La TV payante en Afrique francophone, un enjeu géopolitique

Article  par  Séverine LAURENT  •  Publié le 01.10.2015  •  Mis à jour le 01.10.2015
Les différents acteurs de la télévision payante en Afrique subsaharienne francophone se partagent plusieurs millions d’abonnés. Qui sont-ils ? Quel est leur parcours ? Retour sur l’histoire controversée de l’industrie de la Pay-TV dans cette partie du monde.

Sommaire

Début des années 1990. Le ciel d’Afrique subsaharienne francophone est presque vide. En tout cas, vide de chaînes de télévision, de radios, de satellites. Au sol, quelques rares chaînes nationales vivotent huit heures par jour, mais presque aucune ne couvre l’entièreté des territoires des États.
Plus loin, beaucoup plus loin, dans un bureau parisien, une poignée d’hommes importants se réunissent un soir d’hiver et décident de participer à la création d’une chaîne de télévision en Afrique. C’est dans ce contexte que quelques mois plus tard, en 1991 à Paris, l’État et le groupe Canal+ inaugurent ensemble la première chaîne de télévision payante pour l’Afrique subsaharienne francophone, Canal+ Horizons.

La période cool (1990-2000)

 Avec un abonnement annuel probablement le plus cher du monde, Canal+ Horizons se montrait peu souple à l’endroit de ses abonnés  Dirigée par Serge Adda sous la Présidence de Catherine Tasca,Canal+ Horizons était détenue à 80 % par le Groupe Canal+,le solde étant partagé entre la structure d’État SOFIRAD et autres associés financiers minoritaires. En sus de la diffusion satellitaire, la chaîne démarra des diffusions terrestres, au Sénégal en 1991, puis en Côte d'Ivoire en 1994. Pâle copie de sa grande sœur française, la chaîne rencontra un succès mitigé en Afrique subsaharienne francophone les premières années de son lancement. Elle stagna longtemps à moins de dix mille abonnés sur l’ensemble de la zone couverte. Commercialisée à un prix très élevé, elle n’était accessible qu’aux seules élites africaines et autres expatriés fortunés. Pour la capter en Bande C, il fallait s’équiper d’un décodeur analogique et d’une antenne de 3,70 mètres. L’importation de ces équipements en Afrique revenait à plus de dix millions de francs CFA, juste après la dévaluation de la monnaie (1994). Avec un abonnement annuel probablement le plus cher du monde, Canal+ Horizons se montrait peu souple à l’endroit de ses abonnés d’Afrique subsaharienne. Il fallait d’abord payer au moins six mois d’abonnement en avance. Ensuite, sur le formulaire d’abonnement, le téléspectateur devait inscrire son statut mais aussi les contacts de son employeur, l’adresse de sa résidence secondaire, le numéro de son passeport…
 
À partir de 1997, les choses changent. L’arrivée, sur les satellites, de TV5 Afrique et d’autres chaînes gratuites a bouleversé encore un peu plus le ciel d’Afrique. Dans le cadre d’un programme de coopération multilatérale avec le Canada et la France, et sous la bannière de la francophonie, on propose aux États africains de désigner un ou plusieurs opérateurs économiques locaux, de préférence installateurs d’antennes paraboliques. C’est ainsi que, dès 1998, on installe, un peu partout dans les grandes agglomérations d’Afrique subsaharienne francophone, des émetteurs de télévision analogiques en bande MMDS (2.5-3.7 GhZ). Une bande de fréquence controversée, puisqu’elle présente de très nombreux inconvénients en termes de résistance à la pluie et aux obstacles. On chuchote dans les couloirs qu’il s’agit là d’émetteurs initialement destinés à des bases vie de l’armée canadienne. Malencontreusement mal réglés en usine, il fallut bien leur trouver une utilité. C’est dans ce contexte d’opportunités que sont nés la plupart des télédiffuseurs africains, qui continuent d’exister aujourd’hui. Excaf au Sénégal, Multicanal ou Malivision au Mali, Neerwaya au Burkina Faso ou encore Media+ au Togo restent, jusqu’à ce jour, des acteurs prospères de la télévision payante. En contrepartie du don des émetteurs (et, par ricochet, des fréquences accordées par l’État), les opérateurs devaient diffuser TV5 Afrique et la chaîne nationale de leur territoire en accès libre et gratuit. Une aubaine pour la francophonie. Et aussi pour l’Afrique, qui sauta ainsi de nombreuses étapes administratives dans le développement de son paysage audiovisuel.
 
