RCN : chaîne indépendante ou chaîne présidentielle ?

Article  par  Emmanuel NEISA  •  Publié le 31.08.2010  •  Mis à jour le 11.10.2010
RCN, archaïque pour ne pas chercher une présence web, pour ne pas se détacher de la voix du gouvernement, reste malgré tout une des premières chaînes télévisuelles colombienne.

Sommaire

Introduction

La Radio Cadena Nacional - RCN (Chaîne nationale de radio) a été fondée en 1948 par un groupe d’entrepreneurs colombiens originaires du département d’Antioquia. En 1967 ce groupe participe dans sa première licitation pour une licence de télévision et obtient l’espace d’une heure de programmation par jour. En 1973 Carlos Ardila Lülle[+] NoteCarlos Ardila Lülle est un entrepreneur colombien, fondateur de l’Organisation Ardila Lülle qui regroupe plusieurs entreprises colombiennes. C’est l’un des hommes les plus influents et riches du pays.X [1] rachète RCN qui devient alors partie de l’organisation Ardila Lülle, qui regroupe plus de 80 entreprises dans des secteurs aussi divers que le textile, les boissons non alcoolisées, les communications et les sports, entre autres. Avec l’arrivée  de la télévision à couleur en Colombie en 1980, RCN gagne l’audience avec ses premières séries et feuilletons mais aussi avec l’acquisition en 1988 de la licence pour la transmission en direct des Jeux Olympiques et des matchs des coupes du monde de football. Grâce au succès de séries représentatives de la culture et des mœurs du pays et aux adaptations de certains classiques de la littérature colombienne, RCN gagne des prix internationaux et est considérée comme la première maison de production du pays. En 1995 une loi permettant la création de chaînes de télévision privées est votée : RCN participe et obtient la licitation. Le 10 juillet 1988 la première émission de la chaîne voit le jour, non sans difficultés face à son principal concurrent Caracol TV. L’ambition de la chaîne est d’offrir des émissions de qualité pour tous les goûts : programmation infantile, feuilletons et séries, documentaires, information et journaux télévisés (4 par jour), couverture des principaux évènements sportifs, concerts et autres évènements (Miss Universe par exemple). En parallèle à la chaîne RCN a été crée un département de publicité qui offre ses services à des clients privés et la House Agency qui se charge de la promotion de RCN (radio, télévision, presse). Le siège de RCN qui se situe à Bogotá dispose d’un espace de 24000 m2 qui contient, entre autres, 4 studios équipés des dernières technologies et plusieurs salles de post production. RCN emploie plus de 1000 personnes et son signal atteint 97% du territoire colombien. Aujourd’hui RCN ne cesse d’innover avec la création de son portail Internet où l’on peut voir ses productions[+] Notehttp://www.canalrcnmsn.com/X [2] , la création d’une chaîne dédiée aux informations 24h/24 et une autre dédiée à la répétition des productions (spécialement les feuilletons) ayant connu le plus de succès[+] Note« Nuestra historia », 2006, http://www.canalrcn.com/quienesSomos/index.php?op=historia X [3]. Le bilan au bout de 10 ans de RCN est net : Un investissement total cumulé de 250 millions de dollars et la construction de 124 stations de transmission[+]    Note « Una década de televisión privada”, Redaccion Medios, El Espectador, 9 Juillet 2008, http://www.elespectador.com/impreso/tema-del-dia/articuloimpreso-una-decada-de-television-privada?page=0,2 X  [4]. Malgré son succès, RCN est souvent l’objet de critiques par son affiliation au pouvoir et par la médiocrité dans son rôle de distributeur des informations.
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Le marché télévisuel colombien

En Colombie, la télévision devance largement les autres médias, comme on peut l’apprécier dans le graphique ci-dessous[+] Note“Informe Sectorial de televisión”, Bogotá, Junio de 2006 – N°1 Comisión Nacional de Televisión www.cntv.org.co , http://www.cntv.org.co/cntv_bop/estudios/in_sectorial.pdfX  [5]qui présente le pourcentage de la population utilisant chaque média par jour (télévision [en orange], radio et internet), par période de publication (revues, presse) ou par utilisateurs par semaine (cinéma) :


