Du Kindle fire au Kindle Phone : Amazon prépare son smartphone

Article  par  Julia COULIBALY  •  Publié le 25.07.2012  •  Mis à jour le 26.07.2012
[ACTUALITÉ] Le 6 juillet 2012, Bloomberg dévoilait qu’Amazon pourrait se lancer sur le marché de la téléphonie mobile en commercialisant son propre smartphone, en partenariat avec Foxconn. Une rumeur confirmée par le Wall Street Journal, le 11 juillet.
La rumeur selon laquelle Amazon se lance dans la fabrication d’un téléphone circule sur Internet et dans la presse depuis plusieurs années ; en novembre 2011, des analystes du City Group annonçaient déjà l’association entre le fabricant taïwanais et le géant américain de la vente en ligne. Bloomberg affirme que la commercialisation de smartphones « offrirait à Amazon un plus large éventail de terminaux à bas prix pour renforcer sa stratégie dans les livres numériques, les chansons et les films. » Une stratégie qui l’a conduit à lancer sa liseuse électronique Kindle en 2007, et sa tablette tactile Kindle Fire en 2011. L’agence de presse américaine ne révèle aucune information concernant les spécifications techniques de l’appareil, son prix ou sa date de sortie, mais rapporte que l’entreprise de Seattle a embauché un spécialiste des acquisitions de brevets, Matt Gordon. Quelques jours plus tard, le 11 juillet ces allégations étaient confirmées par le Wall Street Journal selon lequel Amazon est en train de tester des modèles de téléphones et souhaite lancer la production de masse d’un mobile entre le dernier trimestre 2012 et le début de l’année 2013. Une chose semble entendue : s’il sort, il tournera sous une version modifiée du système d’exploitation Android qui permet de limiter l’accès aux seuls services et applications d’Amazon, comme pour la Kindle Fire.

Si l’on en croit les commentateurs spécialisés, le prix du mobile d’Amazon sera nettement inférieur à celui des smartphones de dernière génération proposés par Apple, Samsung, Nokia, ou HTC. Un argument de taille pour concurrencer des modèles bien établis sur le marché de la téléphonie mobile. « Nous élaborons des produits premium à des prix non-premium », déclarait Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, lors de la présentation de la Kindle Fire. Après avoir dominé le marché du livre électronique avec ses liseuses Kindle, la firme s’est lancée en novembre 2011 dans celui des tablettes en proposant un modèle à 199 dollars, alors que l’iPad d’Apple affiche un coût à partir de 499 dollars. La stratégie a fonctionné, puisque la Kindle Fire s’est placée au premier rang des ventes de tablettes sous Android. On peut d’ailleurs imaginer que c’est ce qui a poussé Google à lancer sa tablette, la Nexus 7, au même prix malgré des coûts de fabrication plus élevés et de meilleures performances.

Si Amazon peut se permettre de réaliser de faibles marges sur ses appareils électroniques, c’est parce qu’il compte réaliser des bénéfices avec la vente de ses contenus digitaux. Dans la continuité de sa liseuse et de sa tablette, son téléphone pourrait constituer l’outil de commerce en ligne de poche idéal, aussi bien pour les biens physiques que dématérialisés. Au-delà d’une simple prise de parts de marché, c’est le modèle offert par Amazon qui est intéressant. En effet, il existe une différence fondamentale entre les terminaux mobiles d’Apple (ou d’autres) et ceux d’Amazon, exprimée par le journaliste Steven Levy dans le magazine Wired lors du lancement de la Kindle Fire en novembre 2011  : « L’iPad est le produit phare de l’ère post-PC – dans laquelle l’ordinateur de bureau est remplacé par des tablettes minces, portatives, à reconnaissance de mouvements. Comme les gens vont s’en rendre compte, alors qu’Amazon l’expédie aujourd’hui, le 14 novembre, la Fire est l’emblème d’un monde post-web, dans lequel nos appareils ne sont que des moyens pour nous de se connecter directement avec les biens d’un data center. » Il explique que si les utilisateurs de l’iPad et du Kindle Fire exercent les mêmes activités, la philosophie qui se cache derrière ces deux tablettes ne pourrait être plus différente : Apple est fondamentalement un fabricant de matériel informatique, tandis qu’Amazon est une entreprise résolument tournée vers le contenu.

Mais le marché des smartphones n’est pas le même que celui des tablettes et l’entreprise Amazon va devoir relever un certain nombre de défis. Comme le souligne Read Write Web, si Amazon souhaite vendre son téléphone, il aura à négocier, d’une façon ou d’une autre, avec des opérateurs pour fournir l’accès au réseau mobile et la connectivité en 3G ou en 4G à ses clients. Quelle attitude adoptera le géant du commerce en ligne face à ces acteurs réputés conservateurs ? Le magazine The Verge titrait « Cinq ans après l’iPhone, les opérateurs sont la plus grosse menace pour l’innovation », tant il est difficile de faire entrer un nouveau téléphone dans leur catalogue. S’il y parvient, son « Kindle Phone » restera-t-il attractif face à des modèles dont le coût baisse lorsque le consommateur s’abonne à un forfait mobile ou renouvelle son engagement ? Par ailleurs, la conception d’un smartphone – qu’il s’agisse de ses spécifications techniques ou de ses fonctionnalités basiques (sms, appels) et incontournables (appareil photo) – est plus compliquée que celle d’une tablette ; un prix bas ne suffira pas à séduire les mobinautes.

--
Crédit photo : Flickr / blogeee.net
Vous souhaitez nous apporter un complément, rectifier une information ? Contactez la rédaction