Quelle stratégie plurimédia pour Ouest France ?

Article  par  Jérémie POIROUX  •  Publié le 25.06.2014  •  Mis à jour le 25.06.2014
L'édition du soir de Ouest France
Ouest France est le premier quotidien de France. Il a développé très tôt son offre numérique et travaille sur la complémentarité des supports. Entretien avec François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef du journal.

En quoi consiste votre travail ?

François-Xavier Lefranc : Je travaille à Ouest France depuis 1985. J’ai occupé plusieurs fonctions au sein du journal. J’ai été localier, directeur départemental dans l’Orne et dans la Manche, rédacteur en chef de L’édition du dimanche, puis directeur de l’information régionale et locale. Je suis maintenant rédacteur en chef de Ouest-France, responsable de l’ensemble des contenus produits par la rédaction.


 
Quelle est la situation économique du journal ?

François-Xavier Lefranc : Nous nous attendons à une stagnation de la diffusion en 2014 grâce à des évènements porteurs comme les élections municipales après une légère  baisse en 2013. Mais notre audience augmente fortement, grâce aux efforts sur le numérique. Nous sommes, comme toute la presse, confrontés à une chute des recettes publicitaires. 35 % des recettes du journal proviennent de la publicité.
 
Quel est votre modèle économique ?

François-Xavier Lefranc : Nous engrangeons des recettes avec la diffusion et la publicité sur le papier et en ligne. L’édition du soir sera un média payant. Nous fondons beaucoup d’espoirs sur le numérique payant. L’édition du soir est le premier média français conçu spécifiquement pour la tablette numérique. Il est mis en ligne tous les soirs du lundi au vendredi à 18 heures depuis six mois.

Ce pari est-il basé sur une étude ?

François-Xavier Lefranc : Oui. L’édition du soir est un nouveau media, sur un nouveau marché. Nous avons regardé ce qui se fait à l’étranger. Des journaux ont développé des applications numériques de ce type.  Nous développons des produits payants à haute valeur ajoutée journalistique Nous sommes toujours en phase test. Nous souhaitons poursuivre le fort développement de notre audience internet, et développer des produits payants à haute valeur ajoutée journalistique.

Avez-vous mis en place un paywall ?

François-Xavier Lefranc : Aujourd’hui, le site est en accès gratuit. Nous n’y publions quasiment plus d’articles du journal papier en libre accès. Si vous voulez lire un article du journal, il faut le payer. L’édition du soir sera également payante. Nous souhaitons qu’il y ait du rebond d’un support à l’autre.

L’information doit être produite en pensant au site internet, à L’édition du soir et au journal papier. Qu’est-ce que le journal papier va apporter de plus à L’édition du soir de la veille ? C’est la très complexe question de la complémentarité des contenus. Nous travaillons vraiment dessus.
 
Quelles sont les particularités de chaque support ?

François-Xavier Lefranc : Le journal papier et L’édition du soir sont des lieux d’approfondissement de l’information. Le site internet est le lieu de l’information en continu sur lequel nous devons avoir une grande réactivité. Nous enregistrons 16 millions de connexions par mois car nous proposons des pages locales et des espaces régionaux. Nous sommes également très réactifs sur l’actualité internationale et nationale. À ce jour, 20 000 internautes sont abonnés à la version numérique du journal. Le numérique élargit notre champ d’audience potentielle 

Le numérique apporte deux bonnes nouvelles. La première est qu’il offre un champ d’audience potentielle extraordinaire qui va au-delà de notre zone historique. L’autre bonne nouvelle du numérique payant est qu’il pousse à toujours plus de qualité. Nous devons produire des contenus de haute qualité pour que les internautes les paient.
 
Qu’apporte L’édition du soir ?

François-Xavier Lefranc : Sur L’édition du soir, il y a de l’actualité internationale et nationale développée avec des reportages et des analyses, des angles surprenants et insolites. Nous y proposons aussi une partie plus interactive, avec des contenus culturels ou des jeux.
On y trouve une sélection de l’information du jour et l’approfondissement d’un fait de l’actualité. Nous apportons un soin particulier au travail photographique, à la vidéo.
 
