« Subscribe », la nouvelle fonctionnalité sociale de Facebook | InaGlobal

« Subscribe », la nouvelle fonctionnalité sociale de Facebook

Article  par  Erwan LE GAL  •  Publié le 07.02.2012  •  Mis à jour le 10.02.2012
[ACTUALITÉ] Le réseau social de Mark Zuckerberg déploie un nouveau type de relation entre comptes personnels, inspiré de Twitter et de Google+.
Si, comme plus de 750 millions de personnes dans le monde, vous êtes inscrit sur Facebook, alors peut-être avez-vous déjà vécu la situation suivante. Une personne que vous n’avez rencontrée qu’une seule fois dans votre vie, ou bien un ancien camarade de classe que vous n’avez jamais revu depuis l’école primaire vous envoie une requête afin de devenir votre « ami » sur le réseau social. Or, en réalité, vous n’êtes pas vraiment « amis ». « Pourquoi tout le monde suppose que "friends" équivaut à "amis" ? » s’interrogeait déjà la chercheuse Danah Boyd en 2006, à propos de Myspace (Friendsters & Myspace Top 8, 2006).
 
Afin de permettre à chacun, suivant ses différents degrés d’amitié, de partager et de se connecter avec les autres (et de « rendre le monde plus ouvert et plus connecté », Facebook a lancé en septembre 2011 une nouvelle fonctionnalité, « Facebook Suscribe ».
 
On peut maintenant utiliser Facebook comme Google+ et Twitter pour publier des informations destinées à des gens qui nous suivent sans être amis avec eux. « Facebook Suscribe » permet aux utilisateurs de Facebook de suivre les informations publiées dans votre « News feed » sans avoir besoin de devenir ami avec vous. Une possibilité qui ressemble très fortement à Twitter, où chacun peut « follower » un autre utilisateur d’un simple clic, ou à Google+, où il suffit d’ajouter un utilisateur à son cercle.
 
La relation amicale, dont la réciprocité était la condition pour nouer un contact sur Facebook, devient asymétrique. Comme sur Twitter, il est désormais possible de dégager les personnalités qui comptent, les plus « populaires » et les plus « suivies » sur Facebook, en regardant le nombre d’abonnés qu’ils ont accumulés.  
 
Dans un post publié sur son blog officiel, Facebook explique que cette nouvelle fonctionnalité a deux avantages : un meilleur filtrage de l’information, et un meilleur partage des contenus.
 
Premièrement, « Suscribe » vous permet de mieux filtrer les informations qui apparaissent dans votre fil d’actualités (le « news feed »). « Peut-être que vous ne voulez pas être alertés à chaque fois que votre frère participe à un jeu sur Facebook, par exemple. Ou peut-être que vous aimeriez voir plus de publications publiées par vos meilleurs amis, et moins par vos collègues de travail », écrit  Zach Rait, un développeur de Facebook. « Suscribe » vous permet ainsi de choisir, pour chaque utilisateur que vous suivez, le type d’informations qui apparaîtra dans votre « News feed » (photos, likes, statuts, commentaires...).
 
Mais surtout, grâce à « Suscribe », vous pouvez désormais, comme sur Twitter, suivre des personnalités publiques qui vous intéressent, mais que vous ne connaissez pas personnellement (des journalistes, des artistes ou des hommes politiques par exemple). Ceux-ci peuvent choisir ce qu’ils partagent sur Facebook, et avec qui. Ils peuvent par exemple décider de poster un statut public auprès de tous leurs « suscribers », mais de publier une photo seulement auprès de leurs amis les plus proches. « Suscribe » offre ainsi aux personnalités publiques une nouvelle façon de se connecter et de partager avec leurs fans sans devenir officiellement amis sur Facebook.
 
Les journalistes sont les premiers à avoir adopté la nouvelle fonctionnalité « Suscribe ». La semaine dernière, Facebook a annoncé que des milliers de journalistes l’utilisaient, dont 50 reporters du New York Times et 90 du Washington Post. En moyenne, chaque journaliste aurait vu son nombre d’abonnés augmenter de 320%.

En proposant ces améliorations, Facebook se rapproche de Twitter, dont l’usage professionnel est de plus en plus répandu parmi les communautés de journalistes, de peoples ou d’hommes politiques. Facebook a notamment lancé le bouton « Facebook Suscribe », un plug-in calqué sur le bouton « Follow » de Twitter, qui peut être implémenté par chaque utilisateur sur son site personnel afin de permettre aux internautes de souscrire directement et facilement à ses publications.
 
Pourtant, beaucoup de journalistes se plaignent du fait que malgré leurs fonctionnalités similaires, Twitter conserve de nombreux avantages par rapport à Facebook (la concision, la possibilité de créer de réelles conversations, etc.). En outre, le nombre élevé d’abonnés accumulés sur Facebook masquerait un niveau de qualité très mauvais (« suscribers » et messages sans pertinence, commentaires assimilables à du spam...). Dans les commentaires de l’article que le blogger Jim Romenesko a consacré à ce problème, de nombreux journalistes et personnalités publiques utilisateurs de « Facebook Suscribe » partagent la même impression. Nisha Chittal par exemple, qui se présente comme Social Media Manager pour Travel Channel (84 300 personnes ont souscrit à ses publications sur Facebook), explique ainsi :

« Ce n’est que du spam, et totalement hors de propos. J’étais très enthousiaste à propos de la fonctionnalité Suscribe, mais il n’y aucune valeur ajoutée quand la majorité des commentaires se résument à “hiiii” et “add me”. Pire, quand on est une femme, vous recevez beaucoup de commentaires relatifs à votre apparence, ou à votre statut marital. Quand je l’ai signalé à Facebook, la seule réponse que j’ai obtenue, c’est: “Les gens ont simplement du mal à s’adapter au fait que Facebook est une plateforme globale et que dans d’autres pays les gens communiquent différemment.” Facebook semble complètement indifférent à nos remarques, et n’a pas l’air de vouloir faire quelque chose pour affiner l’outil et le rendre plus utile aux médias. »

Sur Facebook, comme sur Twitter ou Google+, les journalistes souhaitent avoir des conversations de qualité, des échanges professionnels intéressants et des débats enrichissants. Dans l’esprit de la plupart des « Suscribers », Facebook semble d’abord rester un réseau social dédié aux relations personnelles et amicales. Pour d’autres usages, plus professionnels, notamment pour les journalistes, « Facebook Suscribe » ne semble pas être encore aujourd’hui l’outil de conversation le plus utile et le plus pertinent. 

Pourtant « Facebook Suscribe » n’est sans doute qu’une première tentative du réseau social pour accompagner les internautes vers un monde numérique toujours plus transparent, plus public, plus ouvert et plus connecté, dont Mark Zuckerberg, comme il l’a souvent exprimé, est convaincu de l’inexorable avènement…

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Crédits photo : capture d'écran du site Facebook.
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