Quand la radio se révolte

Article  par  Sebastien POULAIN  •  Publié le 05.10.2016  •  Mis à jour le 18.10.2016
Radio debout
Peu coûteuse, facile à installer et à diffuser, la radio reste un média de choix lors des mouvements de contestation.


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C’est un fait, la radio est un média ancien qui peine parfois à se renouveler comme on peut le voir à propos de la Radio Numérique Terrestre. Les personnes qui se sont aventurées sur la place de la République à Paris à partir du 6 avril 2016 à 18h étaient donc surprises de voir un écriteau suspendu à l’entrée d’une tente avec marqué dessus « Radio Debout ». Pourquoi se mettre autour d’une table tous les soirs pour tendre le micro aux « deboutistes » à l’heure d’internet et des réseaux sociaux ?
 
Pour contester et mettre en mouvement la société – ses normes, ses hiérarchies, ses institutions –, la maîtrise des différentes formes de médiation semble plus que jamais indispensable. Il s’agit d’entrer en communication avec les activistes, ceux qui sont susceptibles de l’être, ceux qui doivent en tenir compte et ceux qui s’opposent.
 
Les activistes sont donc particulièrement intéressés par ce qui se dit sur leurs combats dans les médias : les revendications sont-elles visibles, compréhensibles, complètes, valorisées, encourageantes ? à défaut, ils ont tout intérêt à médiatiser eux-mêmes leur activisme, donc à devenir des « médiactivistes ». Mais pourquoi des radioactivistes via des « radios-tract » (temporaires) ou des « radios de siège » (permanentes) ?

La tradition du rôle de la radio dans les luttes

La radio est un média particulièrement politisé. Les « matinales » des radios généralistes, où sont atteints les sommets d’audience, en témoignent : c’est une bataille d’éditorialistes, chroniqueurs, intervieweurs. Même les radios commerciales musicales et « jeunes » donnent à écouter des « flashs infos » et jouent un rôle dans la communication politique.
 
Mais au-delà de ces médias dominants dits mainstream qui revendiquent globalement la fabrication d’informations objectives, il existe une longue tradition de radioactivisme où la subjectivité est davantage assumée. En effet, il s’agit de compenser ce qui est considéré comme une fausse (et aliénante) objectivité journalistique qui est expliquée par des problèmes de concentration, l’existence de « barons des médias » ou encore l’intervention des politiques.
 
Radio CarolineMais les causes et objectifs des radios mouvementistes sont nombreux : lutte pour la fin d’un monopole hertzien ou le début de la démocratie, appel à manifestation ou à l’insurrection, tromperie de l’ennemi ou opération de pacification, empowerement des individus ou animation d’une communauté… D’où une diversité socio-historique : les radios off shore de la mer du Nord, les radios locales inuit, les radios autonomiques espagnoles, les radios libres franco-italiennes, les radios indigènes sud américaines… D’où aussi des difficultés à les catégoriser et une profusion d’appellations : citoyennes, populaires, autonomes, militantes, alternatives, sociales, radicales, contestataires, clandestines, communautaires, rebelles, participatives, d’intervention, subversives, de lutte
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Le porte-parole des luttes socio-économiques

L’outil radiophonique a porté deux types de mouvements sociaux : les mouvements traditionnels et les nouveaux.
 
Les mouvements sociaux traditionnels socio-économiques (niveau de salaire, durée du temps de travail, âge de la retraite, refus des licenciements…) ont été particulièrement soutenus par des radios. Ainsi, les « radios minières » Radio Sucre en 1947, ou encore Voz del Minero en 1953 donnent à leur audience l’accès aux micros dans les rues, les marchés, les mines et permettent des réunions communales dans ses locaux. Grâce à elles, les mines d’étain de la Cordillères des Andes qui appartiennent aux oligarques sont nationalisées pendant la révolution bolivienne de 1952.
 
En France, ce sont les 15 000 licenciements de sidérurgistes prévus en 1978 dans la région de Longwy qui mènent à la lutte. D’où la naissance le 16 décembre de la petite radio SOS emploi de la CFDT, puis, trois mois après, de la célèbre Lorraine Cœur d’Acier de la CGT qui ont donné la parole à toutes les expressions, témoignages, ressentis, revendications.
 
