Creative UK : succès économique et avenir de l’industrie audiovisuelle

Article  par  Claire KERHUEL  •  Publié le 01.06.2011  •  Mis à jour le 06.06.2011
[ACTUALITÉ] Channel 4, BSkyB, ITV et Pact, ont commandé un rapport conjoint sur la contribution de l’industrie audiovisuelle au développement économique au Royaume-Uni intitulé « Creative UK ».

Le rapport « Creative UK  » vient d'être remis au Royaume-Uni. Confié à Robin Foster, membre du groupe « Communications Chambers », et à Tom Broughton, consultant indépendant sur les télécoms et les médias, ce document explore les caractéristiques qui font le succès économique du modèle britannique et s’interroge sur les moyens d’assurer son avenir. Pour cela, ses auteurs plaident pour le maintien d’un régime performant de propriété intellectuelle.

Ce rapport a été publié par un groupe d’experts en communication, médias et technologies qui ont réuni leurs compétences sous la bannière « Communications Chambers »[+] NoteCe groupe de travail est constitué d’experts internationaux en stratégie et en régulation dans le domaine des Nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il a déjà produit plusieurs rapports résultants de commandes provenant de diverses entreprises médiatiques comme Qualcomm, Vodafone, News Corp, ITV, PACT, la Broadcasting Authority of Ireland ou encore la BBC...X [1]. Il rappelle l’impact majeur de l’industrie audiovisuelle sur l’économie et sur la société britannique. Le secteur représente, en effet, 132 000 emplois répartis dans près de 7700 entreprises et lève environ 13 milliards de livres sterling chaque année. Ce rapport fait écho à une étude publiée en 2007 intitulée « Staying ahead the economic performance of the UK’s Creative Industries » qui aspirait au même objectif : maintenir le succès des industries créatives au Royaume-Uni. Elle résulte d’un travail engagé par le ministère de la Culture, des Médias et des Sports en novembre 2005 au sein du programme « The Creative Economy ». Comme « Creative UK », le rapport souligne l’importance des industries créatives dans le tissu économique britannique. Dans ses conclusions, il appelle à une meilleure information sur le secteur afin de pouvoir l’optimiser via des études qui peuvent être produites, selon ses auteurs, par le gouvernement mais qui doivent également émaner des acteurs industriels. La réponse est arrivée avec « Creative UK » commandé par plusieurs chaînes de télévisions britanniques.
 
Il souligne la force de l’industrie audiovisuelle au niveau national qui permet au Royaume-Uni d’être un exportateur majeur dans ce domaine. Le pays arrive deuxième juste derrière les États-Unis en matière de ventes internationales de produits audiovisuels finis. Il est leader mondial tous formats télévisuels confondus et dans le domaine de la recherche et du développement. Ceci s’explique, pour les auteurs du rapport, par le système de financement mêlant soutien public - la BBC est en effet financée sans publicité - et privé qui maintient les acteurs à un niveau important d’exigence, en les poussant à innover et à être toujours plus créatifs. Par ailleurs, la société britannique est sensible aux technologies de l’information et de la communication ce qui en fait un « formidable » terrain d’expérimentation. De plus, une série d’opportunités se développe avec les nouveaux moyens de distribution et de réception des produits audiovisuels. En 2010, près de 5 milliards de vidéos ont été téléchargées sur la Toile. Ainsi de nouveaux moyens de distribution se mettent en place, comme la plateforme YouView soutenue par les principales chaînes de télévision du pays et les contenus sont confrontés à des modifications de style et de formats pour s’adapter aux nouveaux diffuseurs d’applications pour smartphones. 
 
Outre l’aspect commercial, les auteurs de « Creative UK » insistent sur l’impact social et culturel de la production audiovisuelle. Selon une étude de l’institut de sondage BARB, qui mesure l’audience britannique chaque semaine, 83 % du public a estimé avoir acquis des connaissances utiles en regardant la télévision et 66 % des personnes interrogées déclarent utiliser la télévision comme source d’information principale. Pour Robin Foster et Tom Broughton, cet impact s’explique par deux phénomènes : la concurrence entre les chaînes et le régime de la propriété intellectuelle.
 
Avec l’évolution des moyens de distribution, le cadre législatif de la propriété intellectuelle a été adapté afin de permettre aux producteurs de trouver de nouvelles sources de revenus. En 2003, le Communication Act a entraîné des changements dans le contrôle stratégique des droits de diffusion qui sont apparus comme une sorte de révolution, en offrant aux producteurs une meilleure gestion des droits sur leurs œuvres et en redéfinissant leurs rapports avec les diffuseurs. Sur les droits d’auteur, Robin Foster et Tom Broughton estiment que le secteur de l’industrie audiovisuelle a su tirer les leçons du secteur de l’industrie musicale. La lutte contre le piratage reste néanmoins un enjeu important pour développer un modèle d’exploitation économique viable. En multipliant et en simplifiant les moyens d’accès aux contenus, les auteurs espèrent que le public se tournera vers des solutions légales d’accès aux produits audiovisuels. Malgré tout, selon eux, une partie du public n’acceptera pas la transition vers les moyens légaux. Pour lutter contre ce phénomène, le Digital Economic Act - l’équivalent de la loi Hadopi au Royaume-Uni - est entré en vigueur en 2010 afin de pénaliser les responsables de téléchargements illégaux massifs.
 
Le professeur Ian Hargreaves de l’université de Cardiff vient d’ailleurs de publier une étude du même nom sur le système de protection de la propriété intellectuelle appliqué au Royaume-Uni. Il propose dix recommandations qui pourraient faire gagner chaque année 750 millions de livres supplémentaires à l’industrie culturelle britannique. L’une d’entre elles reviendrait à créer une boutique en ligne où les licences de copyright pourront être facilement achetées et vendues. Il plaide également pour la modification des lois sur la propriété intellectuelle qui interdisent les transferts de format comme la copie d’un CD audio sur un lecteur mp3 par exemple.
 
En France, un rapport sur les perspectives du secteur audiovisuel à l’horizon 2015 est disponible depuis avril 2011. Son auteur Dominique Richard, conseiller général des Pays de la Loire et médiateur au CSA, s’est vu confié l’objectif d’ « explorer les voies susceptibles de contribuer à une véritable modernisation de l’industrie des programmes audiovisuels, notamment des sources de son financement, et à son adaptation à la convergence entre télévision et Internet » par le ministre de la Culture et de la Communication. Ces propositions font désormais l’objet de discussions avec les professionnels du secteur sous l’égide du ministère de la Culture et de la Communication et du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) avec deux axes de travail majeurs : les sources de financement du secteur et les moyens d’adaptation face à la convergence entre Internet et télévision. 
 
La télévision connectée à Internet est, en effet, au cœur des préoccupations des acteurs de l’audiovisuel à l’échelle internationale. Ces incidences sur le droit de la propriété intellectuelle et sur l’économie du secteur font l’objet de réflexions intenses au Royaume-Uni, comme en témoigne le rapport Creative UK qui milite pour que les productions britanniques conservent leurs atouts.

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Crédit photo : Première de couverture du rapport « Creative UK  ».
  • 1. Ce groupe de travail est constitué d’experts internationaux en stratégie et en régulation dans le domaine des Nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il a déjà produit plusieurs rapports résultants de commandes provenant de diverses entreprises médiatiques comme Qualcomm, Vodafone, News Corp, ITV, PACT, la Broadcasting Authority of Ireland ou encore la BBC...
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