 
La télévision est regardée régulièrement en Colombie par un peu plus de 80% de la population ayant plus de 5 ans. La plupart des ménages colombiens sont équipés d’un téléviseur à couleur (90,9%) faisant de celui-ci le deuxième appareil électroménager détenu par les ménages[+] NoteLe premier appareil électroménager détenu par les ménages colombiens étant les plaques chauffantes.X [6]. Les colombiens regardent la télévision principalement les après-midis et soirées, surtout pendant les week-ends. Quelles sont donc les préférences des colombiens en matière de programmation ? Comme on peut le voir dans le graphique ci-dessous[+] Note“Informe Sectorial de televisión”, Bogotá, Junio de 2006 – N°1 Comisión Nacional de Televisión www.cntv.org.co, http://www.cntv.org.co/cntv_bop/estudios/in_sectorial.pdfX [7] qui présente l’audience par genres de programmation en 2005, ce sont les journaux télévisés (Noticieros) qui dominent l’audience, suivis des feuilletons (telenovelas) et des films (Peliculas).


 
L’audience colombienne est donc attachée aux feuilletons typiques du pays et de grande partie des pays Latino-Américains qui fondent leur succès dans la représentation caricaturale de la société et des mœurs. Lors de ces dernières années, les préférences des colombiens ont évolué dans le même sens que les préférences mondiales avec l’essor de la téléréalité et la multiplication des jeux et concours télévisés, à travers de l’adaptation de formats connus globalement (comme Who wants to be a millionaire ?  et  Survivor). Bien entendu, le sport constitue également un élément central qui amène les colombiens à allumer leur téléviseur : RCN, par exemple, a acquis les droits exclusifs de transmission des matchs du championnat colombien de football (Futbolmania RCN).
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La stratégie de différenciation de RCN

RCN offre une programmation variée comme en témoigne cette vidéo qui présente des extraits des différentes émissions de la chaîne. Il y a donc des documentaires, des évènements sportifs, des séries, des feuilletons (principale composante de la programmation), des programmes de variétés, des films, des journaux télévisés (en raison de quatre par jour : matin, midi, soir, nuit) entre autres.
Pendant la semaine, les matinées sont consacrées à une émission de variétés qui reçoit comme invités des célébrités, des experts sur des thèmes divers et où sont organisés des concours. Cette émission débute à 5h et se termine à 11h. Entre temps le premier journal télévisé (JT) de la journée est présenté à 7h. De 11h à 12h suit un « talk-show » typiquement latino-américain présenté par un prêtre : il invite des personnes à s’exprimer sur des sujets, à présenter des situations compliquées et à essayer de les résoudre. Ensuite le deuxième journal télévisé est présenté à midi et suivent à partir de 13h des feuilletons étrangers (mexicains, vénézuéliens, etc.) et des répétitions d’émissions classiques (tel est le cas de El Chavo del ocho,comédie culte mexicaine des années 70 très populaires dans les pays hispaniques). Un nouveau JT a lieu à 19h, puis s’ensuit la programmation la plus importante de la journée, à partir de 20h ce sont les plus grandes productions de la chaîne RCN qui sont présentées : feuilletons et séries se succèdent jusqu’à 22h45 moment dans lequel est présenté le dernier JT. C’est à RCN que « Yo soy Betty la fea » a vu le jour. Il s’agit d’un feuilleton qui a connu un succès international avec des transmissions dans plusieurs pays et des « remakes » tels que « Ugly Betty » et « le destin de Lisa ». Après 23h a lieu une émission de débat d’actualité La Noche, après lequel la programmation des noctambules consiste de films et d‘émissions humoristiques, entre autres.
 