La radio devient l’outil obligé de tous les combats syndicaux : CNAM en mai 1977, Saint-Anne en juin 1978, Radio Franche et Franche Inter à la SFP en février 1979, SAM (Société des Ateliers de Méditerranée) à Marseille en novembre 1979, Alsthom à Belfort en 1979 grâce au matériel de Radio Ondes Rouges... La CGT étant mécontente du traitement médiatique des élections prud’homales de 1979, elle lance l’opération « radios-luttes » en multipliant les radios départementales (33, 52, 75, 76, 83, 92, 93, 94, Quinquin du Nord et du Pas-de-Calais) et communales (Billancourt, Penn ar Bed, LCA-Moyeuvre, LCA-Nancy).
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Faire évoluer la société grâce à la radio

 Toute radio qui émet avant la prise de pouvoir de Mitterrand en 1981 participe d’un mouvement de libération des ondes que les radiolibristes lient aux droits de l’homme  Les radioactivistes ont aussi largement soutenu les « nouveaux mouvements » qui portent sur des aspects davantage sociétaux liés à la sexualité, au genre, à la langue, à la couleur de peau, la communication… Ainsi, toute radio qui émet avant la prise de pouvoir de Mitterrand en 1981 participe d’un mouvement de libération des ondes que les radiolibristes lient aux droits de l’homme dans le domaine de la communication (la CEDH amplifiée par le rapport McBride) : liberté d’informer, d’être informé, de communiquer, d’expression, d’entreprendre… Aux États-Unis, le réseau Prometheus Radio Project a obtenu en 1996 la signature du « Communication Act » pour laisser de la bande FM aux radios communautaires et indépendantes.
 
Et les activistes souhaitent utiliser la radio pour d’autres combats sociétaux. En France, à côté des radios très politiques (Radio 93, Radio Canuts, Radio Barbe Rouge…), il y a Fil Rose, Mauve et Fréquence Gaie pour les homosexuels, les Radioteuses et Radio Pleine Lune pour les combats féministes, les radios Beur, Soleil ou Gazelle pour les immigrés, les radios Occitane ou Gure Irratia pour différentes langues et cultures régionales, Radio Active, Plogoff et les radios vertes contre le nucléaire
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La voix nue, un atout pour informer

 La radio oblige aussi à se focaliser davantage sur le contenu que sur la personne et les enjeux d’apparence  Très concrètement, le « journal sans papier et sans frontière » selon Lénine peut être compris par les analphabètes qui représentent 30 % des portugais pendant la très radiophonique Révolution des Œillets. La radio oblige aussi à se focaliser davantage sur le contenu de ce qui est dit que sur la personne et les enjeux d’apparence (jamais totalement absents). C’est ce qui a le plus intéressé les intellectuels Umberto Eco, Gilles Deleuze, Félix Guattari… qui ont soutenu les radiolibristes dès 1977. Pour Félix Guattari, la radio doit être « un instrument de renouvellement des moyens d’expression des luttes sociales et nullement comme une fin en soi ».

Les fondateurs italiens de Radio Alice, qui se réclament de Maïakowsky et du mao-dadaïsme et qui sont influencés par l’utopie « deleuzoguattarienne » et Michel Foucault, ont particulièrement appliqué cette injonction. Ils n’hésitent pas à mêler musiques, poésies, modes d’emploi, canular, politique-fiction avec des bruits impromptus, toutes sortes de ton de voix, et autres disputes (simulées ou réelles) lorsqu’ils informent sur l’actualité. Ainsi, celle qui est parfois surnommée « radio-crachat » et qui est diabolisée par les autorités invente une nouvelle parole radiophonique pour construire sa propre mythologie : un « langage mineur » - argot, dialecte, patois, local, maladroit, heurté, désarticulé – ou « trash » qui est en soi subversif par rapport aux institutions nationales très homogénéisantes, centralisatrices, neutralisatrices.
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Le média du direct

 En dehors de la personne qui est derrière le micro, nul ne sait ce qui va être dit la seconde d’après  Jusqu’à l’arrivée des chaînes « tout-infos » et d’internet, la radio est le média du direct. Celui qui parle dans le micro est la plupart du temps contemporain de celui qui écoute. C’est une des forces principales de la radio et qui lui donne un caractère subversif : en dehors de la personne qui est derrière le micro, nul ne sait ce qui va être dit la seconde d’après. Selon Bruno Giorgini, fondateur de Radio Alice, « La radio est le moyen de communication le plus révolutionnaire, c’est-à-dire le moyen le plus immédiat, celui qui nous permet de donner la parole directement à ceux qui ne l’ont jamais eue. Cela n’est guère possible avec un journal. Il y a toujours une médiation nécessaire, une réécriture, même quand on veut faire un journal ouvert. »
 
Ainsi, Radio Alice décrit en direct des mouvements des forces de l'ordre dans la rue et appels à rassemblements pendant le Movimento à Bologne en 1977.Ses animateurs sont poursuivis en justice pour incitation à l’insurrection : Bifo a dû se réfugier en France en mars 1977 jusqu’en mars 78 où il est arrêté.
 
