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Nicolas VACHIER
Rachat de Motorola : Google à la conquête du marché mobile
[ACTUALITÉ] En rachetant Motorola Mobility, le géant Google ne se contente plus d’être le maitre du Web et fait une entrée fracassante dans le secteur de la téléphonie mobile.
Publié le 01/09/2011
à 12:15
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Dernière mise à jour le 01/09/2011
à 12:15
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L’entreprise américaine Google Inc. a annoncé le 15 aout 2011 une opération de rachat sur Motorola Mobility pour la somme de 12,5 milliards de dollars (8,7 milliards d’euros). Après une domination sans partage de la recherche par mot-clef sur Internet, Google se lance dans l’acquisition la plus chère et peut-être la plus importante de son histoire. L’entreprise californienne, qui s’était jusqu’à présent spécialisée dans la concentration horizontale, rachetant principalement des start-up concurrentes (à l’exception de la plateforme vidéo Youtube, acquise en octobre 2006 pour 1,65 milliard de dollars), prend pour la première fois le contrôle d’une entreprise d’équipement, et s’ouvre une voie durable dans le secteur de la téléphonie mobile.
Cette annonce qui marque un tournant dans la stratégie de Google, voit fusionner deux compagnies que tout oppose : Motorola Mobility, née de la scission en deux entités du géant américain Motorola Inc., est la branche dédiée à l’activité mobile du groupe. La séparation de ce dernier est intervenue en janvier 2011 après la crise majeure vécue par Motorola entre 2007 et 2009, durant laquelle la compagnie a perdu près de 4,3 milliards de dollars (3 milliards d’euros). Le groupe, fondé en 1928 à Chicago, est entré dans l’histoire de la télécommunication en fabriquant le premier téléphone cellulaire commercialisé dans le monde en 1983. Il est resté le leader du marché mobile aux Etats-Unis jusqu’en 1998. La concurrence accrue sur le secteur à partir des années 2000, puis l’avènement des smartphones affecteront profondément Motorola, qui chutera à la 8ème place mondiale des constructeurs de mobile avec 2,4 % de part de marché aujourd’hui.
Google Inc., pour sa part, est avant tout une affaire de services et de contenus. Le moteur de recherche créé en 1998 par Larry Page et Sergey Brin, reposant sur un puissant algorithme, s’est imposé en quelques années comme le numéro un dans le monde. Google a développé de nouvelles activités avec ses logiciels à succès baptisés Gmail ou Google Earth. L’entreprise s’est aussi lancée dans le marché mobile en proposant en 2007 son propre système d’exploitation, Android, pour smartphones et terminaux mobiles. Ce système, conçu en open source, accessible ainsi à tous les développeurs et les fabricants, a obtenu un succès foudroyant, équipant quatre ans plus tard 43 % des smartphones du marché et 30 % des tablettes numériques. Malgré cette diversification, Google est resté centré sur son cœur de métier, plus de 90 % de son chiffre d’affaires étant généré par ses plateformes publicitaires Adsense et AdWords.Comment expliquer alors une stratégie de rachat si éloignée de sa culture d’entreprise ? L’opération s’articule autour de deux objectifs centraux pour Google : la maîtrise des terminaux et l’acquisition de brevets.
Si Google s’est imposé comme le maitre des contenus, ses précédentes tentatives pour imposer ses appareils ont échoué : le Nexus One, premier smartphone créé sous la marque Google, fabriqué par HTC, et équipé du système Android a été retiré de la vente seulement six mois après sa mise sur le marché. La télévision connectée Google TV, qui sortira début 2012 en Europe, ne décolle pas aux États-Unis, et l’entreprise ne fournit toujours pas de tablettes numériques. En mettant la main sur un fabricant, Google intègre le logiciel et le matériel, et contrôle ainsi l’ensemble de la chaine de production, de la conception à la fabrication. En adoptant cette stratégie, qui a fait le succès de son rival Apple, Google peut se donner un avantage de taille sur ses concurrents asiatiques HTC, Sony ou Samsung, boostés par les ventes de tablettes et de smartphones équipés du système Android. D’autre part, Motorola Mobility tire un tiers de son chiffre d’affaires des décodeurs qu’il construit pour les opérateurs de télévision câblée. En plaçant les services proposés par la Google TV dans les terminaux de Motorola, le moteur de recherche pourrait enfin mettre en place une stratégie gagnante sur le marché de la télévision connectée.
