Radio 2.0 : un nouvel âge d’or de la radio « sociale, locale et mobile »

Article  par  Claire KERHUEL  •  Publié le 30.10.2011  •  Mis à jour le 31.10.2011
Photo d'une radio "2.0" (réception analogique et numérique)
[ACTUALITÉ] Les Rencontres Radio 2.0 ont eu lieu pour la première fois en France le 19 octobre 2011 à Issy-les-Moulineaux. De nombreux professionnels sont venus débattre de l’avenir de la radio du point de vue de l’innovation et de la monétisation.
Les Rencontres Radio 2.0 ont réuni plus de 250 professionnels du secteur. Par ailleurs, les débats étaient disponibles à l’écoute en streaming pendant toute la journée du 19 octobre 2011 sur la page Facebook de l’événement et les sites partenaires. Ainsi, 3 452 auditeurs uniques se sont connectés à la webradio des Rencontres 2.0 Paris et les interventions seront prochainement disponibles en podcast via la page Facebook des Rencontres.
 
Programme des Rencontres Radio 2.0 et intervenants


Première bonne nouvelle pour le secteur, la radio a encore de beaux jours devant elle. Selon l’étude Media In Life[+] NoteRéalisée chaque année depuis 2005, cette étude explore les comportements des personnes de 13 ans et plus vivant en France en analysant la répartition des contacts Médias et Multimédias sur une journée.X [1], plus des trois quarts des français continuent d’écouter la radio quotidiennement (78 % des 13 ans et plus en 2010). Comme l’a souligné Clive Dickens, PDG de la radio commerciale britannique Absolute Radio, l’audio et la radio ne vont pas disparaître dans les années à venir. Au Royaume-Uni, c’est ainsi 82 % du temps d’écoute tous médias confondus qui est dédié à la radio[+] NoteSource : BBC Eartime Research, Radio Academy, podcast de juillet 2010.X [2]. De plus, la radio analogique AM[+] NoteIl s’agit de la diffusion en modulation d’amplitude « Amplitude Modulation » qui permet de diffuser en ondes courtes, moyennes et longues.X [3] ou FM[+] NoteProcédé de modulation de fréquence « Frequency Modulation ». Une des deux grandes méthodes de diffusion radiophonique aujourd’hui, utilisée uniquement en ondes courtes.X [4] conserve son traditionnel pic d’audience à 8h. L’étude Media In Life montre également que lors d’une journée moyenne en 2010, les 13 ans et plus ont 9 contacts par jour avec la radio hertzienne, ce qui reste largement supérieur aux autres formes d’écoute audio (CD, MP3, musique en streaming, web radio).
 
Cependant, la radio a évolué pour accompagner les changements de pratiques de ses auditeurs. Pour ne pas rompre le lien avec eux, « la radio doit s’adapter à l’évolution des comportements » selon Christophe Carniel, le PDG de Netia. Aujourd’hui, la « Radio 2.0 »[+] NotePour Médiamétrie, ce terme regroupe la radios en ligne, les webradios, les smartradios, et les plateformes de streaming, en France et à l’étranger, soit 107 domaines au total. X [5] représente plus de 14 millions de visiteurs uniques par mois en France selon les estimations de Médiamétrie//NetRatings sur le mois de juin 2011, c’est-à-dire, un internaute sur trois et 29 % des internautes qui écoutent une webradio le font tous les jours.

 Le 4ème âge d’or de la radio 
La question pour les professionnels est alors de savoir ce que le numérique change dans la façon de créer et de produire des contenus pour la radio.  En effet, plusieurs intervenants, dont Alexandre Saboundjian de Radionomy et Kurt Hanson le PDG de la webradio américaine AccuRadio[+] NoteIl est également l’auteur de la newsletter RAIN dédiée à la Radio 2.0.X [6], ont décrit la période actuelle comme le « nouvel âge d’or de la radio » ou encore le « 4ème âge d’or de la radio ». Pour Olivier Landau, directeur du pôle Multimédia de Sofrecom, la Radio 2.0 est « un objet vivant » par opposition aux programmes figés de la bande FM. Le voyage d’un contenu, quand on le retire d’un flux temporel, ouvre, alors, de nouvelles perspectives pour la radio.
 