Mais quand les radios subissent une répression d’État ou des factions adverses, il devient difficile de produire et d’émettre en direct. Donc Radio Riposte, qui a émis depuis le siège du Parti Socialiste, Radio Verte et d’autres radiolibristes utilisaient des enregistrements. Cela permet de faire la disjonction entre la production (préparer, réaliser, enregistrer, monter) et sa diffusion (trouver et rassembler le matériel, annoncer, chercher l’endroit le plus pratique et protégé). Au final, les énergies et les chances de réussite sont optimisées.
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L’atout technologique de la radio

En plus du direct, la radio bénéficie de la simplicité, la souplesse, la légèreté, la maniabilité.Les radiolibristes qui ont pensé qu’ils pourraient lancer des télévisions pirates (Canal 24, Antène 1, TIME !) aussi facilement se sont cassés les dents. La radio bénéficie d’avantages autant au niveau de la réception (grâce aux transistors qui permettent une réception FM en déplacement) que de la production (grâce aux radiotéléphones, aux magnétophones Revox et Nagra…).
 
 Les activistes doivent faire face aux autorités qui utilisent le brouillage, la dissolution des associations, la saisie du matériel, l’arrestation et l’inculpation  Cet atout est nécessaire car les activistes doivent faire face aux autorités qui utilisent le brouillage, la dissolution des associations, la saisie du matériel, l’arrestation et l’inculpation. En France, dès 1977, le pouvoir se dote d’un outil de brouillage qui avait été utilisé contre Radio Andorre en 1948 et 1949 À la place de l’émission de Radio Active en lutte contre Superphénix, c’est un sifflement se modulant entre l’aigu et le grave que l’on peut entendre en février 77. Pour lutter contre une tentative d’émission de Radio Verte le 16 mai 1977, TDF, à qui est confié le monopole du brouillage en plus du monopole de la diffusion, utilise deux contre-émetteurs depuis la tour Eiffel : un sur la fréquence annoncée par la radio et un 50 hz plus bas. Par ailleurs, un hélicoptère de la protection civile tente de repérer l’antenne par radiogoniométrie, un procédé qui détecte la direction d’un émetteur fixe ou mobile par triangulation. Globalement, le brouillage est plutôt efficace malgré les oppositions des syndicats (qui obligent TDF à confier le brouillage sur Paris à sa filiale TDI moins syndiquée) et le fait que les salariés arrêtent de travailler de 22h30 à 7h.
 
Dès lors, une stratégie possible pour continuer à diffuser est de multiplier les émetteurs. Radio Verte Fessenheim (printemps 1977) parvient à échapper à la répression et à émettre dans le Haut et le Bas Rhin mais aussi en Allemagne et Suisse grâce à la décentralisation de la production et la multiplication des petits émetteurs : 1 puis 6 puis 15.
 
 À Paris en 1980, la très expérimentatrice Radio Ici & Maintenant trouve une solution plus subtile mais tout aussi efficace : le matériel de studio est raccordé à l’émetteur par téléphone. Une demi-douzaine d’antennes est installée dans Paris. Seul l’émetteur se déplace grâce à un taxi. Un équaliseur, situé au début et à la fin de la liaison, permet de conserver un son malgré la mauvaise qualité sonore de la liaison téléphonique. Ainsi, la radio dispose de matériel basse fréquence (platines, tables de mixage, micros…) ayant peu de chance d’être saisi. Le matériel haute fréquence (émetteur antenne), qui peut seul être détecté par radiogoniométrie, se trouve ailleurs.
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Émettre, un moyen de lutte accessible à petit prix

Le problème du financement se pose aussi vite que les questions techniques. Deux types de problématique se posent : les « radios-tract » ont une activité le temps d’une lutte ; celles que l’on peut appeler « radios de siège » veulent s’installer dans la durée. Dans les premières, on peut compter sur le bénévolat des militants et sur l’argent de l’organisme derrière la lutte qui utilise la radio comme un instrument de communication parmi d’autres.
 
