Farsi1 : un soft-power contesté en Iran

Article  par  Théo CORBUCCI  •  Publié le 23.11.2010  •  Mis à jour le 24.11.2010
[ACTUALITÉ] Après une campagne de dénigrement menée par le gouvernement iranien, le site de la chaîne Farsi1 a été piraté. Retour sur une contestation politiquo-médiatique.
 
Tout commence avec une idée, un pari : réussir à exporter des séries comme 24, How I Met Your Mother, Prison Break ou encore Malcom in the Middle en République Islamique d'Iran. C'est avec cette volonté qu'est lancée en août 2009 la chaîne Farsi1, qui émet depuis Dubaï. Elle est détenue à moitié par News Corp., la compagnie du magnat australo-américain Rupert Murdoch, et les 50 % restants sont possédés par le groupe MOBY, entreprise média de l'entrepreneur australo-afghan Saad Mohseni.
 
Sur le fond, la tentative de Farsi1 est manifeste : promouvoir, via une chaîne satellitaire transfrontière, certaines valeurs occidentales. Une sorte d'exportation de l'American way of life au « pays des ayatollahs ». Au programme, un humour et un mode de vie bien loin des feuilletons du ramadan (mousalsalets) ou de ceux diffusés par les chaînes étatiques. Pour autant, si elles sont leur principal atout pour attirer le public, Farsi1 ne se concentre pas seulement sur les séries américaines, mais propose également à ses téléspectateurs des telenovelas sud-américaines à succès et de nombreuses séries sud-coréennes (comme White Lie ou Miss Mermaid).
 

 
 
Comme cela était prévisible, cette chaîne a provoqué des remous considérables en Iran, en particulier au niveau de la classe politique et religieuse conservatrice. Car beaucoup voient en Farsi1 un instrument de soft-power qui viseraient à corrompre la population iranienne en attaquant ses valeurs traditionnelles. Mohammad-Taghi Rahbar, membre du Parlement, n'a pas hésité à déclarer à l'IRNA, l'agence de presse étatique, que « les programmes comme ceux diffusés sur Farsi1 détruisent la pureté et l'honneur de nos familles, et encouragent les jeunes à avoir des rapports sexuels, à boire du vin et à adorer Satan ». Ce à quoi il a ajouté : « La chaîne est fondée par de l'argent sioniste et est dirigée par des ennemis de l'Iran ».
 
Ces attaques et ce dénigrement ont atteint leur paroxysme le 17 novembre 2010, avec le piratage par « la Cyber-armée iranienne » du site Internet de la chaîne. Les visiteurs se sont alors vu accueillir par le logo de l'organisation et par un message on ne peut plus clair : « Rupert Murdoch, le groupe MOBY, la famille Mohseni et les partenaires sionistes doivent savoir qu'ils emporteront avec eux dans la tombe leur volonté de détruire la structure des familles iraniennes » (cf. illustration).
 
Pour le New York Times, cette campagne illustre bien « la peur croissante des leaders iraniens vis-à-vis de l'arrivée d'entreprises privées de broadcasting [...], qui défient le monopole d'Etat sur les flux d'informations ». Pertinent, ce constat n'en est pas moins ironique quand on sait que l'Iran n'hésite pas à utiliser ces mêmes chaînes transfrontières comme instrument de soft-power pour accroitre son influence régionale, comme l'ont prouvé le lancement en 2003 de la chaîne d'information en continu Al-Alam et, plus récemment, celui de la chaîne d'entertainment iFilm, toutes deux en langue arabe. Ainsi, à trop vouloir étendre son influence régionale, le gouvernement iranien en a oublié qu'il pouvait également être attaqué au sein même de son territoire.

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Voir en ligne :
- Iranian Cyber Army Hacks Website Of Farsi1, rferl.org (Radio Free Europe / Radio Liberty), 18/11/10
- Les Iraniens défient le pouvoir avec une chaîne de télé « ennemie », Mianeh (via courrierinternational.com), 08/10/10
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