Baltimore à l'écoute de la série "The Wire"

Article  par  Simon HUBE  •  Publié le 09.10.2010  •  Mis à jour le 16.10.2010
Créée en 2002 par David Simon, la série américaine The Wire dépeint la criminalité dans la ville de Baltimore. Un coffret compile en 23 DVD cette série souvent comparée à une tragédie grecque moderne.

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60 portraits pour un personnage : Baltimore

Encensée par la critique et primée par les récompenses, cette série dramatique brille par son réalisme et sa nature quasi-documentaire. Toutefois, The Wire n'a pas connu le même succès commercial et deux ans après son arrêt aux Etats-Unis.

The New York Review of Books mène une longue analyse et consacre l'authenticité de cette production, pionnière en la matière. Les spectateurs sont plongés dans le quotidien des habitants des cités de Baltimore. Policiers, enseignants, dealer, mère au foyer, juge, politique, chaque personnage est issu d'un casting toujours diversifié et très juste. Un épisode s'organise autour d'une personnalité qui livre sans détour la réalité de son quotidien. L'intrigue des saisons est structurée autour d'un crime, une affaire qui tient en haleine durant les 12 épisodes. Les 5 saisons forment une mosaïque, ingénieusement scénarisée, qui donne une vision sociologique dure mais réaliste.



David Simon considère par ailleurs ce travail d'écriture comme un « Roman » plutôt que de la « Télévision ». À ce sujet, le journaliste et éditeur américain Joe Klein affirme : « The Wire never won an Emmy? The Wire should win the Nobel Prize for literature! ». Le coffret permet en outre de visionner les 60 épisodes, 60 portraits, en une seule fois et peut légitimer sa qualification de roman. La ville est incarnée, sublimée, entachée et devient le protagoniste de cette série. Baltimore voit aujourd’hui des groupes entiers de touristes anglais qui viennent faire leur « Wire bus tour » dans la ville... Voyeurisme ou curiosité douteuse, ce nouveau tourisme traduit la réussite du créateur à produire une série réaliste basée sur l'enquête « sur écoute ». 
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Naissance d'un nouvel art qui dépasse la fiction

David Simon n'a pas couru après la reconnaissance de l'audimat, ni même de ses pairs. Pourtant, au terme des 6 années de production, la série The Wire fait office de référence pour les professionnels ou amateurs à l'instar des Sopranos ou actuelle série Mad Men. Le crime organisé, la corruption politique ou encore la pression sociale des "underclass" sont abordés en toute objectivité sur un fond de drame politique. Barack Obama affirma sa fascination pour cette série et plus particulièrement pour le personnage d’Omar little, véritable héros moderne. The Wire, traduit par « Sur écoute » en français, est la métaphore du réseau officiel mais surtout officieux entre les différentes institutions et les habitants de la ville. Entre les dockers de Baltimore, ses politiciens, ses écoles ou journalistes, chaque saison explore une institution et ses rouages.



Au terme de sa production, David Simon affirme que The Wire illustre la « mort du travail ». Au-delà de la perte de son travail, la série met en exergue la disparition de l'intégrité dans les systèmes de travail. Les départements de police manipulent les statistiques pour les politiciens alors que les journalistes montent leurs articles de toute pièce... Sans tomber dans les clichés ou le manichéisme surfait, David Simon signe une série authentique renforcée par la présence d'acteurs amateurs de tout horizon.
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Références

Tiffany POTTER, C.W. MARSHALL, The Wire, Urban Decay and American Television, Continuum, Novembre 2009
Rafael ALVAREZ, David SIMON, The Wire : Truth be Told, Grove Press, Mai 2010
Loorie MOORE, « In the Life of "The Wire" », www.nybooks.com, Octobre 2010
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