Mais la problématique est différente pour les « radios de siège ». En France, le futur mode de financement des « radios libres » a fait l’objet de discussions décennales parmi les partisans d’un tiers secteur radiophonique, notamment au sein des réseaux radiophoniques alternatifscomme l’AMARC. Le financement par les concerts, adhésions ou dons d’auditeurs… trouve vite ses limites quand il s’agit de rémunérer des permanents très utiles pour une radio.
 
Néanmoins, la pacifiste, anarchiste et contreculturelle KPFA de Berkeley, qui débute ses programmes en 1949 et qui est la première radio à légitimer le cannabis et à diffuser en 1956 une émission LGBT via la lecture du poème Howl de Ginsberg, est aussi la première radio financée par ses auditeurs. En Bolivie, les ouvriers donnaient la moitié de leur salaire d’une journée de travail pour financer les « radios minières ».
 
La « théorie du moyen pauvre » a même été revendiquée. Selon celle-ci, le militantisme radiophonique ne pouvait passer que par des radios ayant peu de moyens (à l’opposé des radios de masse commerciales ou publiques) : un équipement simple facilement appropriable et fiable avec de nombreux émetteurs étaient censés être plus efficaces face à la répression, des structures informelles, un personnel bénévole, des locaux temporaires, des rentrées financières irrégulières, des émissions à la fréquence et au contenu variables, une participation des usagers à la création et à la gestion…
 
La radio est le média qui a le meilleur rapport coût/pénétration : faible coût de production (grâce à l’industrialisation du matériel) et de réception (encore aujourd’hui en Afrique, la TV a un taux de pénétration d’environ 34 % contre  80 % à 90 % pour la radio.) mais une large diffusion (surtout par rapport au super 8, aux diapos, posters…). D’où l’idée des révolutionnaires cubains de passer de « Radio Bemba » - système du « bouche à oreille » - à Radio Rebelde – Ernesto Guevara ayant observé l’efficacité de radio de la CIA La Voz de la Liberacion au Guatemala en 1954. En 1977, alors que débute la « bataille des radios libres », le coût d’un émetteur professionnel coûte entre 60 000 et 150 000 F[+] NoteSoit actuellement environ 34 000 et 86 000 euros.X [1]. Mais il est possible de s’en procurer de moindre qualité à partir de 35 000 F[+] NoteEnviron 20 000 euros.X [2], voire de le fabriquer soi-même pour 3 500 à 5 000 F[+] NoteEntre 2000 et 3000 euros.X [3]. En 1981, la Société Radio Techni Ville propose d’installer des studios « clé en main » pour 70 000 à 250 000 F[+] NoteEntre 26 000 à 92 000 euros.X [4] quand il faut investir environ 30 millions de F[+] NoteEnviron 11 millions d’euros.X [5] pour diffuser 100 000 exemplaires d’un quotidien.
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Pour lutter, un média toujours d’actualité

Emission L'Actualité des luttesCompte-tenu de ces difficultés et des postradiomorphoses, Radio Debout a fait le choix de la webradiophonie hébergée sur la plateforme live radio Mxlr qui permet en parallèle des chats, quand les discussions n’ont pas lieu sur les réseaux sociaux. Ses animateurs ont un micro dans une main et un smartphone dans l’autre. Dans le contexte occidental et même franco-parisien, il était difficilement envisageable de mettre en place une Radio Debout « libre » hertzienne même temporaire.
 
Pourtant des « radios pirates » continuent à émettre à certaines heures en Hollande, Belgique, Danemark sur les ondes courtes qui ont été abandonnées des services de transmission des États au profit des liaisons cryptées par satellites. Mais ce sont des radios musicales.
 
Il est aussi légalement possible de créer des radios temporaires en France. Il faut pour cela remplir un dossier conséquent prévoyant les conditions techniques et économiques mais aussi la thématique (forcément locale, sportive, culturelle ou pédagogique) et la grille des programmes puis envoyer le tout au CSA. Le dossier doit être étudié 3 mois au moins avant le début de la diffusion qui peut durer jusqu’à 9 mois. On est loin de Radio Larzac (qui émet grâce au matériel de Radio Barbe Rouge de Golfech) et de Radio Active (qui émet à Malville grâce au matériel de Radio 93) de l’été 1977, ou de TAR (Temporary Autonomous Radio, inspirée des TAZ) qui émet à Montréal dans les années 2000 avec un émetteur d’un watt sur 90.7 FM de façon récurrente mais toujours temporaire et illégale.
 
