La liberté d’expression en danger sur Twitter ?

Article  par  Xavier BERNE  •  Publié le 07.02.2012  •  Mis à jour le 08.02.2012
[ACTUALITÉ] Twitter a décidé d’opérer un filtrage géolocalisé des messages publiés sur son réseau social, ce que certains perçoivent comme un recul de la liberté d’expression.  

Deux semaines après s’être mobilisés avec succès contre le contrôle du Web qu’instauraient les projets de lois américains SOPA et PIPA, les internautes se sont à nouveau insurgés pour défendre la liberté d’expression sur Internet. L’annonce par Twitter de la mise en place d’un filtrage géolocalisé des messages enfreignant une législation nationale a conduit à une journée de boycott du site de microblogging le 28 janvier 2012.
 
Dans un billet publié sur son blog le 26 janvier 2012, Twitter a en effet annoncé l’instauration d’un filtrage sélectif des tweets[+] NoteMessage publié sur Twitter, dont la longueur ne peut excéder 140 caractères.X [1] selon des critères nationaux, alors que les blocages s’effectuaient jusqu’alors au niveau mondial. Pour être en conformité avec les lois de chaque pays, la firme américaine pourra ainsi être amenée à bloquer l’accès à des messages, uniquement sur chaque territoire concerné. Twitter justifie sa démarche en affirmant que son développement international nécessite une adaptation aux particularités « historiques et culturelles » locales, citant par exemple l’interdiction des propos nazis en France et en Allemagne. En passant d’un blocage mondial à un filtrage territorial, le réseau social affiche par ailleurs sa volonté d’opérer « un filtrage plus souple et plus limité », comme l’évoque le site Numerama.
 
Concrètement, suite à une demande de blocage, Twitter contactera l’utilisateur et bloquera éventuellement le contenu litigieux, de manière semble-t-il relativement discrétionnaire. Le site de microblogging a néanmoins tenu à accompagner cette mesure de certaines garanties, notamment en matière de transparence. Tous les détails relatifs au filtrage seront ainsi disponibles sur le site ChillingEffects.org, considéré comme indépendant dans la mesure où il est administré par l’Electronic Frontier Foundation, une association de défense de la liberté d’expression sur Internet. Le billet publié par Twitter conclut en affirmant que « l’une des valeurs fondamentales de notre société est de défendre et de respecter l’opinion de chacun. Nous essayons de garder le contenu accessible autant que possible ».
 

Alors que les réseaux sociaux ont joué un rôle important durant les révolutions arabes du printemps 2011, de nombreuses voix se sont élevées contre la décision de Twitter, à commencer par celle de l’association Reporter sans frontières (RSF). Dans une lettre adressée au fondateur du réseau social Jack Dorsey, le directeur de l’association RSF, Olivier Basille, dénonce ce filtrage qui n’est selon lui « rien d’autre qu’une censure à l’échelle locale, en collaboration avec les autorités [locales] ». Il poursuit en s’alarmant de la privation faite aux « cyberdissidents des pays répressifs d’un outil crucial d’information et de mobilisation ». Dans Le Nouvel Observateur, l’association ajoute que cette mesure « anéantit l’idée d’un Internet libre et interconnecté au profit d’une structure de réseaux nationaux régis par des "lois et contraintes locales" aussi disparates qu’arbitraires ».
 
Au-delà des critiques de forme, ce sont les intentions de Twitter qui sont mises en causes, et plus particulièrement celle de s’introduire sur le marché chinois. Alors que le fondateur de la firme américaine a récemment déclaré lors d’un voyage en Chine que le blocage de Twitter y était « malheureux et décevant », de nombreux observateurs ont estimé que les nouvelles mesures de filtrage constituaient un geste à destination de Pékin. De plus, l’annonce de Twitter est intervenue peu de temps après qu’un prince saoudien ait investit 300 millions de dollars dans le site de microblogging, alors que l’Arabie Saoudite est fréquemment critiquée pour son attitude vis-à-vis de la liberté d’expression.
 

Mobilisation d'utilisateurs sur Twitter.
 
Twitter s’est toutefois employé à répondre aux critiques, arguant notamment qu’un filtrage limité à un territoire était préférable au blocage généralisé d’un tweet intervenant suite à une décision de justice, en référence à un procès impliquant la firme américaine au Royaume-Uni. La portée du nouveau filtrage instauré par le site de microblogging a également été relativisée par des observateurs extérieurs, évoquant par exemple que celui-ci serait contournable techniquement, comme l’affirme The Next Web.

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Crédits photos :
- Image principale : eldh - Flickr.
- Image secondaire (Twitter revolt) : People's Open Graphics - Flickr.
- Capture d'écran du site Twitter.
  • 1. Message publié sur Twitter, dont la longueur ne peut excéder 140 caractères.
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