La TV connectée au cœur du Consumer Electronics Show

Article  par  Céline ALARÇON  •  Publié le 20.01.2011  •  Mis à jour le 21.01.2011
[ACTUALITÉ] Du 6 au 9 janvier dernier, le Consumer Electronics Show de Las Vegas a mis la TV connectée à l’honneur. Enthousiasmante pour certains, inquiétante pour d’autres, la télévision de demain n’a pas fini de faire parler d’elle.
Du 6 au 9 janvier a eu lieu l’édition 2011 du Consumer Electronics Show, le plus grand salon de l’électronique grand public, qui se tient tous les ans à Las Vegas. La grande nouveauté de cette année a été la télévision connectée : beaucoup de constructeurs (LG, Samsung, Toshiba, Panasonic…) ont en effet profité de cette occasion pour présenter leurs téléviseurs de dernière génération. Ces nouveaux modèles sont des téléviseurs reliés à Internet grâce à une connexion intégrée ou par l’intermédiaire d’un terminal extérieur (lecteur DVD, console de jeux, boîtier connecté…). Cette technologie offre aux utilisateurs à la fois des services vidéo (vidéo à la demande ou VàD, TV de rattrapage…) et des services Internet (informations, accès aux réseaux sociaux, e-commerce…).  
 
Cependant, les offres disponibles sur ces téléviseurs ne sont pas toutes similaires. Certaines  proposent des contenus « bonus » liés à l’émission en cours : c’est le cas de France Télévisions qui donne l’accès par exemple, à la recette préparée pendant une émission de cuisine ou au dernier flash info. L’Apple TV donne accès à un bouquet prédéfini de services Internet (VàD, réseaux sociaux, musique…) et la Yahoo! Connected TV, à une boutique d’applications téléchargeables. Quant à la Google TV, elle est un exemple de plateforme ouverte donnant accès à l’ensemble du Web et référençant toutes les sources de contenu disponibles (flux broadcast, VàD, catch-up TV...) afin de faire du téléviseur l’écran unique de divertissement multimédia du foyer.
 
Cette nouvelle technologie semble donc constituer un véritable progrès et ouvrir de nouvelles possibilités aux consommateurs. Pourtant, les chaînes de télévision et les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) la considèrent comme une menace. En effet, les chaînes gratuites craignent la perturbation de leurs programmes du fait de widgets intrusifs et susceptibles de renvoyer les utilisateurs vers des contenus Internet attractifs ; accepter d’associer leurs programmes à des téléviseurs connectés reviendrait donc à s’exposer encore davantage à une concurrence déjà redoutable. Les chaînes payantes ont la même crainte au regard de la VàD et des sites pirates. D’autre part, le risque de désintermédiation paraît réel : les éditeurs de programmes pourraient décider de s’auto-distribuer sur Internet au lieu de vendre leurs contenus aux chaînes. Ces raisons expliquent que des networks américains tels que NBC, CBS et ABC aient refusé à Google TV l’accès à leurs programmes ou que les télévisions publiques françaises aient signé une charte leur garantissant la maîtrise des contenus Internet associés à leurs chaînes. Les FAI, quant à eux, cherchent à protéger leurs services de télévision par ADSL ou fibre optique (IPTV) ; à cela s’ajoute le risque d’encombrement de leurs réseaux.
 
Toutefois, la télévision connectée est également synonyme d’opportunités pour ces acteurs encore frileux. Les chaînes pourraient en effet développer davantage leurs propres services de VàD ou de catch-up TV (M6 Replay, CanalPlay…), bénéficier de revenus supplémentaires tirés de services novateurs ou de la vente de nouveaux espaces publicitaires (widgets…). C’est pourquoi, plutôt que de résister à une technologie appelée à se développer, certaines chaînes ont déjà signé des contrats leur permettant d’intégrer leurs offres de TV connectée dans les téléviseurs des constructeurs partenaires : c’est le cas de TF1 avec Samsung depuis mars 2010 ou de France Télévisions avec LG, comme annoncé à l’IFA de Berlin en septembre dernier. De leur côté, les FAI ont également là une occasion de nouer des accords, avec les éditeurs de VàD ou les éditeurs de jeux en ligne par exemple pour pouvoir enrichir leurs offres existantes, et ainsi gagner eux aussi des revenus additionnels.
 
Pour séduire leurs clients potentiels, il ne leur faudra pourtant pas perdre de vue quelques conditions nécessaires : la navigation sur l’interface du téléviseur devra rester simple et fluide, et les télécommandes devront se perfectionner afin de permettre notamment l’envoi de messages (mails, chat…). Ainsi Google permet d’utiliser un téléphone Android comme télécommande pour sa Google TV. Une autre fonctionnalité semble requise : la personnalisation de la page d’accueil, avec indexation de favoris, comme cela est possible sur l’écran d’ordinateur ; l’utilisateur pourrait alors retrouver très rapidement ses vidéos ou services préférés.
 
Il est néanmoins encore impossible de prévoir le succès ou l’échec des TV connectées. De nombreuses inconnues demeurent : quelle réglementation adopter pour ces nouveaux services ? Comment les différents acteurs vont-ils se partager les revenus dégagés ? Une norme technologique internationale unique assurant la compatibilité de tous les appareils pourra-t-elle être mise en place, à l’heure où les européens tentent déjà d’imposer leur propre standard, la HbbTV ?


---
Crédit photo : Crédit photo : Bruce Clay/Flickr
Vous souhaitez nous apporter un complément, rectifier une information ? Contactez la rédaction