La Chine cherche à étendre son influence médiatique en Afrique

Article  par  Jennifer ROUSSE-MARQUET  •  Publié le 10.12.2012  •  Mis à jour le 10.12.2012
[ACTUALITÉ] Alors que le nombre de sociétés de presse et de télédiffusion occidentales présentes en Afrique diminue, les géants des médias chinois avancent rapidement leurs pions.
Du 31 octobre au 2 novembre 2012, à Johannesburg, se tenait le DISCOP Africa TV, le seul marché du continent dédié aux professionnels de la production et de la distribution de contenus télévisés. Parmi les représentations étrangères, outre l’Amérique latine, la Chine était également présente.
 
Si, cette année, dix sociétés chinoises avaient fait le déplacement, contre deux l’année précédente, le stand du gouvernement chinois rencontrait un succès très relatif. Pourtant, la chaine tanzanienne Tanzania Broadcasting Corporation (TBC) a commencé à diffuser, fin 2011, une série chinoise doublée en Swahili (Dou Dou na Mama Wakwe Zake) – une grande première pour le continent africain – . Cette année, CCTV annonçait à l’ouverture du DISCOP avoir passé un accord avec le diffuseur sud-africain e.tv. pour la fourniture d’une série de films.
 
D’une manière générale, les acheteurs africains se sont montrés curieux, mais prudents. Le coût des contenus chinois reste encore trop élevé, d’autant plus que les acheteurs africains, qui préfèrent le doublage au sous-titrage, estiment que ce coût doit être à la charge des vendeurs et non pas des diffuseurs.

Du côté de l’Amérique Latine, Globo TV International[+] NoteBrésilienX [1],  Caracol Television[+] NoteColombienX [2] et TV Azteca[+] NoteMexicainX [3] font ainsi partie des distributeurs de poids sur le DISCOP. Cette année encore, le DISCOP a confirmé le réel attrait des diffuseurs africains pour les telenovelas[+] NoteLes telenovelas se réfèrent aux séries télévisées des pays hispanophones et lusophones diffusées quotidiennement et en soirée.X [4], qui étrangement, ne semblent pas rencontrer de difficultés majeures à attirer les téléspectateurs africains.

La popularité des telenovelas sud-américaines en Afrique a engendré une augmentation des séries dramatiques produites localement, et la demande pour des contenus télévisés reflétant la vie des téléspectateurs locaux est croissante. Mais pour le moment, la moitié des contenus diffusés en Afrique sont d’origine étrangère.

De nombreux freins - tels que les coûts élevés de production, les barrières culturelles, linguistiques et surtout technologiques - empêchent les producteurs africains de toucher d’autres marchés que leur marché local. C’est pourquoi les producteurs africains sont particulièrement intéressés par les possibilités de co-productions, qui leur permettraient de bénéficier de l’expertise et du savoir-faire d’autres pays, tout en accédant plus facilement à de nouveaux réseaux de distribution.
 
Et c’est là que la Chine présente un réel attrait pour les producteurs africains : le pays a en effet la réputation d’avoir le portefeuille bien rempli et d’être friand de contenus africains. L’an dernier, la Chine a investi plus de 12 milliards de dollars dans le continent, dans des secteurs divers dont les medias. Le gouvernement chinois cherche en effet en Afrique des contrepoids à l’influence des agences de presse occidentales responsables, selon elle, de donner une image ‘biaisée’ de l’Empire du Milieu.

Le but est clair : il s’agit de contribuer au rayonnement de la Chine en Afrique, en particulier dans les régions riches en ressources naturelles - nécessaires au bon fonctionnement des industries chinoises. Ainsi, alors que le nombre de sociétés de presse et de télédiffusion occidentales présentes en Afrique diminue, les géants des médias chinois avancent donc leurs pions sur le continent.

Le Kenya en est un parfait exemple : The Daily Nation, le journal en langue anglaise le plus populaire du pays, est peuplé d’articles de l’agence de presse gouvernementale chinoise Xinhua[+] NoteLa plus grande agence de presse nationale chinoise.X [5], China Central Television (CCTV) et CNC World [+] NoteChaîne d’information en anglais de l’agence Xinhua.X [6] ont également envahi les postes de télévision ; et sur les ondes, China Radio International propose notamment des cours de mandarin et des comptes rendus des coopérations entre la Chine et l’Afrique. Le choix du Kenya n’est pas anodin : Nairobi représente un véritable carrefour en termes d’informations pour les pays anglophones d’Afrique de l’Est.
Lancée au Kenya en janvier 2012, CCTV Africa a été le premier bureau régional de CCTV à produire et diffuser son programme quotidien d’une heure sur les actualités africaines (« Africa Live ») sur la chaîne anglophone de CCTV. 

Même si cette incursion dans les médias africains reste modérée, la Chine ne cache pas ses ambitions. Xinhua et CCTV sont toutes deux rattachées au département en charge de la propagande du Parti communiste[+] NoteThe Communist Party of China's Propaganda and Public Information Departments X [7] et sont les fers de lance de l’opération de soft power lancée par la Chine en Afrique. Une opération peut-être pas aussi fulgurante que l’engouement pour les telenovelas, mais qui devrait, à terme, porter ses fruits.

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Crédit photo :
Capture d'écran CCTV News Africa / YouTube
  • 1. Brésilien
  • 2. Colombien
  • 3. Mexicain
  • 4. Les telenovelas se réfèrent aux séries télévisées des pays hispanophones et lusophones diffusées quotidiennement et en soirée.
  • 5. La plus grande agence de presse nationale chinoise.
  • 6. Chaîne d’information en anglais de l’agence Xinhua.
  • 7. The Communist Party of China's Propaganda and Public Information Departments
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