La fin des supports physiques audiovisuels est-elle programmée ?

Article  par  Romain SAILLET  •  Publié le 22.08.2011  •  Mis à jour le 22.08.2011
[ACTUALITÉ] DVD, Blu-Ray, Vod, sVod : quels supports privilégier pour optimiser la diffusion de films ou de séries ? Tour d’horizon des marchés pour comprendre les tendances de ces prochaines années.
Le DVD, sorti en 1995, a marqué un véritable bouleversement pour la vente de films. Passant d’un support analogique au numérique, le Digital Versatil Disc est devenu un standard en quelques années. Cependant, depuis 2009, les ventes s’estompent, le DVD laissant progressivement la place au Blu-Ray, qui permet une capacité de stockage supérieure et ainsi l’arrivée de la haute définition (HD) dans les foyers.
 
En France, cette tendance se confirme  au premier trimestre 2011. Selon le Syndicat de l’édition vidéo numérique (SEVN), les ventes de Blu-Ray progressent de plus de 20 %, avec une chiffre d’affaire de 44,5 millions d’euros, alors que le marché du DVD perd 9,9 % de son chiffre d’affaire de 276,5 millions d’euros. Le Blu-Ray séduit et ses coûts baissent : il devient alors le légitime remplaçant du DVD pour les distributeurs.
 
 
L’année 2011 ne répond pourtant pas à toutes leurs attentes. Malgré les bons résultats des ventes de Blu-Ray, elles ne représentent que 13,7 % du chiffre d’affaire des ventes de supports physiques. Cette trop faible proportion ne permet alors pas de combler les pertes engendrées par la chute des ventes de DVD : le marché des supports physiques perd alors plus de 6 % en volume, soit 321 millions d’euros et presque 5 % en valeur, soit 32 millions d’unités vendues.
 
Aux États-Unis, cette tendance se confirme aussi, même si une étude menée par le groupe NPD nous apprend que les supports physiques conservent outre-Atlantique une grande popularité. Près de 77 % des sondés auraient regardé un programme via un support physique dans les trois derniers mois, alors que seulement 21 % auraient visionné un film en VOD.
 


Pourtant, et de manière générale, cette situation semble évoluer en faveur des supports dématérialisés : le DVD a perdu cette année près de 9 % de son chiffre d’affaire.
 
 
 
Avec l’arrivée des téléviseurs 3D dans les foyers, 2011 devait pourtant marquer un rebond significatif pour les supports physiques. Les constructeurs de télévision prédisent 20 % de téléviseurs 3D vendus pour la fin de l’année 2011, alors que seulement 2 %, soit 200 000 s’étaient écoulés en 2010 selon CNet France. Au vu des ventes de ces six premier mois, cet objectif semble cependant difficile à atteindre malgré une diffusion de cette technologie à toutes les tailles de téléviseurs. Les ventes devraient toutefois mécaniquement augmenter.
 
Alors que le marché de la 3D devait apporter un souffle nouveau pour le marché des films, l’année 2011 ne semble pas répondre entièrement aux objectifs fixés. Sony a d’ailleurs décidé de changer sa stratégie de production de ses téléviseurs. Après avoir vendu trois usines, et changer le responsable de la division téléviseurs, le constructeur japonais souhaite stopper la baisse consécutive de son chiffre d’affaire sur ses téléviseurs depuis maintenant huit ans. De nouveaux moyens de distribution de films et séries semblent pourtant apporter des réponses encourageantes aux pertes engendrées par les supports physiques : les supports dématérialisés[+][1].
 
 
En Europe, de nombreux distributeurs ont rapidement cru en cette technologie, avec plus de 300 opérateurs recencés en 2011 contre 10 en 2003, en confrontation directe avec le téléchargement légal. Une fois dépassée la barrière de l’achat en ligne pas les utilisateurs, la VOD a vite séduit un grand nombre d’internautes. Un large choix de programmes sans se déplacer de chez soi, l’offre plaît et enregistre même une croissance régulière. En France, selon le Figaro, le marché de la VOD devrait se chiffrer à près de 200 millions d’euros, soit plus de 14 % du marché des supports physiques. TF1 a d’ailleurs saisi cette opportunité pour annoncer une véritable stratégie de développement de sa plateforme dématérialisée TF1Vision.
 
