Le MIPTV 2012 confirme le dynamisme des séries britanniques

Article  par  Julia COULIBALY  •  Publié le 09.04.2012  •  Mis à jour le 11.04.2012
[ACTUALITÉ] Le 49e MIPTV, le marché des contenus audiovisuels, s’est déroulé début avril à Cannes. Cette édition a confirmé la popularité croissante de la production britannique au détriment des séries américaines.
Selon une étude Médiamétrie-Eurodata TV Worldwide de janvier 2012, si les séries américaines demeurent une référence et sont celles qui s’exportent le plus, « elles sont pourtant moins nombreuses au sein des palmarès mondiaux des meilleurs programmes au profit des productions nationales – créations originales, adaptations locales – et des coproductions internationales. » En octobre 2011, l’institut de mesure de l’audience indiquait que 13% des meilleures séries de la saison 2010-2011 étaient américaines, contre 19% en 2009-2010. Ce recul de la production américaine profite aux séries britanniques qui se vendent de plus en plus à l’étranger.

Le MIPTV, qui s’est tenu à Cannes du 1er au 4 avril 2012, est venu confirmer ces tendances. Le dimanche 1er avril, Jean Reno présentait, lors d’une conférence de presse, sa nouvelle série policière, Le Grand. Produite par TF1 et la filiale Atlantique Productions de Lagardère, il s’agit d’une co-production créée par René Balcer (New York, police judiciaire), tournée en anglais et intégralement filmée à Paris. La co-production internationale fut d’ailleurs le thème central du programme Drama CoProXchange[+] NoteForum réunissant pendant plusieurs jours une cinquantaine d’acteurs du marché audiovisuel impliqués dans le domaine de la co-production internationale de fiction.X [1], l’occasion d’évoquer la création scandinave et le partenariat artistique de deux réalisateurs du continent océanien, Jane Campion et Garth Davis. Paul Abbott, le créateur de succès tels que Shameless y présentait son nouveau projet, Hit and Miss. Trois séries furent projetées, aucune d’entre elles n’étant américaine : OMAR de la compagnie saoudienne MBC, Bullet in the Face réalisée par le canadien Érik Canuel, et la série anglaise Titanic, qui fit l’ouverture du MIPTV.

Le making of de la série Titanic. Source : YouTube

Les séries américaines continuent malgré tout de dominer le petit écran, ce qui s’explique par plusieurs facteurs : elles offrent un modèle narratif rassurant tout en proposant une grande richesse et une efficacité dans l’écriture,  ce sont des produits calibrés, devenus une référence esthétique dans le monde. Mais cette prééminence semble persister surtout en France, ce sur quoi s’accordent les différents intervenants d’un article paru dans Le Monde en janvier 2012. Pour son auteur, la journaliste Macha Séry, « l’hégémonie des séries américaines est une drôle d’exception culturelle française ». L’article évoque une « télévision ronronnante », la création française ayant été cannibalisée par le cinéma. Ailleurs – en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne, ou dans certains pays asiatiques et latino-américains, les séries locales sont en tête des audiences nationales. Elles sont même adaptées ou exportées à l’étranger, où elles grignotent progressivement des parts de marchés aux productions américaines.

Conscient de la faiblesse des propositions françaises, Nicolas de Tavernost, directeur général et président du directoire de la chaîne M6, affirmait dans une interview accordée aux Échos vouloir s’émanciper davantage des séries américaines. « Nous avons déjà supprimé les fictions américaines à 18 heures, 19 heures et 20 heures tous les jours pour les remplacer par des programmes français. On va devoir faire progressivement la même chose en soirée », déclarait-il.  C’est ce que fait Canal +, qui a ouvert la voie à une production locale de meilleure qualité avec ses feuilletons estampillés « Création Originale », les séries Engrenages, Braco ou Mafiosa, le clan, ont remporté un grand succès, tant populaire que critique.

Publicité Canal + pour ses « Créations Originales ». Source : YouTube

Par ailleurs, des séries comme Borgia (franco-allemande) ou Death in Paradise (franco-britannique) témoignent de la volonté des diffuseurs hexagonaux de se lancer dans la coproduction internationale. Tous rêvent de rencontrer le même succès que les chaînes britanniques, réputées pour la finesse de leurs séries télévisées et plus proches, en termes de moyens, que les chaînes américaines.

Distribuée par le réseau anglais ITV, Titanic a déjà été vendue dans plus de 80 pays. L’auteur de cette mini-série de quatre épisodes diffusés sur TMC à partir du 14 avril prochain, Julian Fellowes, était présent au MIPTV. En 2011, il remportait un Emmy Award du meilleur scénario pour Downton Abbey.  Lancée à l’automne 2010 en Angleterre, la série est devenue un véritable phénomène international, l’emblème de l’incroyable dynamisme télévisuel britannique. Elle est diffusée dans plus de 100 pays, plébiscitée par le public et acclamée par la critique. Elle a d’ailleurs détrôné Mad Men dans la catégorie « programme le plus apprécié par la Critique » du Livre des Records de 2012.

--
Crédits photo :
Capture d'écran du site de la chaîne ITV

  • 1. Forum réunissant pendant plusieurs jours une cinquantaine d’acteurs du marché audiovisuel impliqués dans le domaine de la co-production internationale de fiction.
Vous souhaitez nous apporter un complément, rectifier une information ? Contactez la rédaction