Presse sur iPad : un piège Apple ?

Article  par  Marc JAHJAH  •  Publié le 01.02.2011  •  Mis à jour le 01.02.2011
[ACTUALITÉ] Début avril, les éditeurs de presse seront contraints à un nouveau règlement fixé par Apple : ils devront passer exclusivement par iTunes pour contracter des abonnements.
Les éditeurs de presse ont actuellement deux moyens pour diffuser leurs magazines sur l'iPad et l'iPhone. Le premier concerne l'achat au numéro et passe exclusivement par le système de tarification d'Apple (qui prélève 30 % sur la vente). Le second consiste à renvoyer les lecteurs vers les sites des magazines, dans le but de leur faire contracter des abonnements et ainsi détourner une politique tarifaire jugée excessive.

Mais aujourd'hui, Apple est en mesure d’imposer aux éditeurs de presse de passer exclusivement par iTunes pour vendre leurs abonnements. Il n’est plus question d’accepter les petites libertés qui ont permis l’adoption massive de sa tablette. Le Monde note ainsi que son application iPad  « qui prévoyait un système d'abonnement par Lemonde.fr, a été rejetée par Apple. »

Cette commission prélevée par Apple pose deux problèmes. Elle met d'abord en péril les éditeurs : « Il coûtera plus cher de distribuer son journal en version numérique qu'en version papier » selon Deniz Bouchez, directeur général du Syndicat national de la presse, si l’on prend en compte la TVA pratiquée sur les biens numériques (19,6 %), en plus de la taxe Apple. Cette perspective est d’autant plus frustrante que les ventes de magazines sur iPad sont décevantes et n’ont qu’un but : assurer la présence des groupes de presse sur une plateforme incontournable pour rediriger les abonnés vers les sites Internet des journaux.

Ensuite, le passage obligé par iTunes prive les éditeurs de données importantes sur les abonnés (habitudes de lecture, journaux achetés), indispensables au ciblage marketing et à la vente de publicité. En mettant la main sur ces informations, Apple assure à sa régie publicitaire iAds un avantage, jugé déloyal, sur ses concurrents.

C’est pourquoi Vincent Van Quickenborn, ministre belge de l'Économie, a fait appel aux Services de la concurrence belges (le SPF Economie) pour mener une enquête auprès des éditeurs. En effet, si ces derniers « ne peuvent plus vendre les abonnements iPad via leurs propres canaux, mais exclusivement par le biais d'iTunes, cela s'apparente à un abus de position dominante ».

Face à ces nouvelles clauses, la profession s’organise en France. Le Syndicat de la presse quotidienne nationale, par la voix de son président Denis Bouchez, a demandé à Christine Lagarde, ministre de l’Économie, de saisir l’Autorité de la concurrence.

Des stratégies de contraction d’abonnements, avant la mise en place des nouvelles clauses d’Apple, semblent également se multiplier. Le Monde et le nouveau kiosque américain Ongo, disponible depuis le 25 janvier, proposent ainsi jusqu’au 28 février des offres promotionnelles qui passent par leur site Internet.

Ces règles strictes imposées par Apple pourraient néanmoins être assouplies, avec l’arrivée probable du kiosque numérique de Google et le déploiement prometteur de celui de Barnes & Noble qui annonçait récemment avoir vendu 650 000 abonnements et magazines à l’unité sur NOOKnewsstand.

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Crédits photo : PhotoStephanie/ Flickr
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