Les catholiques français fidèles à leurs médias

Article  par  Christophe HENNING  •  Publié le 06.06.2017  •  Mis à jour le 09.06.2017
Les médias catholiques expriment une réelle pluralité, reflétant un catholicisme divers. Entretenant un lien fort avec leur public, ces médias d’opinion, présents sur tous les supports, participent aussi au débat public.

Sommaire

Recenser les médias catholiques est grandement facilité par l’existence de la Fédération des médias catholiques (FMC), créée en janvier 2014, regroupant presse écrite, télévision et radios dans une même instance. Mais cette apparente unité laisse place à la diversité des médias concernés et reste le fruit d’une histoire complexe qui est loin d’être close, puisque d’autres médias (blogueurs, pure players, sites internet, maisons d’édition) frappent à la porte de l’organisme fédérateur. Avant d’évoquer les évolutions et le public des diverses expressions médiatiques catholiques, il faut d’abord s’arrêter au recensement des divers médias. Si, pour les médias audiovisuels, l’analyse sera assez aisée vu leur nombre limité, il faut tout d’abord bien préciser les contours de la presse écrite catholique protéiforme.
 
En 1995, la Fédération française de la presse catholique (FFPC), regroupe des journaux nationaux ou régionaux — quotidiens, hebdomadaires, etc. — de forme semblable à leurs confrères et concurrents non-confessionnels, mais d’autres formats et supports bien spécifiques existent. La presse catholique se définit aussi par une importante presse locale catholique, d’une part, et une presse de mouvements et services d’Église, d’autre part.

La presse d’Église, au service des paroissiens et des associations

Regroupés au sein de la Fédération nationale de la presse locale chrétienne (FNPLC) depuis 1976, ce sont près de 2 000 titres paroissiaux ou diocésains qui diffusent — à des périodes variables pour un tirage cumulé — quelque 20 millions d’exemplaires par an. À titre d’exemple, on peut citer Église de Rouen, mensuel qui devient trimestriel en 2017 et fête ses 150 ans, ou Paris Notre-Dame, hebdomadaire du diocèse de Paris, qui compte près de 6 000 abonnés, avec une rédaction de trois journalistes. Cette presse locale catholique travaille avec la dizaine de structures professionnelles qui fournissent du contenu général et un appui technique. Bien souvent gérée dans un cadre associatif, s’appuyant sur des bénévoles avec de faibles recettes, cette presse de proximité est tributaire de la vitalité des communautés paroissiales, mais constitue un vrai maillage du territoire pour une information catholique locale.
 
L’association de la presse des mouvements et services d’Église (APMS), créée en 2000, regroupe deux douzaines de titres développés à destination des donateurs et d’un large public. Une fois encore à titre d’exemple, citons Faim et développement magazine du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) ou encore Azimut, le trimestriel des Scouts et guides de France. Ces divers mouvements reconnus par l’Église catholique et membres de l’APMS totalisent ensemble plus de sept millions d’exemplaires par an, chiffre auquel il faut ajouter les titres édités par des mouvements qui n’ont pas rejoint l’association, comme l’impressionnant Messages du Secours catholique diffusé à 500 000 exemplaires chaque mois, ou la revue À l’Écoute des Apprentis d’Auteuil, à destination des 220 000 donateurs. En appoint indispensable à la diffusion papier, ces mouvements développent une présence efficace sur Internet — site et réseaux sociaux — qui nécessite une vraie professionnalisation pour informer et mobiliser donateurs, militants, adhérents.
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La presse régionale et nationale, une certaine désaffection

La presse catholique se décline aussi selon des formes plus classiques, avec une presse hebdomadaire régionale et une presse nationale (un quotidien et divers périodiques).
La presse hebdomadaire régionale (PHR) catholique compte six éditeurs et une vingtaine de titres groupés en Association de la presse catholique régionale (APCR), fondée en 1946 et comptant des titres à l’échelle d’un département (Allier, Lozère, Yonne, Haute-Marne, Ain, Drôme et Ardèche) ou d’une (ancienne) région (Alsace et Moselle). C’est dire si la carte nationale en « gruyère » ne couvre pas l’ensemble du territoire, mais que ces hebdos, souvent très anciens (Le titre alsacien L’Ami hebdo a été fondé en 1858), s’appuient sur un public fidèle et militant. Riche de cette proximité et avec une  diffusion de l’ordre de 129 000 journaux par semaine, soit 6,7 millions d’exemplaires annuels, la presse hebdomadaire régionale occupe un place bien spécifique.
 