Pendant les weekends la programmation change, avec une offre d’émissions pour enfants le matin, de journaux télévisés au long de la journée, des émissions de concours et des films l’après midi et le soir. RCN est dans une situation de concurrence très serrée avec Caracol TV, l’autre chaîne privée du pays. Le graphique ci-dessous[+] Note« Anuario Estadistico 2005 de la Television en Colombia » Modulo de Televisiion Encuesta Continua de Hogares – DANE, Oficina de Planeacion, Junio de 2006, http://www.cntv.org.co/cntv_bop/estudios/anuario.pdfX [8] présente les parts des différentes chaînes dans l’audience totale de la télévision Colombienne :


On voit que RCN enregistre légèrement plus d’audience que Caracol et que ces deux chaînes privées devancent très largement l’audience des autres chaînes du pays : elles sont suivies de très loin par la chaîne publique Canal Uno, par City TV (qui appartient au groupe El Tiempo, le principal quotidien du pays) et par Señal Colombia la chaîne culturelle.
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Une audience partagée entre télévision nationale et internationale

Hormis la concurrence nationale, la propagation de la télévision internationale en Colombie est une menace récurrente pour RCN. Le nombre de souscriptions à la télévision par câble et par satellite n’a cessé de croître, augmentant ainsi l’audience des chaînes de télévision étrangères accessibles. En 2008[+] Note« Caracol y RCN se apartan de las mediciones de Ibope y dejan a la TV sin cifras oficiales », 18 Juin 2008, El Tiempo, http://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-4308304X [9] une grande controverse a entouré RCN et Caracol qui ont questionné la validité des mesures de l’institut IBOPE (entreprise brésilienne qui mesure l’audience des chaînes dans plusieurs pays d’Amérique latine) suite à l’introduction de nouvelles méthodes de mesure qui se sont traduites par une augmentation de l’audience des chaînes étrangères au détriment des chaînes nationales privées.  L’information de l’audience est très importante pour ces chaînes car elle détermine le prix des spots publicitaires vendus qui constituent la principale source de leurs revenus, une baisse de leur audience signifiant une baisse du prix de leurs spots. Le graphique ci-dessous[+] Note« Consultoria del valor de la prórroga de losconcesionarios de televisión abierta privada nacional, el valor de laconcesión para un nuevo operador de televisión abierta privada nacional y la viabilidad de ingreso de operadores adicionales, así como el valor de la concesión para los operadores adicionales » , Informe Final Conjunto, Union Temporal Valoracion Concession TV Abierta – CGI, Bogota 2 de Diciembre de 2008, Comision Nacional de Television. http://www.cntv.org.co/cntv_bop/noticias/2009/abril/tercer/10.pdfX [10] montre la part de la télévision dans les revenus totaux engendrés par la publicité en Colombie. On peut constater que la télévision capture globalement la moitié de ces revenus.
 

On peut voir (dans le graphique ci-dessous) que les parts de RCN (rouge bordeaux) et Caracol (vert) dans le marché publicitaire colombien sont non négligeables, d’où l’intérêt d’avoir des prix de vente élevés qui dépendent des niveaux d’audience :
 
 
Pour certains analystes, la décision de RCN et Caracol d’avoir abandonné IBOPE pose un grand problème car cela entraîne un manque de données officielles concernant la mesure de l’audience des médias, et ça peut aussi mettre en évidence une stratégie déloyale de RCN qui n’a remis en cause les mesures qu’au moment où elles lui ont été défavorables. Par ailleurs, avec l’ouverture de la licitation pour une troisième chaîne privée, RCN s’est uni à Caracol dans une course juridique pour freiner l’apparition de la troisième chaîne en partageant un même avocat dénonçant des irrégularités dans le processus de licitation. Pour certains[+] Note« Actitud Descarada De Rcn Y Caracol, Como Si Fuera Poquito Lo Que Tienen », Guillermo Sanchez, http://www.articuloz.com/politica-articulos/actitud-descarada-de-rcn-y-caracol-como-si-fuera-poquito-lo-que-tienen-1224655.htmlX [11], cette action est totalement anticoncurrentielle et s’explique essentiellement par la volonté de ces deux chaînes de conserver la position préférentielle dans le marché publicitaire. De toute façon, la licitation a été suspendue en raison d’un nombre insuffisant de participants[+] Note« Colombia suspende la licitación para el tercer canal de televisión », Infolatam, Bogota, 8 de enero de 2010, http://www.infolatam.com/entrada/colombia_suspende_la_licitacion_para_el_-18298.htmlX [12].
 
