvent difficiles.
  • 2. Terme générique adopté par le monde de l’entreprise et de l’audiovisuel pour tout exercice oral visant à présenter succinctement les enjeux et aboutissants d’un projet.
  • 3. À consulter également sur InaGlobal : « Hollywood bouleversé par la 3D ? »
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