Cinépolis, le géant mexicain du grand écran

Article  par  Karl DEMYTTENAERE  •  Publié le 03.06.2013  •  Mis à jour le 03.06.2013
[ACTUALITÉ] Cinépolis, le leader des  multiplexes au Mexique, a su s’imposer aux côtés des mastodontes américains pour devenir n°4 mondial, en misant sur l’innovation et les salles de luxe.
Au printemps 2013, le P.D.G. de Cinépolis, Alejandro Ramirez Magaña, a été récompensé du Global Acheviement in Exhibition Award par ses pairs, au cours du CinemaCon International Day à Las Vegas[+] NoteCinemaCon est la convention officielle de l’Association nationale des propriétaires de salles, représentant près de 50 000 écrans aux États-Unis et davantage dans 57 autres pays.X [1].

Un prix qui vient couronner une success story sur trois générations, Alejandro Ramirez Magaña étant le petit-fils du fondateur de Cinépolis, Enrique Ramirez Miguel. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis l’ouverture d’un premier cinéma en 1947. Après avoir construit trois salles dans des petites villes du pays (SalamancaAcámbaro et Guanajuato), Enrique Ramirez Miguel inaugure en 1971 le Cinema Gemelos dans la capitale et parie sur le dynamisme d’un marché mexicain alors en construction. En 1973, Cinépolis lance le concept des multiplexes avec cinq cinémas, rattachés à de vastes centres commerciaux et privilégiant des films grand public, dans tout le pays. En 1999, la société continue d’innover en proposant les premières salles de luxe, pour devenir aujourd’hui le leader mondial des cinémas « VIP » avec ses 150 salles à travers la planète, y compris aux États-Unis, et avec encore des objectifs ambitieux : 300 autres doivent sortir de terre cette année (dont près de la moitié au Mexique).

Cinépolis représente aujourd’hui 344 cinémas, comptabilisant plus de 3 106 écrans[+] NoteDont 2 772 sont numériques et 8 équipés de la technologie Imax.X [2], répartis dans 11 pays. Présent des États-Unis jusqu’en Inde en passant par le Brésil et le Pérou, le groupe mexicain compte  19 000 employés et a rassemblé 161,8 millions de spectateurs dans ses salles en 2012. Cette vaste entreprise familiale a su s’imposer dans un secteur nécessitant des capitaux colossaux : la construction d’un multiplexe coûte entre 6 et 10 millions de dollars[+] NoteEntre 4,65 millions et 7,75 millions d’euros environ.X [3]. Un investissement lourd qui constitue souvent l’aboutissement de longues démarches juridiques (en particulier à l’étranger) et qu’il faut ensuite rentabiliser.

Pays dans lesquels Cinépolis est implanté (2013)

Parmi les 500 plus importants propriétaires de salles répertoriés par Screen Digest, seulement 15 ont été capables d’ouvrir des cinémas autour du monde et ils sont pour la plupart américains. Quatrième plus gros propriétaire de salles de la planète, l’entreprise mexicaine vient ainsi défier au pied du podium les géants américains :

Classement mondial des plus grands propriétaires de salles de cinéma (juin 2010) -
Sources :
Natoonline et Cinépolis

Pour se faire une place dans ce secteur très concurrentiel, le groupe mexicain mise sur les innovations, et ceci depuis ses débuts. « À Cinépolis, nous avons été très agressifs et très dynamiques avec la volonté d’innover dans un secteur qui a plus de 100 ans », affirme Alejandro Ramirez Magaña.
L’entreprise d’Alejandro Ramirez Magaña a notamment pris de vitesse ses concurrents américains en se lançant sans retenue dans la prochaine grande innovation du cinéma : la technologie 4DX[+] NoteCette technologie, développée par le groupe sud-coréen CJ CGV, a été commercialisée à partir de 2009. Elle consiste à plonger les spectateurs dans l’environnement présent à l’écran au moyen d’odeurs, de jets de fumée mais aussi avec les vibrations de leurs sièges. X [4]. Cinépolis a ainsi ouvert 16 salles de ce type au Mexique, deux au Brésil et une au Pérou. Un choix qui peut paraître étonnant mais qui s’explique par l’importante source de revenus que constitue cette technologie : un billet « classique » (2D digital) coûte en moyenne 46,26 pesos (environ 2,77 euros) tandis que le ticket d’un film en 3D est vendu 66,34 pesos (environ 3,74 euros) et enfin il faut débourser pas moins de 149,21 pesos (environ 8,95 euros.) pour assister à une séance en 4DX. Ainsi, en donnant la priorité à ces nouvelles technologies et aux salles de luxe, Cinépolis vise les classes supérieures, gagnant plus que le salaire moyen journalier[+] NoteInférieur à 65 pesos, environ 3,90 euros mais il peut légèrement varier selon les régions.X [5] et disposés à consacrer une partie de leur budget au divertissement.

L’expansion dans des marchés particulièrement sous-équipés en salles est une autre marque de fabrique de l’entreprise. En 2003, alors que le marché mexicain donnait des signes de saturation, le groupe a débuté son expansion dans les pays d’Amérique centrale. Aujourd’hui, il compte 153 salles dans cette région (Costa Rica, Salvador, Guatemala, Panama, Honduras) mais s’étend jusqu’en Colombie, Pérou ainsi qu’au Brésil. Dans ce dernier pays, 11ème plus gros box-office de la planète avec ses 800 millions de dollars de revenus[+] NoteEnviron 613 millions d’euros.X [6], Cinépolis s’est hissé à la quatrième place des plus importants propriétaires de cinémas avec ses 158 écrans répartis dans pas moins de 17 multiplexes.