Cependant, ce bond se révéla un peu prématuré. D’abord, il existait peu d’organes de régulation de la télévision dans cette région d’Afrique. Ensuite, à part la chaîne nationale, TV5 ou Canal+ Horizons, il existait peu de contenus. Pas de chaînes de télé à diffuser, ou si peu. C’est dans ce contexte que la SOFIRAD, la société publique chargée de l’audiovisuel extérieur de la France, mit rapidement sur pieds un bouquet de chaînes de télévision françaises. Baptisée Bouquet Portinvest ou Le Sat, l’offre fut immédiatement proposée aux télédiffuseurs, et son succès africain fut immédiat. Partout dans les villes, on vit fleurir de nombreuses antennes MMDS communément nommées « tire-bouchons » ou « antennes TV5 ». Parmi les chaînes à péage sélectionnées par la SOFIRAD, on comptait France 2, mais aussi quelques chaînes du groupe ABSAT telles que RTL9, Mangas ou feu la chaîne musicale MCM Africa alors dirigée par François Thiellet. MCM Africa et la SOFIRAD partagèrent quelques temps les mêmes bureaux dans le seizième arrondissement de Paris.
 
L’arrivée de toutes ces chaînes bouleversa les villes africaines. En région urbaine, il était désormais possible de s’équiper légalement pour moins de 80 000 francs CFA. Petit à petit, la télévision française devint accessible à la classe moyenne africaine. Grâce au câble, on pouvait même en faire profiter ses voisins. À partir de 1998, la télévision française a commencé à s’installer dans les loisirs et habitudes des populations.
 
Dans le même temps, Canal+ Horizons obtint le droit de commercialiser les chaînes du bouquet Le Sat auprès de sa clientèle d’abonnés en réception directe par satellite. Cette nouvelle donne positionnait Canal+ Horizons dans un double rôle vis-à-vis des opérateurs africains : d’abord fournisseur de contenu, elle devenait également leur concurrente vis-à-vis des abonnés particuliers.
 
Afin de faire face à cette situation, les télédiffuseurs africains ayant bénéficié du programme de coopération France-Canada se regroupèrent en association, l’OPTA (Association des Opérateurs Privés de Télévision d’Afrique). Inaugurée à Dakar en présence de la plupart des opérateurs de cette nouvelle industrie en 1998, l’OPTA fut impulsée par trois grands ténors de la télédiffusion en Afrique : Richard Aquereburu (Togo), Ismaïla Sidibé (Mali) et feu Ibrahima Diagne dit Ben Basse (Sénégal). Durant ces mêmes années, il est également intéressant de se rappeler de l’anglophone DSTV/Multichoice. Aujourd’hui presque totalement absent du marché francophone, l’opérateur d’Afrique du Sud a pourtant commencé à s’y implanter dès 1997, en s’appuyant sur le travail de distributeurs agréés. Dans plusieurs pays, DSTV/Multichoice agréa des distributeurs officiels de Canal+ Horizons, dont certains opérateurs MMDS. Puis, petit à petit, réduisit le nombre de distributeurs comme peau de chagrin.
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Les années folles (2000-2010)

 Les États africains prennent conscience de la nécessité de développer leurs propres chaînes  À partir des années 2000, de nouveaux bouleversements s’opèrent. Les États africains prennent conscience de la nécessité de développer leurs propres chaînes. Timidement d’abord, les paysages s’ouvrent enfin aux éditeurs africains privés, sauf au Mali et en Côte d’Ivoire. Sous l’impulsion d’Hervé Bourges, alors président du Conseil supérieur de l’audiovisuel français (CSA), plusieurs autorités de régulation africaines se créent ou se renforcent. Mais leurs moyens de contrôle restent limités.
 