Pourquoi avez-vous fait de la tablette numérique le support de L’édition du soir ?

François-Xavier Lefranc : La tablette numérique devient un objet du quotidien. 29 % des foyers français en sont équipés. En 2015, la barre des 50 % sera franchie. La courbe d’équipement devrait même dépasser celle de l’équipement en smartphone. Il se vend déjà plus de tablettes que d’ordinateurs dans le monde.  La tablette devient un objet du quotidien  La tablette est utilisée le matin et le soir entre 18 et 23 heures avec la pratique du double écran. En soirée, les gens auront le temps de lire, découvrir et apprendre des choses sur les émissions qu’ils sont peut-être en train de regarder à la télévision.
 
D’autres médias dans le monde ont développé ce type de produit, comme O Globo au Brésil et De Standaard en Belgique.
 
Avez-vous placé un support au centre de votre stratégie ?

François-Xavier Lefranc : Non, tout doit marcher ensemble. Très concrètement, la journée commence par une réunion de rédaction multi-support avec tous les chefs de service. Nous regardons ce que nous allons développer sur le papier ou sur le numérique et comment les trois médias vont travailler intelligemment pour renvoyer de l’un vers l’autre.
 
L’organisation internet de Ouest France change-t-elle avec le numérique ?

François-Xavier Lefranc : Nous sommes en train d’aménager une Newsroom de 2000 mètres carrés. Tous les services vont travailler ensemble, en échange permanent, pour faciliter la coordination des contenus.
Le journal investit aussi dans des rotatives. Nous ne sommes pas du tout dans une logique d’abandon du papier. Nous réfléchissons également à son avenir. Ces dernières années, nous sommes passés de 46 à 53 éditions locales.
 
 Nous réfléchissons également à l’avenir du journal papier Le pari de la rédaction est de passer de la production d'actualité pour un média et un site internet à la production d’actualité pour deux médias d’approfondissement et un site d’information en continu.
Il y a évidemment toujours une part d’inconnue, notamment sur le modèle économique à long terme. Mais ce qui est sur, c’est que l’avenir passe par le numérique.
 
Les effectifs de la rédaction baissent-ils ?

François-Xavier Lefranc : Les effectifs ne baissent pas. Le journal a mis en place un plan de départ volontaire mais qui ne concerne pas les journalistes.
 
Avez-vous une direction de la prospective ou un laboratoire à Ouest France ?

François-Xavier Lefranc : Nous avons depuis longtemps le service Recherche et Développement. Celui-ci fait des études en permanence, analyse ce qui se fait ailleurs et étudie la façon dont les produits sont reçus par le public. Le service travaille aussi bien sur le papier que sur le numérique.
Il est évident que le numérique est un laboratoire permanent.  Le numérique implique un vrai travail collectif 

À l’époque du tout-papier, les rédactions vivaient avec un rythme qui était toujours un peu le même. Avec le numérique, il faut être en capacité d’adaptation permanente. Cela implique un vrai travail collectif. Aujourd’hui, il faut décloisonner les rédactions et le management doit évoluer dans ce sens. Transversalité et collectif sont les deux mots clés.
 
En quoi le métier de journaliste à Ouest France a-t-il évolué ?

François-Xavier Lefranc : Les techniques, les supports et les organisations évoluent. La solution à toutes les questions passe par les fondamentaux du métier. Nous devons nous demander ce qu’est une bonne information. Sommes-nous capables de réaliser des bonnes enquêtes, des bons reportages et d’avoir une vraie proximité avec nos lecteurs ? Le numérique va ramener les rédactions sur le cœur du métier. Cela me rend très optimiste.
 
Quelles sont selon vous les conséquences de la concentration du marché de la PQR ?
 
François-Xavier Lefranc : Il faut se demander si les titres vont pouvoir résister et s’adapter. Parfois, la survie passe par la concentration. Tout le monde aimerait voir des journaux naître plutôt que mourir.
Les différents quotidiens du groupe SIPA Ouest France ont chacun une ligne éditoriale très différente comme par exemple Le Courrier de l'Ouest et Ouest France dans le Maine-et-Loire.
 
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Crédits Photo :
Ouest France / Visuels presse
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