Quant à la presse nationale catholique adhérant la Fédération des médias catholiques, elle vise à s’adresser à tout public, quand bien même certaines publications se trouvent très spécifiques. On compte une vingtaine de titres qu’il faut analyser en fonction des lignes éditoriales orientées — ou non — sur l’actualité. On y trouve en effet des titres à dimension catholique de service aux lecteurs dans leur foi ou leur pratique à forte valeur d’usage. Citons, par exemple, Prions en Église, mensuel d’accompagnement liturgique quotidien (édité par Bayard), Christus, revue trimestrielle jésuite (éditée par la société SER, leur filiale avec Bayard) ou Prier, mensuel de spiritualité (Malesherbes Publications). Ces titres, prioritairement diffusés par abonnement, constituent une presse de service communautaire, d’adhésion, qui souffre d’une double peine : la baisse régulière enregistrée par la presse magazine et la diminution lente du nombre de catholiques engagés.
 
Quant au « cœur » de la presse catholique, il est principalement animé par un quotidien et quatre hebdomadaires. Propriété du groupe Bayard, détenu à 100 % par la congrégation des Augustins de l’Assomption (Assomptionnistes), le quotidien La Croix tient une place emblématique, jouant son rôle dans le suivi de l’actualité, tout en défendant un regard chrétien sur les événements du monde. Comme tous les quotidiens, La Croix doit affronter une situation peu favorable pour la presse d’information, mais parvient depuis 2014 à maintenir une diffusion totale de quelque 100 000 exemplaires, notamment grâce au développement d’une lecture numérique pour 10 % d’abonnés en 2016. Une fois encore, c’est la force de l’abonnement qui ralentit les effets négatifs d’une certaine désaffection, ce qui est vrai aussi — dans une moindre mesure -— pour les hebdomadaires catholiques.
 
Premier hebdomadaire catholique de France, Pèlerin (groupe Bayard) fait toujours la course en tête avec une diffusion totale de 160 000 exemplaires chaque semaine, enregistrant malgré tout un recul d’un peu plus de 5 % en 2016. Même effritement pour La Vie (titre principal du groupe Malesherbes publication, filiale du groupe Le Monde), passé sous la barre des 100 000 exemplaires (92 000 exemplaires en 2016). Seul Famille chrétienne (Média Participations ) semble résister à l’érosion, totalisant une diffusion d’environ 56 000 exemplaires depuis 2012 (chiffres de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias, ex-OJD ). En 2013, Témoignage chrétien (TC) a dû faire preuve d’imagination pour poursuivre l’aventure : le titre créé en 1941, issu de la résistance et figure d’un catholicisme de gauche militant, diffuse aujourd’hui une lettre hebdomadaire de quatre pages et un supplément mensuel plus consistant, ce qui a permis de stopper l’hémorragie aux alentours de 6000 abonnés.
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Un lectorat bien identifié, qui valorise son journal

L’abonnement reste la force de ces titres de presse, absents ou peu présents en kiosque – excepté La Croix. Ils jouissent aussi d’une importante prise en mains du lectorat, le nombre de lecteurs/exemplaire étant très élevé… Cette valorisation par les abonnés de leur journal qui circule dans la famille, le quartier n’encourage pas l’acte d’achat… Il faut, du coup, faire des abonnés des alliés : ainsi s’organisent l’association « Les amis de La Vie », les abonnés de Témoignage chrétien, ou les donateurs de RCF (Radios chrétiennes francophones), véritables ambassadeurs de leur média. D’autre part, s’appuyant sur des groupes de presse (excepté pour Témoignage chrétien), ces titres cherchent à investir dans des projets et développer leurs activités pour soutenir le cœur du métier, l’information. Pèlerin mène une politique de hors-séries, notamment sur des thématiques du pèlerinage ou du patrimoine ; La Vie fait du développement numérique payant une priorité, et devrait lancer en 2017 un bimestriel consacré au bien-être ; Famille chrétienne poursuit son développement numérique, tandis que La Croix investit encore pour renforcer l’image de média de référence sur le fait religieux.
 