Le début des années 2000 marque également le passage de l’analogique au numérique. C’est à la même période que l’on passe de la Bande C à la bande Ku et que l’on voit naître de grandes vagues de piraterie. En 2001, l’exploitation du bouquet francophone de l’État français, Le Sat, est cédé dans son intégralité à la société du groupe Canal+, Média Overseas, pour un franc symbolique. Le bouquet devient Canal Satellite Horizons. La chaîne Canal+ Horizons, de son côté, continue de perdre beaucoup d’argent sur le continent. Seul, le centre de diffusion d’Abidjan commence à devenir rentable. On parle d’un portefeuille total de moins de 20 000 abonnés sur toute l’Afrique, en près d’une dizaine d’années d’exploitation. Sans doute afin de limiter les pertes, l’éditeur, désormais commandé par Vivendi, décide d’opérer des coupes franches dans les marges des distributeurs de décodeurs : on passe de 14 à 8 % de marge, et ceux qui refusent de signer se voient habilement remerciés. Un grand ménage est décidé au sein de la chaîne, les anciens sont poussés par la porte de sortie à l’instar du directeur commercial Roger Fajnzylberg et d’autres, plus jeunes mais moins expérimentés, sont propulsés à des postes clés. Grâce au numérique, l’offre africaine de Canal+ s’étoffe rapidement. En 2002, Le bouquet Canal Satellite Horizons double sa capacité de diffusione n louant un second transpondeur sur le satellite NSS 7 en bande Ku.
 
 Le piratage télévisuel prend une ampleur considérable sur le continent  Ces différentes configurations sont certainement à la base du développement du piratage télévisuel, qui commence à prendre une ampleur considérable sur le continent. Au Cameroun ou au Sénégal, on voit fleurir un peu partout des dizaines, voire des centaines d’opérateurs pirates. Les systèmes sont fabriqués de bric et de broc : on transforme des amplis en émetteurs, on tire du câble coaxial dans la cour puis dans tout le quartier. Baptisés « Systèmes araignées », ces réseaux d’économie souterraine sont, de fait, exemptés du paiement de taxes et autres droits d’éditeurs. Le téléspectateur, lui, reste gagnant puisqu’on lui propose un raccordement mensuel pour moins de 2 000 francs CFA. Même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, on est dans la période du « good enough ». En Afrique de l’Ouest, dès 2002, un autre type de piratage émerge. Sur le marché de la capitale malienne, Bamako, des cartes piratées circulent. Ces cartes s’échangent contre quelques francs CFA et proposent un accès gratuit aux chaînes payantes diffusées par les opérateurs MMDS. Le chiffre d’affaires de ces groupes en prend rapidement un coup. Ce trafic dura presque deux ans, sans que jamais aucune instruction ne fût menée pour découvrir qui se cachait derrière la prolifération de ces cartes pirates.
 
À partir de 2005, les conflits entre les télédiffuseurs africains et les sociétés du groupe Canal+ prennent de l’ampleur. On reproche à ces dernières d’appliquer des tarifs et des conditions anticoncurrentiels, de conserver l’exclusivité de chaînes premium, de diminuer sauvagement les commissions des revendeurs[+] Note« Contribution 4eme CIRCAF », Association des opérateurs privés des télévisions d’Afrique (OPTA) Ouagadougou, du 2 au 4 Juillet 2007.X [1]. Les tarifs pratiqués pour les professionnels seraient plus élevés que les tarifs appliqués aux abonnés directs. De son côté, le groupe français reproche aux acteurs africains de pratiquer des sous-déclarations d’abonnés. Durant la quatrième réunion du CIRCAF tenue à Ouagadougou en 2007, un plaidoyer est présenté par l’OPTA aux Hautes autorités de régulation. Luc Adolphe Tiao, alors président de la Haute Autorité du Burkina Faso, se fera, jusqu’à récemment, l’un des arbitres de cette guerre désormais ouverte.
 
Dans le même temps, les télédiffuseurs locaux cherchent à entrer en contact direct avec les éditeurs internationaux pour commercialiser leurs chaînes. Oui mais voilà, leur réputation est bien entachée. Dans l’Hexagone, très peu de chaînes TV daignent répondre à leurs demandes de rencontres. Un seul groupe indépendant leur ouvre la porte dès 2007 : ABSAT. Sans faire de bruit, plusieurs chaînes du groupe commencent d’abord par être commercialisées au Sénégal (Excaf), à Djibouti (Télésat) puis, rapidement, au Mali (Malivision) et ailleurs. Pour capter les chaînes d’ABSAT, on utilise alors le système D africain : à l’aide de paraboles motorisées allant jusqu’à onze mètres de diamètre, d’ingénieux autodidactes parviennent à capter le signal en bande Ku du satellite Hot Bird,  jusqu’au Gabon voire jusqu’au Congo. En quelques années, la plupart des chaînes d’ABSAT sont ainsi reprises sur la grande majorité des réseaux historiques d’Afrique subsaharienne francophone. Ce nouveau fournisseur apporte une bouffée d’air frais aux télédiffuseurs locaux dans l’accès au contenu. Le Groupe France Télévision emboîte rapidement le pas du Groupe ABSAT et commence, peu après, à commercialiser en Afrique les chaînes TV du service public français. Canal+ Horizons, de son côté, commence timidement à produire une puis deux émissions en Afrique. Cette nouvelle politique annonce l’africanisation progressive du bouquet. C’est également à peu près à la même période que l’éditeur FOX commence également à s’intéresser au marché africain des télédiffuseurs.
 
