En Angleterre, les libraires indépendants sont (presque) à la fête

Article  par  Mathilde RIMAUD  •  Publié le 02.07.2013  •  Mis à jour le 02.07.2013
Independent Booksellers Week
[ACTUALITÉ] En Angleterre, la semaine des libraires indépendants (Independent Booksellers Week) affiche haut les couleurs et les valeurs défendues par ces résistants du livre. Faire la fête quand pourtant tout va mal, une belle leçon.

 Note« The UK Book Market », Nielsen, mars 2013, cité in Librairies dans le monde, op. cit. p.103.X [1]Non, les libraires indépendants anglais ne vont pas mieux que les autres. Ils sont sans doute même plus à plaindre que leurs homologues français.

D’après l’étude Librairies dans le monde de Livres Hebdo[+] NoteLibrairies dans le monde,Allemagne, Espagne, États-Unis, France, Pays-Bas, Royaume-Uni , étude comparative réalisée par Cécile Moscovitz et Rüdiger Wischenbart, Livres Hebdo / Cercle de la librairie, juin 2013.X [2], le nombre de libraires membres de la Booksellers Association a chuté de 20 % en 6 ans et l’on ne compte plus parmi elles que 1 028 librairies indépendantes (-33 % en 7 ans). 
 
Ces librairies ne représentaient en 2011que 5 % des parts de marché du livre en valeur[+] NoteBooksellers Association, « UK Book Sales Retail 2008-2011 » cité in Librairies dans le monde, op. cit. p.101.X [3] et 37,5 % d’entre elles faisaient moins de 170 000 euros de chiffre d’affaires[+] Note« The UK Book Publishing Industry in Statistics 2011», cité in Librairies dans le monde, op. cit. p.101.X [4]. La fin de la régulation du prix du livre en 1995 et la montée en puissance des vente en ligne ont redessiné le paysage du marché : en 2012, les livres se sont vendus aux clients en moyenne avec un rabais de 27,7 % sur le prix conseillé éditeur, taux le plus élevé depuis 2003[+] Note« The UK Book Market », Nielsen, mars 2013, cité in Librairies dans le monde, op. cit. p.103.X [5]. La présence monopolistique d’Amazon (qui a racheté Abebooks en 2008 puis The Book Depository en 2011, ses deux principaux concurrents de vente en ligne) renforce ce sentiment de raz de marée.
 
Pourtant, les libraires tiennent tête. Le mouvement « Indiebound », né aux États-Unis en 2008 et adopté en 2009 au Royaume-Uni et en Irlande, fédère les accros de l’indépendance et donne une identité commune à tous ceux qui pensent qu’il peut y avoir une alternative : acheter local, pour favoriser l’économie de proximité et la vie de la communauté. Ce mouvement, qui s’est également développé en Australie, en Nouvelle-Zélande, et sous le  nom « Buy local » en Allemagne, permet de rappeler aux consommateurs à travers des campagnes de communication énergiques, que si le libraire ne joue pas sur les rabais, en revanche, il apporte autre chose au lecteur (et paye au passage ses impôts locaux). Et de motiver les libraires sur leur cœur de métier. Les éditeurs soutiennent évidemment le mouvement. Un système d’affiliation permet depuis peu au libraire de vendre des ebooks  en ligne, mais aussi dans son magasin via une plateforme dédiée.
 
Au Royaume-Uni, c’est pendant la semaine des indépendants, l’Independent Booksellers Week (du 29 juin au 6 juillet 2013) qu’ont lieu la remise du prix littéraire des libraires indépendants et la journée nationale des groupes de lecture. Les libraires anglais ont en outre développé un autre argument, plus politique encore, à travers la campagne « Les livres tiennent le haut du pavé », visant à maintenir les commerces de livres en centre-ville. Face aux impôts locaux, à l’augmentation des baux et à la concurrence fiscale des acteurs d’Internet, la campagne vise à sensibiliser les élus sur l’importance des commerces « brick and mortar » en proposant un certain nombre de pistes allant de la baisse des impôts sur les petits commerces à l’exonération de frais de parking pendant une heure ou deux, en passant par le renforcement des activités culturelles dans les centres-villes…
 
La récente embellie des libraires indépendants américains qu’Oren Teicher, directeur de l’association des libraires américains, impute notamment au mouvement Indiebound doit-elle laisser présager de même pour tous les libraires ? La mobilisation citoyenne est assurément une carte à jouer.

Crédits photo :
  • 1.
  • 2. Librairies dans le monde,Allemagne, Espagne, États-Unis, France, Pays-Bas, Royaume-Uni , étude comparative réalisée par Cécile Moscovitz et Rüdiger Wischenbart, Livres Hebdo / Cercle de la librairie, juin 2013.
  • 3. Booksellers Association, « UK Book Sales Retail 2008-2011 » cité in Librairies dans le monde, op. cit. p.101.
  • 4. « The UK Book Publishing Industry in Statistics 2011», cité in Librairies dans le monde, op. cit. p.101.
  • 5. « The UK Book Market », Nielsen, mars 2013, cité in Librairies dans le monde, op. cit. p.103.
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