Argentine : le blocage de plusieurs quotidiens ravive les tensions

Article  par  Estelle YAFI  •  Publié le 11.04.2011  •  Mis à jour le 13.04.2011
[ACTUALITÉ] Depuis le 26 mars 2011, la diffusion de certains quotidiens argentins a été bloquée à plusieurs reprises par divers syndicats. La presse s’indigne du silence du gouvernement Kirchner, quand elle ne l’accuse pas de complicité.
Le bras de fer continue en Argentine, entre les grands journaux nationaux, plusieurs syndicats, et le gouvernement de Cristina Kirchner. Les 26 et 27 mars 2011, les exemplaires des quotidiens argentins Clarín et Olé ont été retenus pendant 12 heures à la sortie de leur usine d’impression, empêchant leur distribution durant ces deux journées. Les exemplaires de La Nación, retenus moins longtemps, ont pu être distribués mais avec des retards importants.

Les responsables de ce qui paraît être, aux yeux de tous les professionnels du secteur, une grave entrave à la liberté d’expression, sont notamment les employés de l’AGR (Arts Graphiques du Rio de la Plata). Filiale de Clarín, groupe multimédia majeur en Argentine, l’AGR est en charge de l’impression des publicités et annonces. Ses employés dénoncent l’attitude du groupe Clarín, qui, après avoir licencié 117 employés en 2000, ne leur permet plus d’élire leurs délégués syndicaux.
 
Pablo Moyano, dirigeant du Syndicat des conducteurs routiers impliqué dans le blocage des journaux à la sortie de l’usine d’impression, fut également désigné comme potentiel responsable. Plusieurs médias argentins, dont Clarín, s’apprêtaient en effet à publier des informations concernant son père, Hugo Moyano, dirigeant de la Confederación general del trabajo de la Republica argentina (CGT) et soupçonné de blanchiment d’argent.
 
Une semaine plus tard, le dimanche 3 avril 2011, ce sont La Voz del Interior et Dia a Dia, deux grands quotidiens régionaux de la ville de Córdoba, et dont les groupes Clarín et La Nación sont actionnaires, qui n’ont pu être diffusés. Cette fois, les responsables semblent être des vendeurs à la criée.

Les professionnels du secteur de la presse argentine et plus largement ceux du monde de la culture, du sport et du spectacle s’indignent, à l’unanimité, de ces événements et pointent du doigt l’atteinte grave que ceux-ci portent à la liberté d’expression. Les éditeurs de presse quotidienne (ADEPA) ainsi que le Sénat condamnent ces comportements en rappelant le lien nécessaire entre liberté de la presse et démocratie.
 
Plus encore que le blocage de la parution de ces titres de presse, c’est le silence de la présidente Cristina Kirchner et de son gouvernement qui est fortement condamné. Le seul membre du gouvernement qui s'est prononcé sur le sujet, le ministre de l’Intérieur, Florencio Randazzo, a affirmé qu’il n’y avait « aucune situation qui attente à la liberté de presse ».

Le silence du gouvernement argentin s’explique aisément. Depuis 2007, il existe un conflit ouvert entre le groupe Clarín et Cristina Kirchner - conflit qui a débuté lorsque le gouvernement argentin a fait obstacle au rachat d’un opérateur mobile italien par le groupe Clarín. Ce dernier s’oppose depuis quasi systématiquement au gouvernement, que ce soit en soutenant les producteurs ruraux lors de la « crisis del campo » ou en caricaturant le couple présidentiel dans les pages de son journal. Cristina Kirchner ne tarda pas à répondre, notamment en faisant voter en septembre 2009 la Ley de Medios (loi sur les services de communication audiovisuelle : loi SCA) visant à déconcentrer le secteur de la presse et par conséquent à affaiblir le groupe Clarín.

Le conglomérat multimédia argentin prévoit de saisir la justice au sujet du blocage de la distribution de son journal, comme il l’a fait par le passé à plusieurs reprises. La justice lui avait d’ailleurs donné raison par deux fois.
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Crédit photo : vladimix / Flickr
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