En 2006, avant l’arrivée de la télévision numérique terrestre (TNT) en France, le télédiffuseur togolais Media+Inter inaugure le premier système de transmission numérique du continent, en bande MMDS. Le phénomène s’étend au Cameroun, au Mali, au Niger puis au reste des pays francophones dans les deux années qui vont suivre. Factuellement, la télévision payante en Afrique francophone est donc en numérique bien avant la date de juin 2015 décidée par l’UIT. Mais aucune autorité ne le mentionne dans ses communications, sans doute car les systèmes restent exploités par des privés.
 
En 2008-2009, quelques mois après le lancement de ces nouvelles chaînes francophones sur les réseaux terrestres africains, le chinois Startimes fait son entrée sur l’échiquier. Dans son offre, on retrouve les chaînes d’ABSAT telles que RTL9, Mangas ou encore Action ou XXL. On retrouve aussi les chaînes de France Télévisions. L’offre, accessible uniquement en bande C, est destinée à être reprise sur des réseaux TNT dans les villes africaines. L’abonnement est modique, mais le système connaît des « couacs » : il va par exemple mettre de nombreux mois à démarrer vraiment au Burundi, au Rwanda ou en Guinée.
 
Fin 2008, on rencontre dans les couloirs de la direction de chaînes de télévision africaines le directeur de Thema, François Thiellet. Il est régulièrement accompagné de Jean-Christophe Ramos, alors directeur général de Canal+ Horizons. On murmure que le bouquet africain, à destination des africains de la diaspora en France, se prépare…
 
Une autre étape est franchie, fin 2009, dans les relations entre le groupe Canal+ et les opérateurs locaux : ces derniers déposent officiellement plainte pour abus de position dominante auprès de l’UEMOA, l’Union économique et monétaire ouest-africaine.. De leurs côtés, les câblo-opérateurs qui piratent les signaux des chaînes internationales commencent à s’organiser en syndicats comme au Sénégal et au Cameroun.

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L’eldorado africain (2010-2015)

Fin 2010, une nouvelle épreuve attend le groupe Canal+ : sur le marché commencent à circuler des systèmes de CardSharing permettant de décoder gratuitement toutes les chaînes de l’opérateur. À coup de conférences de presse, le groupe communique sur l’ampleur des dégâts que ce phénomène est susceptible d’engendrer : perte d’emplois, fermeture de distributeurs… Mais, deux ans plus tard, le système est contrecarré par les services de sécurité du groupe Canal+. Et le nombre d’abonnés à Canal Satellite Horizons fait un bond phénoménal : il passe de moins de 200 000 à plus de 500 000 abonnés déclarés en quelques mois.
 
 Le groupe propose un bouquet essentiellement composé de chaînes africaines  C’est à peu près dans la même période qu’une nouvelle stratégie est mise en place au sein du groupe. Au Mali, au Cameroun, au Bénin ou au Burkina Faso, plusieurs sociétés dénommées Canal+ Horizons déposent leurs statuts. Avec un capital à un million de francs CFA, on suppose que c’est à peu près dans tous les pays d’Afrique que le groupe prépare sa nouvelle stratégie. Certains distributeurs, qui avaient contribué à développer les ventes de la chaîne depuis presque quinze ans, se voient remerciés de leurs bons et loyaux services. D’autres s’associent, de façon minoritaire, au groupe. Du côté des télédiffuseurs, la situation ne s’arrange guère. Au Sénégal, par exemple, le diffuseur Delta NET TV est contraint d’installer un logiciel permettant au groupe français d’avoir accès à certaines informations de sa base de données d’abonnés. Côté RDS (Réception Directe par Satellite), de grandes campagnes de communication sont lancées. Désormais dirigé par le jeune et dynamique David Mignot, le groupe propose un bouquet à partir de 5 000 francs CFA, essentiellement composé de chaînes africaines. Dans beaucoup de pays, on peut désormais payer son abonnement par téléphone mobile de façon mensuelle. Au Sénégal ou au Congo, le groupe brade son décodeur à 1 000 francs CFA. Ces différentes pratiques porteront le nombre d’abonnés de 500 000 à plus d’un million d’abonnés en quelques mois seulement. Le groupe, désormais administré par Bolloré dès 2014, affine sa stratégie qui se révèle payante.
 
