The Global Editors Network, le réseau mondial des rédacteurs en chef

Article  par  Marc JAHJAH  •  Publié le 19.04.2011  •  Mis à jour le 26.04.2011
[ACTUALITÉ] Un réseau mondial de rédacteurs en chef a été lancé le 28 mars 2011, pour mieux répondre au défi organisationnel et identitaire que le Web pose aux rédactions.
Les journaux du monde sont aujourd’hui confrontés à une scission entre leurs rédactions en ligne et hors ligne, résultat de la nécessité d’apparaître sur les nouveaux médias tout en conservant une identité encore dominée par le papier. Leur coordination est désormais un gage de réussite et de cohérence pour un journal. Un réseau mondial de rédacteurs en chef (Global Editors Network), à l’initiative des plus grands journaux (El PaisThe New York TimesLe Monde), a ainsi été lancé le 28 mars 2011 pour « briser les barrières entre anciens et nouveaux médias » et « encourager la mutualisation et la coopération entre les médias. »

Pour son président Xavier Vidal-Folch, rédacteur en chef adjoint d’El Pais, le Global Editors Network doit permettre de « mettre en commun [leurs] expériences et [leurs] perspectives en organisant des débats, des rencontres, en menant des études et des enquêtes ». Le GEN veut ainsi « représenter la communauté des rédacteurs en chef au niveau international » et « défendre le journalisme de qualité » comme il l’indique dans son manifeste.

Cette démarche témoigne de la volonté pour la profession de se redéfinir et de s’organiser face aux nouveaux défis économiques et technologiques. C’est pourquoi « les développeurs et les ingénieurs qui travaillent dans le domaine de l’information » sont invités à rejoindre le mouvement, comme le précise Bertrand Pecquerie, secrétaire général du GEN. Ces synergies devraient ainsi permettre d’augmenter la qualité du journalisme en favorisant la diversité des écritures et en privilégiant une information choisie, contrôlée, garante de la crédibilité de la presse. Dans cette perspective, le GEN demande aux journalistes de cesser « de se comporter comme des victimes » des technologies de rupture. Celles-ci leur offrent au contraire une occasion de repenser les modèles économiques de la presse en exploitant les données fournies par les utilisateurs ainsi qu’en adaptant leurs stratégies (crossmediatransmedia et global media) aux nouvelles plateformes et supports, qu’il s’agisse d’applications iPad ou de navigateurs.

Pour la première année de son existence, le GEN prévoit l'organisation de voyages autour de questions géopolitiques (la première étude aura lieu au Caire du 6 au 9 juin 2011) et mettra prochainement en place un "Editor's Lab" pour favoriser la collaboration entre rédacteurs et éditeurs et ainsi mutualiser les expériences. Une conférence, organisée à la fin de l'année 2011, permettra enfin d'amener les différents participants (500), qu'ils proviennent de la presse papier ou de la presse numérique, à échanger autour de ces questions et d'harmoniser leurs pratiques.

Des réflexions similaires ont été au cœur des débats de la journée « Rédactions au futur », organisée le 25 mars 2011 par l’Institut national de l’audiovisuel (Ina) et les Entretiens de l’information. Au cours du débat « Quelle rédaction demain ? », Benoît Raphaël, ancien rédacteur en chef du Post.fr, imagine une « rédaction dématérialisée, agile » qui « entraînera la disparition des grosses rédactions » et offrira des traductions simultanées en plus d’un accès global à l’information. Serge Schick, directeur du pôle enseignement et recherche à l’Ina, a quant à lui plaidé pour une écriture adaptée à chaque plateforme qui favorisera la variété des angles de vue et des types d’article au sein d’une rédaction unifiée. Ainsi, pour Didier Pourquery, rédacteur en chef du Monde magazine, l’avenir est aux rédacteurs en chef par grands thèmes mais pas par support. Jusque-là, l’erreur aurait été selon lui de mettre des spécialistes à la tête des rédactions, alors que des animateurs et des managers auraient été plus adéquats. La mise en valeur des contenus fera suite à leur production, à travers une promotion réalisée par les journalistes eux-mêmes ou les gestionnaires de communautés sur Internet. La différence d’une rédaction à l’autre ne concernera donc plus les moyens déployés (envoyés spéciaux à l’étranger, par exemple) mais les services proposés (outils de géo-localisation, personnalisation) et la sélection, la validation et la mise en forme d’une information alimentée par les internautes eux-mêmes, estime Christian Dauriac de la RTBF. Le journalisme devient alors "citoyen" selon Didier Pourquery et s'appuie sur l'énergie des réseaux participatifs pour enrichir son offre journalistique, comme le fait aujourd'hui CNN.

Ces réflexions rendent ainsi compte du dynamisme de la profession, tournée vers l’avenir et consciente que la presse écrite papier sera sûrement marginalisée dans les années à venir, même si le papier possèdera toujours une certaine crédibilité. Le Global Editors Network est une réponse importante aux défis posés par les nouveaux médias et révèle que la profession est aujourd’hui prête à évoluer.
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