Newsmonkey : « Nous sommes un média qui s’adresse à la génération " Y " »

Article  par  Alexandre FOATELLI  •  Publié le 25.04.2017  •  Mis à jour le 24.04.2017
Frédéric Sergeur Newsmonkey
Frédéric Sergeur est journaliste pour Newsmonkey, un pure player belge très présent sur les réseaux sociaux et sur l’application de messagerie WhatsApp. Interview.

Pouvez-vous nous présenter Newsmonkey?
 
Frédéric Sergeur :  Newsmonkey est le seul média bilingue en Belgique  Newsmonkey est le seul média bilingue en Belgique : il y a un site flamand qui existe depuis trois ans, et un site français qui a été lancé en janvier 2016. Nous sommes un média qui s’adresse à la génération « Y », aux 18-35 ans à peu près. En termes de ligne éditoriale, nous nous rapprochons un peu de ce que fait BuzzFeed, avec des articles listes, et aussi de Mashable avec des sujets qui parlent aux 18-35 ans pour tout ce qui est technologie, économie, société. Nous regardons un peu tout ce qui « buzze » sur les réseaux sociaux, pour ensuite en faire des articles.
 
 
Quelle a été la stratégie de Newsmonkey sur les réseaux sociaux, lorsque le site a été lancé?
 
Frédéric Sergeur : C’est un site qui s’est construit grâce à son audience sur les réseaux sociaux. L’application mobile a été lancée il y a deux mois seulement, avant cela on faisait un peu figure d’ovni par rapport à ce qui se fait actuellement. Il y a eu un important travail de community management pour se faire connaître auprès des communautés sur les réseaux sociaux, ainsi qu’une forte activité de partage, surtout sur Facebook, qui représente 60-70 % de notre audience environ. Facebook a été le vrai point central sur lequel notre audience s’est construite : sur Twitter, il est un peu plus compliqué de construire une audience.
 
 
Et après cela, il y a eu l’arrivée sur WhatsApp ?
 
Frédéric Sergeur :  Nous sommes un média qui parle aux jeunes, il existe une application que tous les jeunes ont, c’est WhatsApp, donc c’est normal que nous y soyons présents  L’arrivée sur WhatsApp s’est faite directement pour la version francophone, parce que nous avions la volonté de partager nos informations avec nos lecteurs. Les newsletters, sont un peu has been, et généralement les mails atterrissent dans les spams, donc c’est toujours un peu compliqué. WhatsApp est une application qui a de plus en plus de succès, notamment auprès des jeunes et des gens qui voyagent, y compris des personnes plus âgées qui communiquent avec leurs enfants qui sont à l’étranger ou autre. Du coup, pour tous ceux qui utilisent ce service, il n’y a pas d’autre application à télécharger. La nôtre nous sert autrement. Nous sommes un média qui parle aux jeunes, il existe une application que tous les jeunes ont, c’est WhatsApp, où ils se parlent entre amis quand ils sont en voyage, donc c’est normal que nous y soyons présents.
 
 
Quels contenus proposez-vous via WhatsApp ?
 
Frédéric Sergeur : On l’utilise comme une newsletter. Pour expliquer comment cela fonctionne, il suffit simplement d’envoyer un texto via WhatsApp à un numéro disponible sur le site. Le lecteur se retrouve alors dans notre liste, et deux fois par jour il reçoit une newsletter, le matin entre 8 heures et 9 heures, et le soir entre 16 heures et 17 heures. Dans cette newsletter, il y a entre cinq et sept articles qui sont sélectionnés par le chef d’édition ou par le community manager. Ce sont les articles que l’on considère comme les plus intéressants pour nos lecteurs, ceux qui ont le mieux fonctionné sur Facebook. Il s’agit d’articles du jour, et parfois de la veille quand on n’a pas assez de place. Lorsque l’on fait vingt articles par jour, ils ne peuvent pas tous se retrouver sur WhatsApp donc on les reporte au lendemain. En plus des newsletters, on a créé des alertes infos, pour ce qu’il s’est passé à Londres par exemple. Nos abonnés ont eu une alerte sur WhatsApp, avec un message contenant le titre et un lien qui renvoie vers notre article.
 
 
Connaissez-vous le profil de votre public ?
 