Aux États-Unis aussi les chaînes souhaitent offrir à leurs téléspectateurs une offre dématérialisée riche. La Fox a récemment mis en place une stratégie multi support permettant aux acheteurs d’un Blu-Ray de retrouver leur programme sur leur téléphone Android, grâce à un code d’accès.
 
De son coté, HBO vient d’annoncer que l’intégralité des séries qu’elle diffuse sera disponible sur la plateforme iTunes en HD, soit avec une qualité d’image proche du Blu-Ray, en contrepartie d’une majoration du coût d’un dollars par épisode. Cette opération permet à la fois à la HBO de bénéficier des abonnés d’iTunes et à la plateforme d’Apple d’enrichir son catalogue.
 
Apple jouit aujourd’hui d’une hégémonie absolue sur le marché de la VOD avec sa plateforme iTunes. Près de 95 % des ventes en VOD en France y sont réalisées, et près de 20 % des locations à la fin de l’année 2010. Et la marque à la pomme ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin. Des rumeurs persistantes prédisent qu’Apple pourrait rapidement proposer la locations et la vente de films en 1080p, soit de la HD+ en concurrence direct avec le Blu-Ray. Le renouvellement de l’AppleTV prévu à l’automne 2011 devrait nous en apprendre plus sur la stratégie opérée par la société sur ce secteur.
 
 

Malgré cette domination, une nouvelle offre importée des États-Unis devrait voir le jour prochainement en Europe : la sVOD, soit un service de VOD avec un payement forfaitaire. Netflix l’américain et le français Canal Plus pourraient lancer leurs offres dès l’automne 2011, selon les Échos. Avec un tarif de 10 euros par mois, cette offre pourrait bouleverser le marché de la VOD. Cependant, en Europe et plus particulièrement en France, la chronologie des médias, régie par une directive européenne, pourrait empêcher une telle offre de se propager. Dans une interview accordée au journaliste Nil Sanyas pour PCInpact, le patron de Vidéo Futur Rémi Tereszkiewicz affirme même qu’une « Offre de purement sVod est impossible en France ». Sa société propose en effet à ses abonnées une offre « combinée » à l’image de celle de Netflix : recevoir le DVD ou Blu-Ray du film commandé, ou alors le visionner directement en VOD pour 2,99 euros.
 
En effet, dans le cadre d’une vente à l’acte, quatre mois sont nécessaires après la sortie des films dans les salles pour pouvoir les proposer en DVD et VoD. Légalement, cette fenêtre d’exploitation passe de 4 à 36 mois lorsque le programme est intégré dans un forfait, comme la sVoD. Ainsi, les offres de sVoD pourraient être privées des nouveautés, remettant en cause le bénéfice réel pour le consommateur.
 
Délai pour la
première exploitation
Réduction accordée
à titre dérogatoire
mode d'exploitation
Dès l'obtention du visa d'exploitation
-
exploitation en salle
4 mois
4 semaines
vente et location de supports vidéographiques, vidéo à la demande avec paiement à l'acte
10 mois
-
télévision payante de cinéma ayant signé un accord avec les organisations du cinéma
12 mois
-
télévision payante de cinéma
22 mois
-
télévision payante (hors cinéma) ou non payante et coproductrice du film
30 mois
-
télévision payante (hors cinéma) ou non
36 mois
-
vidéo à la demande par abonnement
48 mois
-
mise à disposition en vidéo à la demande gratuite
 
À l’inverse, aux États-Unis, cette fenêtre d’exploitation est extrêmement courte avec une durée de seulement 90 jours. La Warner souhaite même raccourcir cette durée à 60 jours. On comprend alors mieux l'intérêt d’une telle offre dans ce cadre législatif.
 
La VOD et son coût à l’acte pourrait donc avoir encore de belles années devant elle. Des réponses sur l’avenir du marché devraient être apportées dès l’ouverture de l’IFA, le deuxième salon mondial de l’électroménager, des médias numériques et de l’électronique, qui se tiendra du 2 au 7 septembre 2011 à Berlin.

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Crédits Photo :
- Juehuayin / Flickr ;
- Saricientta / Flickr.
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