La première table ronde sur « les nouvelles écritures radiophoniques, les nouveaux services et les nouvelles interfaces » avec Vincent Puig de l’IRI, Olivier Landau de Sofrecom, Albino Pedroia d’Onde Numérique, Christophe Carniel de Netia, et Olivier Carmona d’Awox/IMDA/LDNA
 
Cette rupture de timeline s’illustre, par exemple, avec la Catch-up radio[+] NoteDésigne l’écoute en différé d’émissions déjà diffusées à l’antenne ou de bonus disponibles sur le Web ou l’Internet mobile, via les podcasts ou le streaming différé.X [7] qui permet aux auditeurs de réécouter un programme radio. Pour Vincent Puig de l’Institut de recherche et d’innovation (IRI), l’IP et le réseau Internet permettent de développer de nouvelles formes d’écritures. La Radio 2.0 se distingue également par l’importance des métadonnées[+] NoteLe terme signifie « des données sur des données ». Elles ont pour but de décrire d’autres données. Elles peuvent être des informations complémentaires qui permettent de mieux comprendre une autre information. Source : http://www.graphic-evolution.fr/definition/metadonnees-64.html.X [8]. Ces « données sur des données », dans le cas de la radio, permettent notamment d’indexer le signal, c’est-à-dire de pouvoir le tagger ou le segmenter. Ces perspectives font l’objet d’expérimentations et de recherches comme par exemple le projet GRM webradios de l’Ina, qui utilise la timeline pour segmenter le son et y indexer de l’information. Pour les radios, c’est une porte d’entrée vers de nouveaux contenus, comme ceux qui ont servi à préparer une émission. L’évolution de Netia va également dans ce sens et montre l’importance prise par les métadonnées dans le quotidien des radios. Le fournisseur travaille d’ailleurs sur un nouvel outil de production/diffusion qui doit avoir la capacité de recueillir des métadonnées. Pour le PDG, les freins au développement de la Radio 2.0 se situent au niveau de la notion de droit d’auteur et de la transformation des métiers. En effet, les radios ne disposent souvent pas du budget nécessaire à l’embauche massive de spécialiste du Web dans les rédactions. L’enrichissement des programmes par les métadonnées est également coûteux du fait du système des droits d’auteurs.
 
Albino Pedroia, membre du Comité Stratégique d’Onde Numérique[+] NoteCette start-up toulousaine développe un bouquet de radios numériques composé de plus de 50 radios thématiques sans publicité accessibles par abonnement.X [9], insiste sur l’évolution des plateformes qui joue un rôle clé dans les changements de comportement. Il distingue deux types de diffusion aujourd’hui : la diffusion en numérique (broadcast numérique), qui s’adresse aux auditeurs en mobilité, et la diffusion en IP (broadband), qui peut être fixe de base ou mobile. Dans ce domaine, les diffuseurs passent progressivement de la 3G[+] NoteTroisième génération de réseaux mobiles, l’équivalent du standard européen UMTS (Universal mobile telecommunications system) qui permet aux appareils de communiquer à un débit théorique pouvant atteindre 2 Megabits/s, dans le but d’établir des transmissions de données, des communications multimédias et de faciliter l’accès à l’Internet.X [10] à la 4G[+] NoteQuatrième génération de réseaux mobiles qui possède des capacités techniques supérieures à sa version précédente en terme de qualité et de débit (entre 40 et 80 Megabits/s).X [11]. La diffusion sur un réseau IP en Wifi ou sur smartphones et tablettes avec la 3G permet, selon lui, « d’augmenter la spécialisation des programmes et d’introduire de nouvelles fonctionnalités de lecture et d’exploration des contenus. »
 
Dans ce contexte, la radio est en mesure de constituer l’un « des flux de la conversation généralisée que l’on observe sur les réseaux sociaux » selon Vincent Puig. Les « wikiradios », dont plusieurs exemples ont été développés par la société Saooti basée à Lannion, permettent ainsi d’enrichir le flux sonore. Par exemple, la wikiradio de l’université de Rennes 2 est une radio collaborative qui intègre un flux continue de commentaires et relaye les différents travaux de recherche de la faculté. Les tweets ont également fait leur apparition dans les émissions de radio, les organisations des Rencontres Radio 2.0 ont d’ailleurs utilisé ce canal pour dynamiser les échanges, relayant les questions posées sur Twitter. Un autre exemple d’enrichissement de contenu est celui de l’outil Debategraph utilisé par CNN.

Aujourd’hui, chaque auditeur est capable de créer son propre flux média (à l’image de Twitter ou de la Timelines de Facebook) qui constitue alors « un média dans le média », ce qu’Olivier Landau appelle à juste titre des « poupées russes de média ». Les intervenants craignent cependant que l’intervention trop fréquente de flux externes, tels que les tweets, viennent dénaturer l’essence même de la radio qui reste l’audio et réfléchissent plutôt à une intervention orale dans les émissions à partir du Web, à l'image du chat vocal qui pourrait, d’ailleurs, bientôt faire son apparition sur Facebook.