Dans le même temps, l’autre pionnier français ABSAT prépare le lancement d’un bouquet destiné à la Réception Directe par Satellite. Dirigée par Jean-Michel Fava, l’offre prend son temps pour démarrer : des difficultés techniques retardent le lancement du bouquet. Enfin, au cours de la conférence de presse du groupe indépendant en septembre 2013, le lancement de TVSAT Africa, avec un peu moins d’une trentaine de chaînes, est annoncé. ABSAT veut faire la différence en appuyant le développement des industries locales. Le groupe s’associe donc à un opérateur africain. Pas de marketing direct, pas d’ingérence dans la gestion des abonnements, le groupe continue sur son crédo de business transparent et équitable. Et surtout, propose un offre jamais vue : un bouquet à partir de 2 500 francs CFA.
 
En 2013, la France redouble d’intérêt pour la TNT en Afrique, dont le lancement est fixé à juin 2015. En novembre, une importante réunion conviant de nombreux ministres de la Communication est organisée sous l’égide de la ministre française Fleur Pellerin. De nombreuses personnalités font le déplacement, mais la ministre quitte l’assemblée au bout de trente minutes au prétexte d’une autre importante réunion. Vexés, de nombreux ministres africains n’assisteront pas au reste de la rencontre. De ce colloque, on retiendra essentiellement deux points : premièrement, la République démocratique du Congo se fait taper sur les doigts, en public, pour avoir octroyé une fréquence TNT au chinois Startimes. Elle les retirera quelques mois plus tard. Le second point à retenir, c’est l’intérêt du groupe Canal+ pour les fréquences de la TNT en Afrique. Le groupe a obtenu sa licence pour l’exploitation de six chaînes au Bénin. Quelques mois plus tard, il obtiendra une licence en République démocratique du Congo.
 
Du côté de la réception par satellite, début 2015 a vu l’arrivée de nouveaux entrants sur ce marché. Leur nature même témoigne d’un changement radical dans la profession : il s’agit là d’opérateurs africains. À part la tentative avortée de NET TV au début des années 2000, projet commandé par des hommes d’affaires camerounais et sénégalais, aucun africain sur ces territoires n’avait trouvé les moyens, jusqu’ici, de lancer une offre par satellite. Début 2015 annonce le changement. Le business de la télévision payante en Afrique s’africanise. TVSAT Africa, Free Africa, TNTSAT Africa, See Afrika sont tous de nouveaux projets pilotés ou copilotés par des entrepreneurs africains. Il s’agit là d’une révolution.
 
Le succès progressif mais bien réel des pionniers de la télévision payante est devenu le point de mire de nombreux éditeurs audiovisuels internationaux. Les chaînes de télévision françaises regardent désormais le potentiel africain avec un œil neuf. Un peu tardivement, chacun commence à poser des questions, à se renseigner sur les modalités et pratiques de la télévision payante en Afrique subsaharienne francophone. Ainsi, les groupes Turner, Lagardère, Fox ou les chaînes Mélodie TV ou Trace TV se font de plus en plus présents sur les territoires d’Afrique subsaharienne francophone. Les plus habiles tentent d’africaniser leurs approches, mais la plupart se heurtent encore à leurs préjugés et aux manques de protection juridique de ces paysages. On estime ainsi aujourd’hui que la plus large part du parc d’abonnés à la télévision payante en Afrique est détenue par… les câblodistributeurs pirates !

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Crédit photo
Kela, Mali, septembre 2015. Séverine Laurent

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  • 1. « Contribution 4eme CIRCAF », Association des opérateurs privés des télévisions d’Afrique (OPTA) Ouagadougou, du 2 au 4 Juillet 2007.
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