D’autre part, la baisse de l’audience constatée par IBOPE et l’augmentation de la télévision par souscription[+] Note« Canales privados : Cambian o seguiran perdiendo rating », Alix Lopez, elheraldo.com.co, http://www.elheraldo.com.co/ELHERALDO/BancoConocimiento/X/x10canales_privados_cambian_o_seguiran_perdiendo_rating/x10canales_privados_cambian_o_seguiran_perdiendo_rating.aspX [13] en Colombie devrait inciter RCN à innover en matière de programmation et de leur offre en général afin de garder leur part de marché[+] Note« Canales privados nacionales se retiran de Ibope », 17 juin 2008, http://www.lafiscalia.com/2008/06/17/canales-privados-nacionales-se-retiran-de-ibope/X [14].
 
La Colombie a connu une diversification de l’offre de programmation par l’introduction de la télévision payante donnant accès à des chaînes étrangères. On peut apprécier dans ce graphique[+] Note« Anuario Estadistico 2005 de la Television en Colombia » Modulo de Televisiion Encuesta Continua de Hogares – DANE, Oficina de Planeacion, Junio de 2006, http://www.cntv.org.co/cntv_bop/estudios/anuario.pdfX [15] la mesure de l’audience colombienne des chaînes internationales accessibles par câble ou satellite :


 
Il est remarquable que la chaîne internationale préférée des colombiens est Discovery Channel une chaîne qui présente notamment des émissions autour de la science, la mécanique, la technologie et l’histoire de l’humanité. Les colombiens sont aussi très sensibles aux chaînes dédiées aux sports, à la vie du royaume animal et aux émissions destinées aux enfants. RCN pourrait changer sa stratégie de ciblage et surtout diversifier l’offre de programmation pour répondre mieux aux attentes des spectateurs qui semblent attirés par plusieurs types d’émissions alors qu’ils sont confrontés à un excès d’offre de feuilletons.
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Les nouvelles technologies peu exploitées

Pour maintenir sa position de leader, RCN a aussi intérêt à suivre ou mieux, à diriger les évolutions que va subir le secteur de la télévision en Colombie. D’après la CNTV[+] Note“Informe Sectorial de televisión”, Bogotá, Junio de 2006 – N°1 Comisión Nacional de Televisión www.cntv.org.co , http://www.cntv.org.co/cntv_bop/estudios/in_sectorial.pdfX [16], la télévision IP (IPTV) - c'est-à-dire, les systèmes par souscription de signaux de télévision et vidéos à travers des connexions haut débit sur le protocole IP- a connu, jusqu’à présent, une expansion réduite en Amérique latine et, donc, en Colombie. L’évolution sera sans doute lente surtout en raison de la crise économique mais la CNTV veut ouvrir une licitation pour accorder des licences à de nouvelles concessions de télévision par souscription permettant de proposer la télévision IP. C’est un secteur très peu exploité actuellement, d’autant plus qu’en Colombie son accès est limité à Bogotá et à Medellin. Un autre aspect essentiel est le développement de la TNT (Télevision Numérique Terrestre) qui va connaître bientôt son essor en Colombie car en 2008 la CNTV a décidé d’adopter le modèle européen de TNT.
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L’excès de séries et feuilletons