Les évolutions du réseau ont profondément changé les radios dont l'avenir préoccupent ses acteurs qui cherchent alors à adapter leurs contenus pour le Web. Clive Dickens est venu présenter sa stratégie de développement sur la Toile avec la déclinaison numérique de la radio qui représente maintenant 10 % des revenus d’Absolute Radio et 60 % de l’écoute. Alors que celle-ci ne représente aujourd’hui que 5 % du marché britannique des radios FM, sa stratégie lui permet de représenter entre 10 et 25 % du marché des contenus numériques.  L’enjeu pour une radio est en effet de développer sa présence sur les supports numériques en créant de nouveaux contenus capables d’être partagés facilement. Par exemple, l’utilisation de la vidéo est essentielle au rayonnement d’une radio sur la Toile. Pour Clive Dickens, l’enjeu est le temps que l’utilisateur passe avec sa marque, pas uniquement à écouter les programmes mais également à utiliser les applications.  Il s’inspire ainsi de la devise de l’Internet mobile, selon John Doerr de KPCB[+] NoteKleiner Perkins Caufield and Buyers est une société mondiale de capital-risque dédiée aux nouvelles technologies.X [12], qui est « SoLoMo » pour « Social Local Mobile ».
 
L’institut Médiamétrie a participé aux Rencontres Radio 2.0 pour présenter les « Chiffres Clés de la Radio 2.0 en France ». En un an, le nombre de sessions live des radios en ligne a augmenté de 27,3 % en France et la durée totale des sessions augmente d’environ 50 %. Par ailleurs, Médiamétrie est maintenant en mesure de fournir des mesures d’audience de la radio en streaming aux annonceurs. Cette nouvelle a réjoui ces derniers car les mesures d’audience n’étaient jusqu’ici pas assez fréquentes pour leur permettre d’acheter des espaces publicitaires aux radios en ligne. Or, comme l’a souligné, Clive Dickens les radios commerciales ont vu leurs revenus commerciaux décliner fortement ces dernières années. Les radios subissent en effet la concurrence de flux sur mesures proposés par des diffuseurs comme Pandora, Deezer ou encore Spotify, qui utilisent des algorithmes sophistiqués pour satisfaire les goûts des utilisateurs. Pour Alexandre Saboundjian de Radionomy : « on ne vendra plus aux annonceurs des radios, mais des auditeurs». Cependant, les formats publicitaires utilisés par les radios sur la Toile manque d’homogénéité pour permettre une monétisation efficace des contenus, les montants récoltés restant alors très faibles. 
 
Ces évolutions, à la fois de comportement des auditeurs et de production-diffusion des contenus, nécessitent une concertation accrue des professionnels du secteur, ce qui explique la multiplication des conférences et rencontres entre les acteurs de la radio et du numérique, tels les Radio Days Europe qui ont eu lieu à Copenhague en mars 2011.
 
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Crédits photos:
 
- Illustration de l'article : Highland Radio from Donegal on the Internet in London par Danny McL / Flickr ;
- Programme
Radio 2.0 Paris / Page Facebook de l'évènement ;
- Photo de la premère Table ronde / Page Facebook de l'évènement ;
- Radio Debian par aloshbennet / Flickr.
  • 1. Réalisée chaque année depuis 2005, cette étude explore les comportements des personnes de 13 ans et plus vivant en France en analysant la répartition des contacts Médias et Multimédias sur une journée.
  • 2. Source : BBC Eartime Research, Radio Academy, podcast de juillet 2010.
  • 3. Il s’agit de la diffusion en modulation d’amplitude « Amplitude Modulation » qui permet de diffuser en ondes courtes, moyennes et longues.
  • 4. Procédé de modulation de fréquence « Frequency Modulation ». Une des deux grandes méthodes de diffusion radiophonique aujourd’hui, utilisée uniquement en ondes courtes.
  • 5. Pour Médiamétrie, ce terme regroupe la radios en ligne, les webradios, les smartradios, et les plateformes de streaming, en France et à l’étranger, soit 107 domaines au total.
  • 6. Il est également l’auteur de la newsletter RAIN dédiée à la Radio 2.0.
  • 7. Désigne l’écoute en différé d’émissions déjà diffusées à l’antenne ou de bonus disponibles sur le Web ou l’Internet mobile, via les podcasts ou le streaming différé.
  • 8. Le terme signifie « des données sur des données ». Elles ont pour but de décrire d’autres données. Elles peuvent être des informations complémentaires qui permettent de mieux comprendre une autre information. Source : http://www.graphic-evolution.fr/definition/metadonnees-64.html.
  • 9. Cette start-up toulousaine développe un bouquet de radios numériques composé de plus de 50 radios thématiques sans publicité accessibles par abonnement.
  • 10. Troisième génération de réseaux mobiles, l’équivalent du standard européen UMTS (Universal mobile telecommunications system) qui permet aux appareils de communiquer à un débit théorique pouvant atteindre 2 Megabits/s, dans le but d’établir des transmissions de données, des communications multimédias et de faciliter l’accès à l’Internet.
  • 11. Quatrième génération de réseaux mobiles qui possède des capacités techniques supérieures à sa version précédente en terme de qualité et de débit (entre 40 et 80 Megabits/s).
  • 12. Kleiner Perkins Caufield and Buyers est une société mondiale de capital-risque dédiée aux nouvelles technologies.
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