Les médias face à une crise de confiance généralisée

Article  par  Alexandre FOATELLI  •  Publié le 03.02.2017  •  Mis à jour le 03.02.2017
Chaque année le quotidien La Croix publie son baromètre sur la confiance des Français envers les médias en partenariat avec Kantar Sofres. Pour l’édition 2017, la tendance à la défiance, amorcée depuis 2015, se confirme. Cette crise de confiance apparaît comme un enjeu primordial pour les médias.

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Les années se suivent et les résultats du baromètre sur la confiance des Français dans les médias se ressemblent. En partie, tout du moins. Depuis 1990, la radio reste le média qui inspire le plus la confiance, suivie par la presse, qui devance la télévision à partir de 2004. Internet reste le média le moins crédible aux yeux des sondés, à partir de son apparition en 2005 dans l’enquête menée par Kantar Sofres (ex-TNS Sofres) pour La Croix.
 
En revanche, une tendance plus conjoncturelle ressort en 2017. Pour la première fois depuis la mise en place du baromètre, tous les médias ont enregistré deux années consécutives de baisse de confiance. Alors que 2015, dans le contexte des attentats de Charlie Hebdo, avait marqué un pic approchant ou atteignant le plus haut niveau historique de confiance, celle-ci s’était effondrée en 2016. Cette année, la radio atteint son plus bas niveau historique (seulement 52 % des sondés croient que les choses se sont passées comme la radio le raconte), tout comme la télévision (41 %), la presse écrite et Internet, eux atteignent un plancher minimum (44 % et 26 %).

Du jamais-vu en année présidentielle… ou presque

Cette baisse généralisée de la confiance dans les médias interpelle de par sa continuité depuis deux ans, et de par les niveaux extraordinairement bas atteints. L’ampleur de la baisse par rapport à 2016 est particulièrement forte, puisqu’elle atteint 7 points pour le journal et 9 points pour la télévision, Internet et la radio limitant un peu les dégâts avec des baisses respectives de 5 et 3 points. Seule la radio apparaît désormais crédible pour la majorité des Français, mais de très peu. En outre, les médias traditionnels (radio, télévision et journaux) doivent aussi faire face à une baisse de l’attention que leur portent les Français. Alors que depuis 1990, cet intérêt s’est toujours situé autour de 70 à 75 %, il tombe cette année à 64 %, soit 6 points de moins par rapport à 2016. Ce chiffre est d’autant plus significatif qu’habituellement, les années électorales sont propices à un intérêt plus marqué, généralement en hausse ou stable par rapport à l’année précédente : 77 % en décembre 1994 (+6 points), 75 % en février 2007 (-1 point), 71 % en janvier 2012 (+2 points). L’exception fut l’année 2002[+] NoteCette année-là, pour la première fois, un candidat d’extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, arrive au deuxième tour de l’élection présidentielle.X [1], où l’enquête publiée en décembre 2001 montrait que 66 % des Français affichaient un intérêt pour les médias, en baisse de 5 points par rapport à l’année précédente. « Le parallèle avec 2001 doit nous conduire à faire preuve de plus de rigueur dans notre travail », prévient Guillaume Goubert, directeur de La Croix.

 Courbe de l'intérêt desFrançais pour les médias

Parmi les raisons qui peuvent expliquer la baisse de confiance et d’intérêt pour les médias, le baromètre met en avant les pressions extérieures auxquelles les journalistes seraient exposés. 67 % des sondés pensent que les journalistes sont dépendants des pressions politiques et 58 % des pressions de l’argent. Un argument que réfute Hervé Béroud, directeur général de BFMTV et BFM Paris : « subir des pressions ne veut pas dire céder aux pressions ». Il n’empêche que la concentration des médias qui est à l’œuvre dans les secteurs de la presse, de la télévision et de la radio ne favorise pas une image d’indépendance des médias.
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Internet, un média très utilisé mais pas crédible

Si la télévision et Internet sont les médias en lesquels les sondés ont le moins confiance, ils sont pourtant les deux moyens d’information principalement utilisés. La télévision garde une position de leader écrasante en étant la source principale d’information pour 48 % des Français, malgré une perte de 6 points, suivie par Internet (25 %, +5 points), la radio (20 %, +2 points) et le journal (6 %, -1 point). Sur le net, les sites et applications mobiles des titres de presse sont les plus plébiscités puisque 35 % des utilisateurs réguliers en font leur source principale d’information, suivis des réseaux sociaux, qui progressent de 5 points pour s’établir à 24 % des utilisateurs réguliers d’Internet. Le baromètre met en évidence un premier paradoxe concernant l’usage des réseaux sociaux. Car s’ils deviennent, en effet, la première source d’information pour de plus en plus d’internautes, 73 % des sondés disent ne pas faire confiance aux informations qui y circulent.
 
Face à cette constatation, 72 % des utilisateurs de réseaux sociaux déclarent faire attention à l’émetteur d’une information qu’ils partagent, et 74 % disent lire le contenu. Cependant, et c’est ici un second paradoxe, les rumeurs et fausses informations trouvent un écho significatif. Par exemple, 39 % des sondés considèrent comme vraisemblable que l’État ait réservé 77 000 HLM pour accueillir des migrants, et 15 % que le calife de l’État Islamique serait un juif formé par les services secrets israéliens.
 Taux de croyance des Français en de fausses informations

Comment retrouver la confiance perdue ? Les grands médias devront répondre à cette question. Leur présence sur Internet et les réseaux sociaux ne garantit pas de toucher les internautes qui les boudent, comme l’explique Jean-Marc Four, directeur de la rédaction de France Inter : « De plus en plus de personnes, surtout les moins de trente ans, s’informent à partir de ce que relaient leurs proches sur les réseaux ». Un constat appuyé par Thierry Vedel, chercheur au CNRS, qui rappelle que « les électeurs tendent à privilégier les informations qui confirment leurs opinions préexistantes ». « Pour rétablir la confiance, il faut en être digne et aller sur le terrain pour capter la parole des gens, et pas forcément des plus caricaturaux », avance de son côté Michèle Léridon, directrice de l’information de l’AFP. Le fact-checking, les échanges avec les lecteurs, et l’éducation aux médias au niveau scolaire ont également été avancés comme solutions potentielles. Cet effort sera-t-il suffisant pour arrêter la spirale négative ? Réponse l’an prochain.

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Crédits :
Source : Baromètre sur la confiance des Français dans les médias, La Croix-Kantar Sofres
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  • 1. Cette année-là, pour la première fois, un candidat d’extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, arrive au deuxième tour de l’élection présidentielle.
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