Avant d’évoquer les médias audiovisuels, il faut encore préciser que tous les titres de cette presse catholique magazine ne sont pas adhérents à la FMC. De nouvelles frontières se dessinent, avec des initiatives visant un public chrétien ou intéressé par les questions religieuses moins « affiliées » aux groupes de presse traditionnels. Ainsi, l’apparition des « mook » dans le paysage de la presse a donné l’idée de quelques parutions plus ou moins proches de la sensibilité catholique, mais qui mordent sur ce lectorat spécifique. On peut citer La Boussole , semestriel lancé en mai 2014, conçu comme « un instrument de refondation » basé sur « la responsabilité personnelle et le bien commun », ou la revue trimestrielle Limite qui déclare être une « revue de combat culturel et politique d’inspiration chrétienne ». D’une tout autre sensibilité et sans faire référence à l’héritage judéo-chrétien, la revue Ultreïa, crée en 2014 par les éditions Hozhoni, se consacre aux « chemins de sagesse ». Ces « nouveaux venus » n’empêchent pas une ancienne revue de tirer son épingle du jeu. Études, revue de culture contemporaine évoquant aussi bien les débats intellectuels, les questions internationales et sociales que religieuses, tient une place historique dans la presse confessionnelle. Créée en 1856 et aujourd’hui éditée par la SER (filiale de Bayard à part égale avec la Compagnie de Jésus – les jésuites), la revue affiche un tirage mensuel de 15 000 exemplaires, avec près de 12 000 abonnés et un total de 30 000 lecteurs, notamment en raison du site internet.
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Les médias audiovisuels, des auditeurs et téléspectateurs fidèles

Les radios sont liées à l’obtention des fréquences : aucune radio catholique n’émet sur l’ensemble du territoire, mais deux réseaux et une centaine de radios se « partagent » les ondes. Radios chrétiennes de France (RCF), dont le siège national est historiquement basé à Lyon, fédère 63 radios locales qui disposent de plus de 250 fréquences sur deux tiers du territoire, tandis que la Communauté francophone de radios chrétiennes (Cofrac) compte 80 fréquences et une quinzaine de radios, principalement Radio Notre-Dame, qui diffuse sur la région parisienne.
 
Ces radios, animées par des professionnels, s’appuient sur un réseau important de bénévoles. Elles sont financées en partie par les diocèses et, pour une plus large part, par les dons des auditeurs. Nées dans la dynamique des radios libres des années 1980, les radios chrétiennes ont tout d’abord été des radios locales qui se sont peu à peu organisées. Ainsi, née dès 1982, Radio Fourvière — la radio du diocèse de Lyon, sous l’impulsion du cardinal Albert Decourtray —, regroupe les diverses antennes à l’occasion de la visite du pape Jean Paul II dans la capitale des Gaules. Petit à petit et à la demande de la Conférence des évêques de France, la fédération des radios locales s’organise dans les années 1990, portant l’audience de RCF à plus de 600 000 auditeurs/jour. Radio Notre-Dame a été créée dès 1981 par la volonté du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris. Diffusant essentiellement sur la région parisienne, Radio Notre-Dame fournit, via le réseau de la Cofrac, des émissions reprises par d’autres organes autonomes, en France ou à l’étranger, essentiellement en Afrique francophone.
 
 L'auditeur fidèle reste toutefois bien typé : il s’agit majoritairement d’une femme, de 65 ans et plus, catholique Deux Français sur cinq connaissent l’existence des radions chrétiennes. En dépit de programmes parfois spécifiquement catholiques, ces radios confessionnelles parviennent à élargir leur auditoire, en raison de leur proximité locale et régionale. L’auditeur fidèle reste toutefois bien typé : il s’agit majoritairement d’une femme, de 65 ans et plus, catholique, tandis que l’auditeur occasionnel est plus jeune, plus actif et moins catholique. Même dans le domaine des médias confessionnels, la radio reste un média plébiscité : en 2012, le temps d’écoute moyen s’élevait à plus de 100 minutes par jour, près de deux heures, ce qui s’explique notamment par la programmation de « formats longs » ou par l’absence d’interruptions publicitaires. Ces radios catholiques adhèrent à la Fédération française des radions chrétiennes (FFRC), qui compte parmi ses membres quelques radios protestantes.
 
Grâce à l’accès via les réseaux ADSL et par satellite, KTO est désormais une télévision à part entière dans le paysage audiovisuel, touchant un large public. Créée en 1999 par le cardinal Jean-Marie Lustiger, la structure associative de KTO a établi un modèle économique essentiellement basé sur le mécénat et la collecte de fonds, qui assurent 70 % du budget global annuel de 13 millions d’euros. La production se répartit entre les émissions en plateau (260 heures chaque année) et les documentaires religieux (250 heures), avec une attention particulière aux directs réguliers (590 heures) ou exceptionnels (375 heures) tels que voyages du pape, événements ecclésiaux, etc.
 
