Apple se tourne vers le marché de l’éducation

Article  par  Xavier BERNE  •  Publié le 31.01.2012  •  Mis à jour le 31.01.2012
[ACTUALITÉ] Apple a confirmé récemment son positionnement sur le secteur des manuels scolaires électroniques, marché émergent et porteur pour l’utilisation de ses iPads.

Quelques mois après le décès de son cofondateur Steve Jobs, Apple a annoncé le 19 janvier 2012 son arrivée sur le marché des manuels scolaires électroniques. Officialisant un accord signé avec les trois plus importants éditeurs d’ouvrages scolaires américains, la marque à la pomme a par ailleurs présenté de nouvelles applications censées « révolutionner » les méthodes d’enseignement, en particulier grâce à l’utilisation de sa tablette numérique, l’iPad, et dont 1,5 millions d’exemplaires seraient d’ores et déjà utilisés à des fins éducatives. Ce positionnement semble reposer sur les vues de son ancien directeur-général, comme l’évoque un article du journal Le Monde en précisant que « d'après Walter Isaacson, auteur de la biographie de Steve Jobs, le défunt patron d'Apple avait fait des manuels scolaires une de ses priorités ».

Apple a ainsi dévoilé depuis New York de nouveaux services : iBooks 2 et iBooks Author, tous deux liés à son partenariat avec Pearson, McGraw Hill et Houghton Mifflin Harcourt, trois éditeurs de manuels scolaires détenant à eux seuls plus de 90 % du marché américain, estimé à 10 milliards de dollars. Comme l’évoque la vidéo officielle de présentation de l’iBooks 2, Apple entend « réinventer le manuel scolaire », en proposant à travers cette application le téléchargement et la lecture d’ouvrages dématérialisés, les textbooks, ayant pour particularité d’exploiter de nouvelles opportunités offertes par le numérique.

Vidéo officielle textbook par Apple - Source YouTube
 
Contrairement aux ebooks classiques, les textbooks peuvent intégrer des contenus interactifs (vidéos, modèles 3D, questionnaires,…), des fonctionnalités pratiques (annotations, surlignage,…), ainsi que des mises à jour des ouvrages.

En complément, l’application iBooks Author permet à tous ses utilisateurs de développer gratuitement leur propre livre interactif, pour éventuellement le mettre en vente sur cette même plateforme, ce qui constitue une nouvelle forme d’autopublication. Même si ces nouveautés ne concernent pour l’instant que le marché américain, le prix des textbooks ne devrait pas dépasser les 14,99 $, après prélèvement d’une commission d’environ 30 % par Apple. Enfin, des améliorations de l’application iTunes U (pour University) ont été présentées, visant à assurer une meilleure interface entre l’enseignant et ses élèves, par exemple en intégrant des cours et devoirs.


Le lancement d’Apple sur le secteur de l’éducation semble toutefois relever d’une stratégie double, visant dans un premier temps à poursuivre son positionnement sur le marché émergent du livre numérique, afin de promouvoir par la suite l’utilisation de son iPad. En effet, si les textbooks présentent de nombreux avantages par rapport aux manuels traditionnels (prix moins élevés, légèreté, nouvelles fonctionnalités,…), il n’en demeure pas moins indispensable pour les consommateurs de s’équiper d’un iPad pour en profiter. Dans ce domaine concurrentiel, Apple aurait réussi selon les économistes Françoise Benhamou et Olivia Guillon à ouvrir « une brèche dans la domination d’Amazon », en s’appuyant notamment sur une tablette aux fonctionnalités bien plus étendues que le Kindle d’Amazon, pourtant précurseur des nouveaux modèles économiques du secteur.

En ciblant tout d’abord un public jeune, les textbooks constituent également un outil de sensibilisation de nouveaux clients, dans le prolongement des tarifs préférentiels proposés jusqu’ici par Apple aux étudiants. Certains ont ainsi relativisé le philanthropisme affiché de la firme californienne, à l’image de Presse-citron, qui considère le textbook comme un « cheval de Troie », conditionnant les enfants à être « éduqués dès leur plus jeune âge à utiliser un système Apple ».

Alors que la marque à la pomme s’impose depuis peu comme la première capitalisation boursière au monde, 350 000 textbooks ont été téléchargés en trois jours, ce qui semble confirmer les intuitions de Steve Jobs. Ces chiffres ont toutefois été ternis par une enquête publiée par le New York Times du 27 janvier 2012 , et dans laquelle sont dénoncées « les conditions de travail de ses sous-traitants en Chine ».

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Crédits photos :
- Image principale Munir - Flickr
- Bibliothèque Textbooks Apple Penlock - Flickr
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