Frédéric Sergeur : Non. On connaît le nombre d’abonnés, on sait combien de personnes nous parlent, et on sait combien de personnes cliquent sur nos liens. Il y a une augmentation des visiteurs qui vont sur le site quand on envoie la newsletter sur WhatsApp, dans les minutes qui suivent. Mais nous n’avons jamais fait d’étude sociologique pour savoir qui étaient nos lecteurs. Avec les noms des personnes qui nous suivent et leurs photos, en partant du principe que c’est leur véritable photo de profil, on peut voir que ce sont plutôt des jeunes, mais il y a également des personnes un peu plus âgées qui nous suivent, des septuagénaires qui nous envoient des messages. On peut voir également à leur façon de répondre à nos messages, ou à les envoyer, qu’elles ne sont pas forcément familiarisées avec l’usage du smartphone. Il y a des Belges, des Français, des néerlandophones, des francophones qui sont en Afrique ou autre. Mais nous n’avons aucun chiffre précis en tout cas, peut-être qu’un jour on s’y intéressera.
 
 
Que cela représente-il d’un point de vue quantitatif ?
 
Frédéric Sergeur : Notre site est encore jeune, trois ans ça ne représente pas grand-chose sur la scène web. Sur Facebook on compte 12 000 fans, et sur notre WhatsApp francophone, nous avons 420 abonnés. Sur le WhatsApp néerlandophone ils sont 3 500 environ.
 
 
Comment votre présence sur WhatsApp se traduit-elle en termes de trafic sur le site ?
 
Frédéric Sergeur : Tout dépend des informations qui se retrouvent sur WhatsApp : quand il y a une alerte on voit tout de suite une hausse du trafic sur le site. Cela dépend également de la vitesse à laquelle on a envoyé l’alerte, car si on l’a envoyé après La Libre Belgique ou après Le Soir, qui sont les deux médias belges importants, on va être un peu dépassés. Si je ne me trompe pas, il y a environ 5 % de personnes en plus sur le site après un envoi WhatsApp.
 
 
Quelles sont les contraintes techniques majeures induites par votre présence sur WhatsApp ?
 
Frédéric Sergeur : La première contrainte technique pour l’instant tient au fait que l’on rajoute les numéros de téléphone à la main. Nous avons encore un petit site donc pour le moment cela ne nous pose pas de problème mais il est certain que si BFMTV ou 20 Minutes lançaient leur service WhatsApp, s’ils ont peut-être 10 000, 20 000 ou 30 000 personnes inscrites, ce ne serait pas possible de rentrer autant de numéros à la main. Il y aurait besoin d’automatiser cela. On doit aussi composer avec le fait que WhatsApp n’aime pas trop que l’on utilise ce système pour envoyer des articles et pour faire de la publicité.. L’autre contrainte technique c’est qu’il faut un téléphone pour utiliser WhatsApp, on ne peut pas l’utiliser avec un ordinateur de bureau uniquement. Nous avons donc un téléphone qui doit toujours avoir de la batterie et être connectée au Wifi. C’est le community manager qui le gère, qui l’a toujours à la rédaction près de lui.
 
 
Prévoyez-vous des évolutions en termes de contenus que vous aimeriez développer, sur WhatsApp ou sur d’autres réseaux ?
 
Frédéric Sergeur : Sur WhatsApp tout dépendra de l’évolution que les développeurs apporteront. Il y a désormais les gifs qui sont disponibles, alors qu’on ne pouvait pas en mettre, et notre site fonctionne beaucoup avec les gifs. Pour le moment ça reste une newsletter pure, nous sommes les premiers à utiliser WhatsApp en Belgique et probablement un des seuls médias à le faire. En France, je ne crois pas qu’il y ait de sites qui l’utilisent. C’est aussi une question d’image de marque, nous sommes un média qui veut rester jeune, donc nous sommes présents sur une messagerie très utilisée. Il n’y a pas d’explosion à chaque fois en termes de visiteurs donc c’est avant tout une image de marque. Nous sommes aussi présents sur Snapchat, mais c’est un peu compliqué d’avoir un flux via ce réseau social. Ce qui peut être sympa, à mon avis, c’est Facebook qui propose des « stories ». Je pense que beaucoup de médias vont s’y mettre, comme beaucoup se sont mis à un moment donné à Facebook Live. Comme Facebook représente 60 à 70 % de notre trafic, je pense que le prochain palier va être de produire des « stories », en essayant de faire quelque chose de différent des autres médias.

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