En ce qui concerne la télévision, l’activité du Comité français de radio-télévision (CFRT) est essentiellement concentrée sur la production de la messe télévisée et du magazine pour l’émission Le Jour du Seigneur diffusée sur la chaîne publique France 2, qui détient encore chaque semaine 8 % de part d’audience avec plus de 600 000 fidèles au poste. C’est avec la retransmission, en direct de la cathédrale Notre-Dame de Paris, de la messe de minuit, le 24 décembre 1948, que commence l’aventure de la télévision catholique, ce qui en fait la plus ancienne émission encore en activité, si l’on excepte le journal télévisé. Dès le dimanche 9 octobre 1949 commence ce marathon hebdomadaire de la messe télévisée qui, d’église en église, fait depuis 1970 le tour de France des paroisses. La structure associative traditionnellement placée sous la responsabilité des dominicains s’appuie sur quelque 300 000 donateurs. Le Jour du Seigneur continue à diffuser la messe chaque dimanche, complétée par des émissions en plateau, reportages dans les monastères, documentaires sur de grandes figures chrétiennes, et même, depuis 2016, une mini-série humoristique de deux minutes sous le titre Sacristie ! La réalisation dominicale est complétée, aujourd’hui, par une activité de production télévisuelle de documentaires à la demande d’autres chaînes sur des sujets de société.
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La révolution Internet, un axe de développement essentiel

Que ce soit pour les radios ou les producteur d’émissions télévisées, l’accès par l’internet, le podcast et le replay ont profondément bouleversé les usages des utilisateurs, peut-être davantage encore pour les médias catholiques que pour les chaînes généralistes. L’auditeur ou téléspectateur peut désormais accéder à toutes les émissions, même si la couverture géographique traditionnelle ne le permet pas, et profiter de ce service à la demande. Le web est un axe de développement essentiel pour les médias audiovisuels.
 
Si Internet est un espace encore à conquérir pour la majeure partie des médias catholiques traditionnels, bien des formes nouvelles se sont développées, pas toujours appuyées sur les structures médiatiques existantes. Ainsi, les blogs ont permis l’expression directe des sensibilités d’individualités ou de groupes, dans une démarche autonome vis-à-vis de l’institution ecclésiale. Mouvement perceptible dès les années 2010, ce qui été qualifié de « cathosphère » a été particulièrement dynamique, notamment en raison de la montée du débat autour du « mariage pour tous », pour évoluer depuis 2015 — lassitude, épuisement… — vers des interventions moins lourdes dans les réseaux sociaux, comme l’explique Josselin Tricou.
 
Les sites appuyés sur les médias catholiques résistent mieux, leur crédibilité étant renforcée par cette filiation : on peut citer www.croire.com, désormais rattaché à La Croix ou La Documentation catholique, elle aussi affiliée au site du quotidien de Bayard pour la majeure partie de son contenu, la version papier étant désormais trimestrielle. Les hebdomadaires La Vie et Famille chrétienne ont choisi un accès au contenu internet privilégié pour leurs abonnés, tandis que Pèlerin développe un site ouvert qui s’appuie sur une forte présence sur Facebook.
 
Reste l’apparition fragile de pure players, médias uniquement numériques. De 2012 à 2015, le site www.fait-religieux.com, payant, a voulu développer une information ciblée sur l’information religieuse, sans parvenir à l’équilibre. Le site international Aleteia (groupe Média Participations), créé en 2013, porte « un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle. Très présent dans sa version américaine, ce média compte 12 millions de visiteurs uniques par mois au niveau mondial et espère croître de manière significative en France dans les prochaines années.
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Une presse pour les catholiques, une « presse de génération »

 La presse catholique, celle-ci se débat toujours entre sa volonté de participer au débat public et le risque de ne s’adresser finalement qu’au monde catholique Si les « enquêtes lecteurs » montrent une certaine assiduité des abonnés à la presse catholique, celle-ci se débat toujours entre sa volonté de participer au débat public et le risque de ne s’adresser finalement qu’au monde catholique. En dépit de ces efforts pour toucher un public plus large, le titre même de ces médias (La Croix, Pèlerin, Radio Notre-Dame…) les identifient clairement dans la sphère religieuse, et même La Vie, qui a abandonné il y a quarante ans le qualificatif de « catholique », est encore repéré comme tel. Le sondage réalisé en 2010 par TNS-Sofres montrait que 56 % des Français ne connaissaient pas la presse catholique, et que, parmi les 44 % qui pouvait connaître ces titres, la moitié n’en avait jamais lu… Reste une question autour du public âgé, qui l’était déjà il y a cinquante ans : il semblerait donc que, si le public « vieillit avec son journal », celui-ci trouve malgré tout de nouveaux lecteurs, une fois l’âge venu, décrivant ainsi non pas un public âgé amené à disparaître, mais davantage une « presse de génération », selon l’analyse de Jean-François Barbier-Bouvet.
 