 En 2009, c’est dans un autre gigantesque marché, peu ouvert aux investisseurs étrangers, que s’est implantée la firme mexicaine : l’Inde. Cette année-là, Cinépolis a investi environ 60 millions d’euros sur un marché complexe et très fragmenté selon le P.D.G. de l’entreprise lui-même, qui n’exclut pas l’acquisition future d’une entreprise indienne. L’objectif est d’atteindre les 500 écrans d’ici 2016 dans le pays[+] NoteActuellement, Cinépolis est présent à Ahmedabad, Amritsar, Bangalore, Mumbai, Patna, Surat, Ludhiana, Bhopal, Jaipur, and Mangalore.X [7].

Avant de se lancer à la conquête de la planète, le groupe a dû arracher de haute lutte sa place de numéro un au Mexique. Au milieu des années 1990, le gouvernement mexicain a privatisé ses salles et mis fin au régime du ticket à prix fixe, la concurrence a été alors particulièrement rude pour Cinépolis avec l’arrivée de Cinemark, Cinemex et CinemaStar entre autres. Le fondateur Enrique Ramírez Miguel étant décédé en 1996, c’est donc son fils, Enrique Ramírez Villalón, qui va prendre la tête du groupe pour mener ce combat et le gagner.

Cinépolis est devenu un acteur incontournable, et qui paraît inexpugnable, en contrôlant 48 % des écrans d’un marché mexicain dominé par les chaînes de multiplexes (Cinemex[+] Note1 930 écrans soit 31 % des toiles du pays.X [8] et MMCinemas[+] NoteEnviron 1 000 écrans répartis sur 102 sites.X [9]) et dont l’État mexicain s’est massivement désengagé depuis le milieu des années 1990. 63,8 % des revenus générés par le 7ème Art au Mexique viennent des cinémas Cinépolis, qui possède 2 572 écrans sur  un total de 4 818 dans le pays.

Le groupe Cinépolis a ainsi un rôle plus que déterminant dans le cinéma au Mexique et peut faire (ou défaire) la carrière d’un film. Le groupe mise généralement sur les longs métrages susceptibles de mobiliser le public dans ses multiplexes, au risque de réduire la diversité de son offre en salles. Aucun producteur, acteur ou réalisateur ne peut se permettre de négliger les 2 572 écrans mexicains du groupe d’Alejandro Ramirez Magaña. Des cinéastes et acteurs mexicains n’ont pas manqué de féliciter le P.G.D. de Cinépolis pour son Global Acheviement in Exhibition Award, comme : Alejandro González Iñarritu[+] NoteRéalisateur de Babel et d’Amours chiennes.X [10], Guillermo del Toro[+] NoteRéalisateur du Labyrinthe de Pan et Hellboy.X [11], Gael García Bernal[+] NoteActeur ayant joué dans No, Carnets de voyage et La mauvaise éducation. X [12] et Guillermo Arriaga[+] NoteRéalisateur de Loin de la terre brûlée et scénariste de Babel, Trois Enterrements et Amours chiennes.X [13].

En devenant le leader du marché mexicain, Cinépolis s’est assuré un solide avenir puisque le pays est devenu le 12ème plus gros box-office du monde (selon IHS Screen Digest) avec 228 millions de billets vendus en 2012 (pour une population d’environ 155 millions d’habitants)[+] NoteÀ titre de comparaison, la même année, en France 203,44 millions de tickets ont été vendus pour une population de 65 millions d’habitants environ . X [14].

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Crédits photos :
- Entrée cinéma Cinépolis - Andrea Quixtan / Flickr
- Paises en los que opera Cinépolis - Coronel caraca / Wikimedia commons
  • 1. CinemaCon est la convention officielle de l’Association nationale des propriétaires de salles, représentant près de 50 000 écrans aux États-Unis et davantage dans 57 autres pays.
  • 2. Dont 2 772 sont numériques et 8 équipés de la technologie Imax.
  • 3. Entre 4,65 millions et 7,75 millions d’euros environ.
  • 4. Cette technologie, développée par le groupe sud-coréen CJ CGV, a été commercialisée à partir de 2009. Elle consiste à plonger les spectateurs dans l’environnement présent à l’écran au moyen d’odeurs, de jets de fumée mais aussi avec les vibrations de leurs sièges.
  • 5. Inférieur à 65 pesos, environ 3,90 euros mais il peut légèrement varier selon les régions.
  • 6. Environ 613 millions d’euros.
  • 7. Actuellement, Cinépolis est présent à Ahmedabad, Amritsar, Bangalore, Mumbai, Patna, Surat, Ludhiana, Bhopal, Jaipur, and Mangalore.
  • 8. 1 930 écrans soit 31 % des toiles du pays.
  • 9. Environ 1 000 écrans répartis sur 102 sites.
  • 10. Réalisateur de Babel et d’Amours chiennes.
  • 11. Réalisateur du Labyrinthe de Pan et Hellboy.
  • 12. Acteur ayant joué dans No, Carnets de voyage et La mauvaise éducation.
  • 13. Réalisateur de Loin de la terre brûlée et scénariste de Babel, Trois Enterrements et Amours chiennes.
  • 14. À titre de comparaison, la même année, en France 203,44 millions de tickets ont été vendus pour une population de 65 millions d’habitants environ .
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