La grande enquête de la télévision en Colombie de 2008 montre que[+] NoteCitée dans : « Informe Sectorial de Television », 2009, Comision Nacional de television (CNTV), http://www.cntv.org.co/cntv_bop/estudios/segundo_informe_sectorial.pdfX [17] les spectateurs souhaiteraient voir davantage d’émissions culturelles et informatives de qualité. En effet, on pourrait dire que RCN ne parvient pas à lutter contre une tendance de réduction de ses spectateurs malgré ses efforts en termes de production et de distribution. Pour Omar Rincón, un analyste reconnu de télévision colombienne, RCN produit des feuilletons spectaculaires mais avec des histoires peu élaborées[+] Note« El verano eterno de RCN », El tiempo, 25 Avril 2009, http://www.eltiempo.com/ar chivo/documento/CMS-5062928X [18]. Il soutient que RCN investit beaucoup dans ses superproductions, notamment dans les locations et les moyens techniques mais que l’histoire est laissée de côté et devient rebattue et prévisible, il critique aussi la promotion des séries qui parfois raconte toute l’intrigue qui change peu entre les différentes productions. Enfin, il critique la médiocrité des acteurs choisis dans les rôles principaux ce qui appauvrit la qualité et le dynamisme de ces productions. En s’exprimant sur une série/feuilleton de RCN, « Las detectivas y el Victor »[+] Note« Las detectivas y el RCN », Omar Rincon, El Tiempo, 10 mai 2009, http://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-5177742X [19] le même auteur met en évidence un autre problème de ce type d’émissions où les clichés débordent et la dure réalité colombienne est représentée de façon ridicule mais amusante: il renie notamment que le fait de porter des armes soit présenté comme positif et amusant et que la faiblesse et l’inefficacité de la justice soit utilisé pour faire rire l’audience. Ce type de productions inspirées des graves problèmes du pays est très souvent critiqué car la réalité colombienne est très compliquée et ce type d’émission en fait une représentation anodine. Les médias devraient plutôt utiliser leur pouvoir pour inciter des réflexions : il serait plus intéressant d’avoir des médias essayant de faire évoluer les mentalités vers une meilleure conscience des problèmes de la société colombienne.
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Une information de mauvaise qualité, souvent partiale

Avant de parler de la position politique de RCN qui est souvent reprochée par son attachement au gouvernement et le peu d’espace qu’il accorde à l’opposition, il convient de parler de la qualité des informations. Regarder le journal télévisé de RCN peut résulter parfois surprenant, entre des nouvelles sur des chiens qui chantent l’hymne national, ou l’image d’un saint retrouvée dans le fond d’une casserole on peut avoir des exemples comme celui ci: une vidéo qui a fait le buzz sur internet (Youtube, réseaux sociaux et compagnie) montre une journaliste pendant la destruction d’un champ de plantes de cannabis par les forces de l’ordre. En réalité, la vidéo fait partie de l’épisode « Births and deaths » de la série « Drop the death donkey». C’est donc une vidéo fictive qui est présentée de manière scandaleuse au journal télévisé de RCN comme un fait réel survenu à Valence en Espagne. Le blog « No le creemos a RCN » (on ne croit pas RCN) montre la vidéo comme elle a été présentée et commentée dans le JT de RCN suivie de la vraie vidéo. La journaliste de RCN affirme que lors d’une destruction de plantes de cannabis à Valence un journaliste aspire la fumée, perd la concentration et « le rire apparaît ». La motivation de confronter la vidéo présentée au JT de RCN et la vidéo originale de la série est d’encourager la réflexion suivante : si un reportage sans une importance majeure comme celui-ci est tergiversé à ce point, il paraît important de prendre du recul par rapport aux nouvelles présentées à ce qui s’ajoute la pauvre qualité des informations présentées.
 
Dans un pays qui vit un conflit armé les médias deviennent des acteurs clés, puisqu’ils peuvent prendre une position et ainsi véhiculer des informations plus favorables à un camp qu’à un autre. Pour Omar Rincón[+] Note« El Sermon de las noticias en television », Omar Rincon, El tiempo, 3 de abril de 2010, http://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-7527487X [20], les JT en Colombie sont extraordinaires dans la forme mais très pauvres dans le fond : les plateaux où ils sont présentés et le charisme des journalistes (présentation personnelle, diction, communication) sont de très bonne qualité. Les sections dédiées aux célébrités, elles, sont aussi d’excellente qualité (mais leur intérêt informatif est très limité alors qu’on y consacre beaucoup de temps et de moyens). Dans tous les
cas, le fond des JT est médiocre : la vie politique est traitée de la même façon que les informations sur les célébrités (c’est le cas de « La cosa politica » ou « la chose politique », présenté par Vicky Davila pendant le JT du soir).

