Twitter poursuit la monétisation de ses services en vendant ses tweets

Article  par  Xavier BERNE  •  Publié le 12.03.2012  •  Mis à jour le 13.03.2012
[ACTUALITÉ] Twitter vient de vendre deux années de tweets à une start-up britannique, DataSift, l’autorisant ainsi à exploiter les nombreuses informations contenues dans les messages publiés publiquement sur son site depuis janvier 2010.

Quelques semaines après avoir signé un accord autorisant le Congrès des États-Unis à archiver l’ensemble des messages publiés sur son réseau social, Twitter vient d’accorder une licence d’exploitation des tweets émis depuis janvier 2010 à une société commerciale britannique, DataSift. Cette start-up spécialisée dans l’analyse et la revente de données sociales dispose ainsi de deux années d’archives, alors que jusqu’ici la société Gnip ne pouvait qu’utiliser les messages publiés au cours des trente derniers jours.
 
Plus précisément, la licence accordée par Twitter vise exclusivement les tweets publiés de manière publique. Les échanges privés, les messages supprimés ou bien envoyés depuis un compte privé ne sont quant à eux pas concernés. Si l’on estime actuellement à 250 millions le nombre de tweets publiés quotidiennement, la quantité de données produite pendant 24 mois s’avère être une source d’information très importante pour DataSift. En effet, outre les 140 caractères que peut contenir au maximum chaque tweet, les nombreux renseignements qu’il recèle sur son auteur (genre, localisation, date et heure d’envoi…) confirment qu’il s’agit là d’une véritable « mine d’or » pour la start-up.


Vidéo de présentation des services proposés par DataSift

Comme l’évoque la vidéo de présentation de ses services, DataSift affirme pouvoir extraire et analyser les éléments significatifs parmi la masse de données recueillies sur Twitter, pour se concentrer notamment sur « l’opinion des consommateurs vis-à-vis des produits et des marques ». S’adressant aussi bien à des entreprises qu’à des acteurs de la vie publique ou politique, la start-up britannique entend offrir à ses clients des outils marketing relatifs à leur réputation en ligne. Grâce à des « algorithmes d’agrégation, de filtrage et d’extraction en temps réel », DataSift inaugure ainsi un véritable « écosystème de veille sociale », capable d’identifier « les évolutions du marché, mesurer le succès d'un produit, observer l'appréciation d'une marque », comme le souligne Numerama. Bien que les services proposés par DataSift ne débutent qu’en avril 2012, le potentiel commercial de ce marché semble d’ores et déjà prometteur, puisque le directeur de la start-up, Rob Bailey, a récemment affirmé que plus de 700 clients se trouvaient sur liste d’attente.
 
En accordant cette licence d’exploitation, Twitter franchit un pas supplémentaire vers la monétisation de ses archives. Ceci permet d’ailleurs de rappeler que le modèle économique du site de microblogging est relativement précaire. Il apparaît effectivement que « malgré son succès en matière d’audience, ses recettes demeurent insignifiantes ». Cet accord constitue dès lors une nouvelle source de financement pour Twitter, même si son montant n’a pas été divulgué. Au regard de la grille tarifaire de DataSift, tout laisse à penser que ce marché s’avère relativement lucratif.
 
La décision de Twitter a toutefois déçu de nombreuses personnes, dans la mesure où certains estiment que le réseau social cède sournoisement des informations à des fins commerciales. Guy Hossein, directeur de l’association de défense du droit à la vie privée Privacy International, a par exemple regretté dans le Dailymail que Twitter passe « d’un réseau social destiné à promouvoir la discussion à une vaste entreprise d’études de marché dont les participants ne sont ni volontaires, ni rétribués ». Pour Nick Pickles, directeur de l’association Big Brother Watch, il y a également un problème lié au fait que « les gens considèrent que leurs tweets leur appartiennent, alors que ce n’est clairement pas le cas », ce qui ravive ainsi les débats liés au statut juridique des messages publiés sur Twitter.
 
Quelques semaines après avoir essuyé de nombreuses critiques suite à l’annonce d’un filtrage géolocalisé de ses tweets, Twitter voit à nouveau sa politique mise en question avec la signature de cet accord. Le respect des droits et libertés fondamentales dans le cadre des communications sur Internet apparaît à cet égard comme une préoccupation de plus en plus importante aux yeux des internautes, comme l’illustrent les récentes mobilisations contre le traité ACTA ou les projets de loi SOPA/PIPA aux États-Unis.

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Crédits photo:
- Image principale: Capture d'écran du site Datasift.com.
- Image secondaire: eldh - Flickr.
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