Al Jazeera s’exporte dans le monde

Article  par  Nicolas VAQUIER  •  Publié le 30.11.2011  •  Mis à jour le 30.11.2011
[ACTUALITÉ] Al Jazeera vient de lancer une nouvelle chaîne dans les Balkans en langue serbo-croate. Le géant du Qatar ne compte pas s’arrêter là : sa branche internationale Al Jazeera English est maintenant accessible en Inde, et il prévoit l’arrivée de nouvelles chaînes en turc et en swahili pour 2012.
Le 11 novembre 2011 à 18h, Al Jazeera Balkans a commencé à émettre. Installée à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, la nouvelle chaîne est accessible pour les téléspectateurs des sept pays de l’ancienne Yougoslavie. Les programmes sont diffusés en serbo-croate (auquel on préfère aujourd’hui le sigle BCMS pour bosniaque, croate, monténégrin et serbe), idiome commun de la région, qui devient ainsi la troisième langue de travail d’Al Jazeera après l’arabe et l’anglais. Des rédactions locales ont été ouvertes à Zagreb (Croatie), Belgrade (Serbie) et Skopje (Macédoine), et le site Internet dédié aux Balkans a également été lancé. Le groupe a investi 20 millions de dollars dans ce nouveau projet, dont 10 millions seulement pour les infrastructures.

Toits d'Al Jazeera Balkans
Toits des bureaux d'Al Jazeera Balkans.

Le projet Al Jazeera Balkans s’est concrétisé après le rachat en 2010 d’une chaîne de télévision locale bosnienne, NTV Studio 99, par le groupe qatari. Al Jazeera Balkans est une chaîne d’information en continu, en Haute Définition, disponible par le câble, le satellite et Internet. Son équipe se compose de journalistes issus de tous les pays d’ex-Yougoslavie, de correspondants dans quatre villes majeures de la région, et de reporters dans les grandes capitales occidentales et orientales. La chaîne peut en outre compter sur les 70 bureaux d’Al Jazeera déjà existants dans le monde.

Al Jazeera Balkans constitue la première chaîne d’information à échelle régionale depuis la dissolution de la Yougoslavie en 1992. Elle affirme vouloir reconnecter les peuples divisés par les guerres, en apportant une information « objective » et « professionnelle ». Elle interroge également le rôle des médias, qu’elle veut rendre plus « responsables », bien qu’encore perçus dans la région comme les relais des propagandes ethniques et nationalistes.

La télévision de Doha, qui fête ce mois-ci sa quinzième année d’activité, cherche à s’implanter dans les Balkans à l’heure où la plupart de ses concurrents les quittent. En début d’année, la BBC a en effet interrompu les programmes radio de son Service International en langues serbe, macédonienne et albanaise pour des raisons financières, après 70 ans d’existence. Elle avait déjà mis un terme à ses émissions en croate, bulgare et slovène les années précédentes. Pour ces mêmes raisons, RFI avait également abandonné la diffusion de ses programmes en serbo-croate et albanais en décembre 2009.

Au delà des Balkans, le géant qatari poursuit son expansion mondiale. Ainsi, sa version anglophone Al Jazeera English, lancée en 2006 pour le marché international et visible par 250 millions de foyers dans 130 pays, est aujourd’hui accessible en Inde via la plateforme Dish TV et vise les 11 millions de foyers qui y souscrivent. Son introduction sur le marché indien est le fruit d’une stratégie à long terme, puisque le groupe y avait installé, il y a cinq ans, un bureau d’environ huit journalistes et soixante pigistes pour alimenter son réseau international. Al Jazeera a également fait part de son intention de lancer une chaîne d’information en langue hindi dans le pays.

Plateau d'Al Jazeera Balkans
Plateau du journal d'Al Jazeera Balkans.

2012 pourrait bien être l’année de la conquête à l’international : l’acquisition en février dernier de la chaîne Cine 5 en Turquie pour 40 millions de dollars annonce le lancement prochain d’une chaîne en langue turque. Le groupe qatari vient en outre d’obtenir les droits pour l’installation d’une base à Nairobi dans les prochains mois, d’où elle pourrait émettre dans toute l’Afrique de l’Est en langue swahili, parlée par plus de 100 millions d’habitants. Le lancement devrait avoir lieu d’ici le mois d’août dans la capitale kenyane, qui héberge déjà les bureaux de CNN et de la BBC.

La stratégie d’internationalisation coûte cher au groupe, qui avec plus de vingt chaines, et cinq sites Internet - dont aljazeera.net, le site le plus consulté du Web dans le monde arabe - affiche un budget de 450 millions de dollars par an. Avec un modèle économique essentiellement basé sur le Free to air, un bouquet de chaînes satellitaires gratuites, le network cherche à attirer le plus grand nombre de téléspectateurs à travers son expansion et la création de moments télévisuels forts, lui permettant de pratiquer des tarifs publicitaires élevés.

Mais pour assurer sa pérennisation, la chaîne mise également sur un tout autre domaine que l’information : le sport. Outre ses vues appuyées sur l’Euro 2012 de football, qu’Al Jazeera souhaite diffuser en France, Al Jazeera Sports, avec ses dix chaînes payantes, a acquis les droits de diffusion de toutes les Coupes du monde depuis 2010 jusqu’à l’édition de 2022 qui aura lieu… au Qatar.


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Crédits photos :    
- Capture d’écran de la page d’accueil du site d’Al Jazeera Balkans
- Toits des bureaux d'Al Jazeera Balkans, OsamaSaeedDotOrg/Flickr.com
-  Plateau du journal d'Al Jazeera Balkans, OsamaSaeedDotOrg/Flickr.com

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