Rincón reproche le manque de diversification des sources dans les informations présentées, le manque d’images pertinentes pouvant exploiter la richesse du média télévisuel et affirme que les émissions informatives en Colombie n’incitent pas à la réflexion ni à l’interprétation mais se limitent à la lecture de faits, sans contextualisation, par des journalistes très doués. Il remet aussi en question la transparence des émissions informatives, tout en les qualifiant d’ « uribistes » (en faveur de Alvaro Uribe, l’ancien président, et de ses proches) et dénonce le favoritisme donné aux intérêts des grands groupes industriels qui financent la chaîne. En effet, les nombreux critiques du monopole informatif colombien se réfèrent à RCN comme « Radio Casa de Nariño », c'est-à-dire la radio du palais présidentiel et non pas comme Radio Cadena Nacional (chaîne nationale de radio). Un exemple concret est donné par Pirry[+] NotePirry est un journaliste colombien reconnu célèbre par ses documentaires sur des sujets polémiques.X [21] qui raconte dans son blog[+] Note« RCN y yo », Pirry, 18 février 2010, http://www.pirry.com.co/index.php/pirry-the-kid/16-hablando-mierda/52-rcn-y-yoX [22] comment il a perdu son espace dans le JT de RCN lorsqu’il a commencé à critiquer fortement Vicky Davila par sa prise de position marquée par une forte préférence des pouvoirs en place.
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Conclusion

RCN est un des deux leaders de la télévision en Colombie, avec un budget élevé et une présence dans la quasi-totalité du territoire colombien, la chaîne dispose d’une reconnaissance et d’une image consolidée. Cependant la chaîne reste, notamment face à Caracol TV - son concurrent- moins connue à l’international par un développement moins important de son portail Internet et aussi en raison d’un nombre limité de partenariats et de filiales à l’étranger. Les opportunités de la chaîne en ce moment sont énormes, elle peut maintenir sa place privilégiée en révisant sa stratégie afin de profiter des nouvelles technologies et offrir des nouvelles interfaces aux clients résidant en Colombie et à l’étranger (internet, vidéos à la demande, télévision interactive, télévision IP) ainsi que pour innover avec l’adoption en Colombie de la TNT (format Européen) qui est en train de se mettre en place. Il est aussi indispensable que la chaîne ré analyse les préférences des consommateurs colombiens qui souhaiteraient des émissions plus variées, ils veulent notamment plus d’informations (et de meilleure qualité), des documentaires et des émissions culturels, entre autres : il existe un grand déficit dans l’offre actuelle qui ne s’accorde pas aux goûts des colombiens qui évoluent sans cesse surtout chez les jeunes générations et notamment par l’accès croissant aux émissions étrangères. Bien évidemment le succès de ces stratégies confronte quelques obstacles comme l’arrivée (attendue) d’une troisième chaîne privée de télévision et la concurrence croissante des chaînes étrangères par des taux de pénétration de la télévision par souscription qui ne cessent de croître. Mais sans doute la plus grande menace de la chaîne est son affiliation évidente au pouvoir en place par une approche très critiquée car considérée comme trop partialisée et proche du gouvernement Uribe (qui a débuté en 2002 et dont son dauphin vient d’être élu le 20 Juin 2010). Par ailleurs, par son appartenance à l’organisation Ardila Lülle, la chaîne est soupçonnée de favoriser les intérêts des entreprises même au détriment de l’intérêt collectif. Pour l’intérêt général du pays et pour continuer avec des taux d’audience élevés, RCN doit améliorer son image qui est perçue négativement par une partie croissante de la population : la chaîne devrait notamment accorder plus d’espace à l’opposition et favoriser le pluralisme et la démocratie.
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Données clés

PDG de RCN : Gabriel Reyes Copello.
Chiffre d’affaires : non renseigné.
Propriétaire : Organisation Ardila Lülle de Carlos Ardila Lülle.
Budget : 250 millions de dollars investis les 10 premières années.
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