Endemol, sa dette et ses prétendants

Article  par  Arnaud MIQUEL  •  Publié le 08.12.2011  •  Mis à jour le 09.12.2011
Endemol
[ACTUALITÉ] Endettée pour près de 2 milliards d’euros, la société de production Endemol continue malgré tout d’attirer les convoitises de grands groupes du divertissement mondial. Après avoir décliné l’offre de rachat de Time Warner, l’entreprise néerlandaise étudie la proposition de Mediaset.
Premier producteur de programmes télévisuels dans le monde, la société de production néerlandaise Endemol est confrontée, en cette fin d’année 2011, à une restructuration nécessaire de sa dette évaluée à près de 2 milliards d’euros. Face à ces difficultés financières, plusieurs multinationales du divertissement se sont proposées pour racheter le groupe.

Pour comprendre l’origine de cette dette, il faut revenir en 2007. Treize ans après sa fondation par John De Mol et Joop van den Ende en 1994 et sept ans après le rachat de la société par le géant des télécommunications espagnol Telefónica, Endemol change une nouvelle fois de propriétaires pour un montant annoncé de 2,629 milliards d’euros. Le fonds d’investissement Cyrte, Mediaset et Goldman Sachs, les trois nouveaux acquéreurs, sont contraints de recourir à de nombreuses banques afin de consolider l’opération et conclure la vente pour un montant proche des 2 milliards d’euros, le montant estimé de la dette actuelle.

Au moment de l’achat, le pari semblait osé mais les perspectives de progression de l’entreprise pouvaient laisser espérer des résultats encourageants et ce, d’autant plus, que la société avait révolutionné, au début des années 2000, l’ensemble du paysage audiovisuel mondial de par l’invention du concept de téléréalité et notamment son programme phare Big Brother. Si Endemol est toujours rentable 10 ans plus tard avec un bénéfice de 153 millions d’euros, le chiffre d’affaire du groupe stagne depuis de nombreuses années.

À la fin du mois d’août 2011, des négociations engagées avec les créanciers du groupe ont permis l’entrée de plusieurs de ces banques dans le capital de la société par un système d’échange de titres contre une annulation partielle de la dette. Si la majorité du capital est aujourd’hui détenue essentiellement par ces financeurs et des hedge funds, les nouveaux actionnaires ont néanmoins accepté de rester minoritaires au conseil d’administration du groupe.


Endemol company profile 2011 par Endemol Design & Graphics.

Pour autant et malgré ces difficultés financières apparentes, Endemol continue de séduire et suscite les convoitises de plusieurs géants mondiaux du divertissement alors que le genre de la téléréalité ne s’est jamais aussi bien porté. C’est notamment le cas du groupe de médias américain Time Warner et de Mediaset, déjà présent dans le capital de l’entreprise.

L'intérêt de Time Warner pour Endemol a été rapporté au début du mois de novembre 2011 par le Wall Street  Journal qui évaluait la proposition de rachat à 1 milliard d’euros d’après des sources proches du dossier. L’information a depuis été confirmée par la société de production néerlandaise et qui aurait, par ailleurs et selon le quotidien Italien La Repubblica, rejeté l’offre estimant notamment que la société vaut bien plus que cela. S’il est vrai que l’on est encore loin des 2,7 milliards d’euros déboursés en 2007 ou des 5,5 milliards payés par Telefónica en 2001, il n’en est pas moins vrai que la valeur d’Endemol s’est fortement dépréciée depuis le dernier rachat et que la stagnation de son chiffre d’affaire invite à toutes les prudences.

Time Warner, ce refus est un véritable échec qui vient contrarier une stratégie d’expansion à l’international débutée depuis plusieurs années. Après le rachat de 31 % du capital de CME en mars 2009, toutes les convoitises du groupe s’étaient portées sur la double acquisition, en août 2010, de la société de production britannique Shed Media (réputée notamment pour Supernanny et Waterloo Road ainsi que de Chilevision, l’une des principales chaînes de télévision du Chili rachetée à l’actuel président du pays Sebastián Piñera. Pour la firme, les enjeux sont de taille et visent à assurer à la multinationale à la fois des mannes de droits exploitables et exportables mais également des canaux de diffusion à travers le monde capable d’accueillir un catalogue d’œuvres riche et diversifié.

Le 24 novembre 2011, c’est par l’intermédiaire de Pier Silvio Berlusconi, vice-président de Mediaset et fils de l’ancien président du Conseil des ministres italien, que la firme italienne a confirmé sa proposition de rachat. Allié au fonds d’investissement Clessidra, Mediaset entend prendre le contrôle complet d'Endemol en rachetant les parts des autres membres du consortium de 2007 en échange d’une offre que le groupe juge « excellente pour les créanciers et l'avenir d'Endemol ».

Si deux semaines après cette annonce, la société de production néerlandaise n’avait toujours pas pris ouvertement position, le quotidien italien Il Sole 24 Ore affirmait  le mercredi 7 décembre 2011 que l’offre était une nouvelle fois jugée insuffisante par les créanciers qui entendaient désormais céder le groupe aux enchères en transformant la dette en actions. Mediaset a déjà annoncé que dans une telle optique, elle ne participerait pas à la montée des enchères.


---
Crédits photos :
fonds d'écran du Fan Kit anglais de Deal or No Deal, émission concept d'Endemol déclinée sur 66 territoires à travers le monde.

Vous souhaitez nous apporter un complément, rectifier une information ? Contactez la rédaction