L’autre volet de ce rachat est donc l’acquisition des brevets industriels. Les questions de propriété intellectuelle sont centrales dans le secteur de la téléphonie mobile où les grands opérateurs se livrent à des guerres de brevets, au moyen de plaintes et de procès couteux. L’achat de Motorola permet à Google de garnir son portefeuille de quelques 17 000 brevets dont plus de 15 000 liés à la téléphonie, qu’il sera ensuite libre de réutiliser pour les autres partenaires d’Android. Ces brevets vont surtout permettre à Google, ainsi mieux armé, de protéger son système d’exploitation open-source et de lutter contre les assauts juridiques de ses concurrents Apple ou Microsoft.

Si plusieurs défis de taille accompagnent cette fusion des géants, les questions liées à la nouvelle organisation du groupe sont nombreuses. Google devra en effet démontrer qu’il peut intégrer les 19 000 employés de Motorola Mobility qui viendront quasiment doubler l’effectif des « googlers » (plus de 25 000 salariés) ou encore qu’il sera en mesure de gérer une production industrielle à grande échelle.
Google a tenté de rassurer le milieu et les marchés par la voix de son PDG Larry Page, en indiquant vouloir conserver l’indépendance de Motorola Mobility. Le rachat, accueilli avec bienveillance par la plupart des opérateurs du secteur, pourrait pourtant être entravé par un actionnaire de Motorola Mobility, qui a déposé une plainte contre les deux sociétés, jugeant l’offre émise par Google inférieure à la valeur de l’entreprise. L’antitrust américain pourrait également se mêler à l’affaire, et Google aurait fort à perdre s’il n’obtenait pas son feu vert, puisque 2,5 milliards de dollars seraient versés à Motorola si la transaction n’allait pas à son terme.
Il est quasiment certain que ce rachat bouleversera les rapports de force dans le secteur, notamment en mettant directement en concurrence Google avec ses anciens partenaires, les fabricants de mobiles utilisant Android[+] NoteLes marques utilisant Google Android sont : HTC, Samsung, Huawei, Sony Ericson, RTE et LG
[1], comme Samsung ou HTC, qui n’hésiteront peut-être pas à se réfugier vers d’autres systèmes d’exploitation.
C’est finalement la question de l’hégémonie sur le marché du mobile, et sur les réseaux en général qui se pose ici : Google peut-il devenir le leader toutes catégories confondues ? Apple, l’entreprise la plus chère au monde avec une capitalisation boursière de 352 milliards de dollars, qui vise également la suprématie, est-elle encore à sa portée ? À moins que les deux entreprises ne finissent par se partager le gâteau ?
[1], comme Samsung ou HTC, qui n’hésiteront peut-être pas à se réfugier vers d’autres systèmes d’exploitation. C’est finalement la question de l’hégémonie sur le marché du mobile, et sur les réseaux en général qui se pose ici : Google peut-il devenir le leader toutes catégories confondues ? Apple, l’entreprise la plus chère au monde avec une capitalisation boursière de 352 milliards de dollars, qui vise également la suprématie, est-elle encore à sa portée ? À moins que les deux entreprises ne finissent par se partager le gâteau ?
La fusion Google/Motorola pourrait tout aussi bien faire des émules, à l’image de la rumeur de rachat de Nokia par Microsoft, et rendre ces hypothèses caduques dans un marché plus concurrentiel que jamais.
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- 1. Les marques utilisant Google Android sont : HTC, Samsung, Huawei, Sony Ericson, RTE et LG
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