Une Radio Debout hertzienne a néanmoins existé : elle a été diffusée Place de la République sur le 107.6 puis sur le 107.9 grâce à une camionnette Renault C15 blanc sur lequel trônait une antenne. Mais il s’agissait d’une radio pirate musicale animée par des DJ.
 
L’illégalité, le caractère officieux, l’émission par voie hertzienne, la mobilité, la diffusion temporaire, l’organisation informelle, l’autofinancement, la lutte pour un objectif précis et unique, l’adversaire clairement identifié, la radicalité de l’action et des propos tenus ne sont de toute façon pas des conditions indispensables pour constituer des radios alternatives À ce modèle idéal-typique de la « radio-tract » s’ajoute celui des « radios de siège ». Celles-ci sont aussi alternatives, mais elles perdurent sur plusieurs années, ont des structures juridiques (souvent associatives), sont autorisées par les institutions publiques, ont une fréquence hertziennes, bénéficient de plusieurs types de financement, ont pignon sur rue dans des studios immobiles, font des compromis (avec les idéologies, les institutions, les individus) et ont donné de la place à une diversité (parfois contradictoire) des expressions, projets, revendications, et tendances politiques, associatives, syndicales (dans les limites de la ligne éditoriale).
 
Pour trouver des points communs à ces radios, on peut dire en simplifiant et généralisant que, par rapport aux médias dominants, elles créent d’autres espaces publics, jouent d’autres rôles dans la cité (entraide, solidarité, organisation, contestation), développent d’autres compétences et pratiques (les tâches techniques, journalistiques, communicationnelles pouvant être partagées), proposent d’autres formes de communication (sociale, horizontale, critique, interculturelle, constructive, interactive), diffusent d’autres idées (progressistes, contreculturelles, gauchistes, libérales, révolutionnaires), exigent d’autres revendications (de nouveaux biens sociaux, économiques, sociétaux, politiques), ont un autre agenda (par rapport aux médias commerciaux et étatiques ou aux politiques et institutions), mettent en valeurs et donnent la parole à d’autres personnes comme les dominés, exclus, pauvres, stigmatisés, précaires, amateurs, prisonniers (comme à Radio Trouble-Fête, Galère, Libertaire, Canal 9, Canal Sud, FPP)…
 
Ainsi, les radioactivistes sont des générateurs permanents et évolutifs de marges oppositionnelles, compte-tenu des idéologies qu’elles portent et de leurs modèles économiques : peu de moyens financiers ; beaucoup de bénévolat ; une dépendance vis-à-vis des aides publiques ou semi-publiques, peu de publicité…
 
Mais on ne sait pas toujours d’où va venir la révolte. Les radios clandestines blanches, grises et noires ont joué des rôles mouvementistes. Les radios pacifistes onusiennes aussi. Des radios religieuses encore : Radio Sutatenza en Colombie, Radio Pio XII en Bolivie, Radio Renascença au Portugal… Si le tiers secteur radiophonique était présent à Radio Debout via la radio associative Campus, ses ressources humaines étaient en partie originaires de la radio publique et même commerciale (Nova). Il n’y avait qu’à réactiver les relations mises en place lors de la grève de 28 jours de 2015 tout en s’inspirant du documentaire très radioactiviste Making Waves qui venait d’être diffusé sur France Culture. Personne n’a le monopole de la volonté de changer le monde pour le rendre plus vivable et aimable par la radio !
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Références

Claude COLLIN, Ondes de choc : De l’usage de la radio en temps de lutte, L’Harmattan, 1982
 
John D. H. DOWNING, Encyclopedia of Social Movement Media, Sage, 2011
 
Thierry LEFEBVRE et Sebastien POULAIN (sous la direction de), Radios libres, 30 ans de FM°: la parole libérée ?, INA/L’Harmattan, 2016

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Crédits photos :
Radio Debout. Avec l'aimable autorisation de Radio Debout.
Radio Caroline [La radio émet toujours, depuis son site internet]. Pia Roussel - Ina. Avec l'aimable autorisation de Radio Caroline.
Émission L'Actualité des luttes sur Radio Fréquence Paris Plurielle. Avec l'aimable autorisation de L'Actualité des luttes.
 

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  • 1. Soit actuellement environ 34 000 et 86 000 euros.
  • 2. Environ 20 000 euros.
  • 3. Entre 2000 et 3000 euros.
  • 4. Entre 26 000 à 92 000 euros.
  • 5. Environ 11 millions d’euros.
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