Aereo, la start-up qui inquiète les géants de la TV américaine

Article  par  Matthieu REBOUL  •  Publié le 29.04.2013  •  Mis à jour le 29.04.2013
Aereo et ses mini-antennes
[ACTUALITÉ] Le 23 avril 2013, Aereo annonçait le déploiement prochain de son service de télévision en streaming à Boston, trois semaines à peine après avoir remporté un procès contre les grands networks.
Lundi 1er avril 2013, la cour d’appel de New York a tranché en faveur d’Aereo dans le procès qui opposait la start-up à plusieurs chaînes et câblo-opérateurs américains. Considérant qu’Aereo utilisait des technologies déjà largement répandues, notamment dans les set-top box - les boxes commercialisées par les opérateurs Internet - le juge a conclu qu’il n’y avait pas de violation du copyright des diffuseurs.
 
Les utilisateurs d’Aereo, dont l’activité se concentre aujourd’hui sur la ville de New York, pourront donc continuer à regarder leurs chaînes et programmes préférés sur leurs mobiles et autres appareils connectés. La société propose, pour des montants compris entre 8 et 12 dollars par mois, l’accès à une trentaine de chaînes gratuites et des fonctions d’enregistrement de programme. Pour ce faire, elle capte grâce à des mini-antennes – une pour chaque abonné  – les contenus diffusés gratuitement par voie hertzienne, et les « redirige » vers ses utilisateurs via Internet.
 
 

Une mini-antenne Aereo
 
Inoffensive à première vue, cette pratique inquiète à plus d’un titre les acteurs de la télévision américaine. Contrairement au marché européen, où la diffusion hertzienne est largement répandue, l’immense majorité des foyers américains reçoivent la télévision via un raccordement au câble ou au satellite. Un service qu’ils paient parfois très cher – jusqu’à 100 dollars par mois – aux câblo-opérateurs, ces derniers reversant ensuite une partie de leurs recettes aux chaînes. Une source de revenus minoritaire pour ces dernières – 3 milliards de dollars chaque année – mais qui constitue une rente importante, à l’heure où les chaînes doivent investir dans des solutions pour répondre à la fragmentation des audiences sur les nouvelles plateformes digitales et faire face à la compétition accrue des pure players comme Netflix.
 
À l’inverse, Aereo, qui intercepte les signaux hertziens, ne paie rien aux chaînes qui s’estiment flouées. D’autant plus qu’Aereo permet par ailleurs de zapper les publicités au sein des programmes grâce à ses fonctions d’enregistrement.
 
Ces enjeux expliquent que les chaînes, malgré ce jugement en appel, ne soient pas prêtes à rendre les armes : elles ont déjà obtenu une première victoire en Californie contre un clone et concurrent d’Aereo, Aereokiller LLC, en s’appuyant sur une législation et une jurisprudence qui sont différentes de celles de l’État de New York. Ailleurs que sur le terrain juridique, NewsCorporation a menacé de ne plus diffuser ses chaînes Fox sur le canal hertzien, pour éviter qu’Aereo ne lui « vole son signal ». Une menace difficile à prendre au sérieux, puisqu’elle amputerait News Corp de 10 % de ses audiences et donc potentiellement de ses recettes publicitaires, mais cette tentative d’intimidation traduit le désarroi des acteurs historiques de la télévision américaine face aux nouveaux modes de consommation de la vidéo à l’ère du numérique.
 
Aereo poursuit malgré tout l’exécution de son plan de bataille : la start-up vient d’annoncer le déploiement prochain de son service à Boston et serait en train de négocier plusieurs partenariats pour élargir son offre. Avec deux  levées de fonds sur un an pour un total de 58 millions de dollars, l’entreprise a aujourd'hui les moyens de continuer son déploiement tout en faisant face à une bataille juridique.

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Crédits Photos :
Visuels du Kit Media d'Aereo.com
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