Enfin, une récente enquête menée par le groupe Bayard et Ipsos a montré que « la lecture de la presse catholique est directement liée au niveau d’intensité de la pratique religieuse », comme le souligne Yann Raison du Cleuziou, sociologue à l’origine de cette nouvelle typographie des catholiques, qui ne tient plus seulement compte de la pratique dominicale, mais intègre d’autres critères tels que les engagements caritatifs ou… l’abonnement à un titre de presse catholique.
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Des médias d’opinion mêlés au grand débat national

Souvent légitimistes vis-à-vis de l’institution ecclésiale, les différents médias expriment malgré tout une réelle pluralité, qui est aussi le reflet d’un catholicisme divers, si ce n’est , notamment depuis La Manif pour tous. Ainsi, Famille chrétienne sera davantage identifié comme participant du mouvement de « droitisation » du catholicisme, notamment autour des questions éthiques, tandis que La Vie ou Pèlerin suivraient volontiers la voix du pape François quant à l’accueil des réfugiés, par exemple. Les lecteurs de La Croix sont généralement de catégorie socio-professionnelle plus élevée et plus urbain que le lectorat des hebdomadaires. Enfin, ce n’est pas sans incidence, la plupart des lecteurs de ces titres sont à la retraite, alors même que les rédactions sont plutôt composées de jeunes journalistes.
 
Cette presse est considérée comme « engagée » pour 29 % de ses lecteurs fidèles ou occasionnels et « proche des préoccupations des gens » (24 %), mais elle n’apparaît ni « moderne » (34 %), ni « dynamique » (32 %), selon le sondage Sofres de 2010. Sans doute, en sept années et sous l’influence des évolutions sociétales, la situation a-t-elle quelque peu évolué : le surgissement du « fait religieux » dans l’actualité a renforcé et, peut-être, légitimé la spécificité des médias catholiques. Apparu dans les années 1990 sous la plume de Jean Delumeau (Le Fait religieux, Fayard, 1993 ) et repris dans le rapport de Régis Debray – L’enseignement du fait religieux dans l’École laïque, La Documentation française, 2002 —, le fait religieux est devenu une clé indispensable de compréhension de bien des sujets d’actualité : terrorisme djihadiste, mariage pour tous, questions éthiques, réflexe identitaire, pédophilie dans l’Église, accueil des migrants… « Les religions font la Une », annonçait d’ailleurs le thème des XXIe Journées professionnelles François de Sales, organisées à Annecy en janvier 2017 par la Fédération des médias catholiques.
 
Sauf à percevoir cet intérêt général comme une concurrence, les médias catholiques se trouvent, au contraire, mêlés de fait au grand débat national, ce qu’ils ont toujours appelé de leurs vœux. Si les responsables de l’Église catholique ont parfois du mal à supporter la pression médiatique, les organes de presse catholiques peuvent davantage — en dépit de moyens parfois moindres — faire entendre leur voix dans le concert médiatique. Ces évolutions, sans faire de l’information religieuse une spécialité, incitent les journalistes à approfondir ces questions, et l’Association des journalistes d’information religieuse (AJIR), comprenant à la fois des journalistes de médias catholiques et des professionnels de titres non confessionnels, participe à ce mouvement de formation et d’approfondissement, avec des voyages d’études ou des séances de travail avec des spécialistes internationaux.
 
C’est certainement un des défis lancé à l’information catholique : alors que l’affiliation religieuse est en recul, que le lectorat « captif » est vieillissant et volatile, l’intérêt pour l’actualité ecclésiale et spirituelle s’élargit. Pour reprendre la terminologie de Michel Maffesoli (Le temps des tribus, La Table ronde, 2000), tout en s’adressant en priorité aux membres de la « tribu », les médias catholiques ont leur place à prendre dans le paysage médiatique global.

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Crédit :
Illustration Ina – Yann Bastard
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