Quels scénarios pour la culture et les médias en 2030 ?

Article  par  Emmanuel RUFI  •  Publié le 07.04.2011  •  Mis à jour le 12.04.2011
[ACTUALITÉ] Le 22 Mars 2011, le rapport « Culture & Médias 2030 » a été remis au ministre de la Culture français. Il fournit un éclairage sur les stratégies à mettre en œuvre dans les vingt prochaines années.
Le 22 Mars 2011, le Département des études, de la prospective et de la statistique (DEPS) a remis à son ministre, Frédéric Mitterrand, un rapport prospectif inédit. Depuis sa création en 1959 par André Malraux, le ministère de la Culture et de la Communication a connu de nombreuses réorganisations, comme le rappelle Le Monde dans son compte rendu du rapport. Pour la première fois, l’institution s’interroge sur les bouleversements à moyen terme de son écosystème : « se projeter après ce cinquantenaire est une nécessité pour mettre sur des rails porteurs d’avenir cette nouvelle organisation », affirme le rapport « Culture et Médias 2030 » dans sa préface.

Cette initiative du ministère de la Culture et de la Communication fait suite au rapport « France 2025 », un exercice prospectif gouvernemental réalisé par le Centre d’analyse stratégique et qui traitait huit grands sujets, de la mondialisation au vivre ensemble, en passant par la recherche ou les services publics. Inspiré par cet exercice, Frédéric Mitterrand a voulu décliner le concept au sein de son propre ministère en commandant « Culture et Médias 2030 ».
 
Le rapport articule sa réflexion autour de trois dynamiques majeures identifiées comme ciment des changements à venir : la mutation numérique, la globalisation et les rapports entre individualisme et société. Comme le rappelle le communiqué de presse annonçant la publication du rapport, l’objectif de ce travail est de contribuer à la définition d’une vision stratégique des politiques culturelles de demain, au regard de trois enjeux principaux : l’empreinte culturelle de la France, les articulations entre offre et demande et les transformations de l’État. Ainsi, quatre scénarios d’avenir sont proposés dans ce rapport afin de donner un éclairage sur les bouleversements auxquels la culture au sens large (cf. schéma ci-dessous : définition des champs de la culture en France) sera confrontée à moyen terme, afin de réfléchir dès maintenant aux politiques adaptées à chacun de ces scénarios.
 
 
Le champ de la culture et de la communication
(Source : DEPS)
 
  • Scénario 1 : « l’exception continuée ». Ce scénario, peu différent de l’écosystème que nous connaissons actuellement, fait l’hypothèse de la perpétuation « des logiques qui ont donné naissance à "l’exception culturelle française", entendue comme modèle culturel et comme modèle de politique culturelle ». Si les objectifs ne changent pas, les experts estiment cependant qu’il faudra « des stratégies de choix délibérés et assumés, parfois des renoncements, voire des sacrifices » pour faire face à « la globalisation » ainsi qu’à «  la montée en puissance concurrentielle des territoires autres que le territoire national et, au premier chef, les collectivités territoriales ».
  • Scénario 2 : le « marché culturel ». Cette fois-ci, les grandes mutations économiques, géopolitiques et techniques, principalement mondiales – globalisation, marchandisation, numérisation – jouent pleinement. Dans ce scénario, la place de l’État et du ministère de la Culture et de la Communication diminue au profit des acteurs économiques et les productions culturelles se transforment pour s’adapter davantage à la demande dans un souci de rentabilité.
  • Scénario 3 : « l’impératif créatif », scénario qui défend l’idée d’une compétition internationale toujours plus élevée qui pousse l’Union européenne à assumer un rôle de plus en plus fort de protection des cultures nationales dans le cadre d’un « projet renouvelé de croissance durable articulant économie, culture, cohésion sociale et environnement ». Ainsi les institutions publiques s’engagent dans une nouvelle organisation qui transforme les objectifs ainsi que les modes d’intervention et de régulation.
  • Scénario 4 : une « culture d’identités ». L’État se concentre ici sur les fleurons d’une « culture française », et « les collectivités territoriales, dans une logique fédéraliste, œuvrent à une vitalité culturelle sociale et communautaire, ancrée dans la vie des populations, selon une stricte segmentation ». La culture se recentre alors sur les valeurs et les représentations locales et les objectifs d’expertise et d’excellence sont les nouveaux moteurs de la politique culturelle française.
     

Les temporalités des scénarios
(Source : DEPS)
 
Évidemment, aucun de ces scénarios n’épuise la totalité des possibles, ni n’englobe la réalité de ce qui sera demain l’écosystème culturel français, européen et mondial. Nous assisterons au fil des années à un mélange des scénarios, les tendances dominantes pouvant par ailleurs nous indiquer la vision stratégique à adopter. Comme le conclut le rapport, nous vivons une période de transition avec « le déclin lent de l’imprimé et de la culture écrite, de nouveaux rapports aux savoirs, la formation des identités, la toute-puissance de terminaux communicants de contenus de tout ordre, l’indistinction entre loisirs, cultures, pratiques, la recomposition des territoires et des réseaux de sociabilité ».
 
Mais au-delà de l’intérêt que ce rapport présente en tant qu’outil d’aide à la décision pour le ministère, il se pourrait que la commande de ce rapport rendu public, et en libre accès sur Internet, vise à communiquer sur la très profonde transformation à venir de la culture au cours des prochaines décennies. En effet, cette hypothèse, celle d’une rupture, est plus que probable à moyen terme et tout le monde doit s’y préparer : les décideurs politiques, les institutions, les professionnels des industries créatives, les établissements culturels et leurs publics.
 
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